Plus grandes, plus graves – le défi des catastrophes urbaines

Les travailleurs d’urgence qui interviennent en milieu urbain à la suite d’une catastrophe ont la nécessité de s’adapter aux contraintes et exigences spécifiques aux milieux urbains, selon des experts et des travailleurs humanitaires.

« Relever les défis posés par la réponse humanitaire dans les contextes urbains nécessite de prendre en compte les facteurs spécifiques à une ville, comme les infrastructures existantes et le paysage socio-économique, culturel, religieux et politique », a dit Steven Zyck, chercheur au sein du Groupe de politique humanitaire (Humanitarian Policy Group, HPG) établi au Royaume-Uni.

« Les crises urbaines nécessiteront une meilleure intégration des acteurs humanitaires et du développement », a-t-il ajouté.

Selon les recommandations du Comité permanent inter-agence (IASC – le principal mécanisme interinstitutionnel de coordination de l’aide humanitaire, engageant les partenaires humanitaires des Nations Unies et extérieurs aux Nations Unies) pour la réponse humanitaire en milieu urbain, « la grande majorité des outils, des approches, des politiques et des pratiques de réponse humanitaire sont conçus pour des contextes ruraux ».

Les agences d’aide humanitaire font face à de nouveaux défis opérationnels, car les villes et les municipalités enregistrent les plus fortes croissances démographiques, et près de la moitié des citadins vivent dans des petites villes de 100 000 à 500 000 habitants.

Le rapport 2011 du Programme des Nations Unies pour les établissements humains (UN-HABITAT) sur les défis posés par la réponse humanitaire en contexte urbain présente quatre villes – Nairobi, Port-au-Prince, Manille et Eldoret [Kenya] – pour décrire les défis spécifiques et complexes qui doivent être pris en compte dans l’organisation de l’aide humanitaire d’urgence en contexte urbain. Le rapport explique que « la densité du développement urbain pose des défis spécifiques pour la mise en œuvre des normes Sphere, car les conditions de vie des populations sont habituellement moins bonnes que ce que l’on pouvait attendre », en attirant l’attention sur la pauvreté chronique et le manque d’assainissement dans certaines zones urbaines, par exemple.

Les zones densément peuplées connaissent des défis spécifiques.

« La densité de la population dans les villes signifie plus de victimes et plus de dégâts sur les infrastructures au kilomètre carré », a dit Dragoslav Djuraskovic, responsable de la logistique du Programme alimentaire mondial (PAM) à Manille.

La présence de décombres peut participer à la réduction de l’espace urbain. Dans ces situations, il peut être difficile d’identifier les routes « praticables » (et donc utilisables pour acheminer l’aide), a-t-il dit.

« Cela nécessite plus de temps - un élément particulièrement crucial durant la phase d’urgence [immédiatement après la catastrophe] - que d’enlever du bambou et des matériaux légers, c’est-à-dire le genre de matériaux traditionnellement utilisés pour construire des maisons dans les zones rurales des Philippines », a-t-il dit, en évoquant les problèmes d’accès auxquels les organisations d’aide humanitaire ont été confrontées à Tacloban, une ville de 220 000 habitants qui a été gravement endommagée par le passage du typhon Haiyan en novembre 2013.

« Il faut des équipements lourds pour déblayer les bâtiments en ciment endommagés ou effondrés », a expliqué M. Djuraskovic, en ajoutant que l’ampleur des opérations en milieu urbain peut être décourageante.

Deux ans après le tremblement de terre à Haïti, environ 75 pour cent des décombres avaient été déblayés dans la capitale convalescente, Port-au-Prince. Le Guide pour la gestion des déchets post-catastrophe élaboré par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) identifie les risques accrus de blessures, les vecteurs de maladie et la contamination de l’eau comme des risques pour la santé liés à la présence de décombres.

Un message pertinent

Evoquant les crises urbaines, comme l’afflux de réfugiés syriens à Amman, la capitale jordanienne, M. Zyck a expliqué : « Chacune de ces [crises] nécessite une réponse différente, un élément rarement pris en compte dans les discussions sur les défis urbains ».

Selon Richard Gordon, président de la Croix-Rouge des Philippines, les programmes de réduction des risques en milieu urbain doivent inclure des mesures d’alerte précoce et d’évacuation – les deux nécessitant une communication adaptée au contexte local. A Tacloban, a-t-il dit, le message n’a pas été suffisamment clair durant la tempête de catégorie 5.

Avant qu’Haiyan ne frappe, le gouvernement a diffusé des messages d’alerte afin de prévenir les populations de l’arrivée imminente d’une « marée de tempête » et les appeler à rejoindre les hauteurs. Bon nombre de personnes ont ignoré l’ordre d’évacuer, car elles pensaient que cette tempête serait similaire aux tempêtes qu’ils avaient connues.

Antonio Claridad, un habitant de Tacloban, a perdu sa cousine lorsque les inondations ont emporté son village situé en bord de mer. « Nous avons entendu les messages d’alerte, mais nous avons l’habitude des typhons », a-t-il expliqué. « Nous ne nous attendions pas à quelque chose comme Yolanda », a-t-il dit.

« [Les messages] doivent être rédigés dans un langage facilement compréhensible par les gens », a insisté M. Gordon.

« Qu’est-ce qu’une tempête de marée ? Rares sont les personnes qui le savent. Nous aurions pu dire ‘tsunami’ ou ‘attendez-vous à des inondations similaires à celles provoquées par Ondoy’ », a-t-il dit.

Le Centre asiatique de préparation aux catastrophes classe les Philippines au premier rang des pays les plus vulnérables aux catastrophes naturelles dans le monde.

Une évaluation des risques  réalisée par Swiss Re, une société internationale d’assurances, dans plus de 600 villes classe la capitale Manille au deuxième rang derrière Tokyo pour les risques de catastrophes. Chaque année, le pays est frappé par une vingtaine de typhons en moyenne. Près de 50 pour cent des 100 millions d’habitants que compte le pays vivent dans les zones urbaines et cette proportion devrait atteindre 77 pour cent d’ici à 2030.

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