Comment sauver des personnes ensevelies sous des décombres

Lorsqu’une ville est ravagée par un séisme, ou qu’un immeuble est détruit par une explosion, les journaux télévisés montrent systématiquement des images d’équipes de recherche et sauvetage fouillant les décombres dans l’espoir d’y trouver des survivants. Mais comment ces équipes procèdent-elles pour sauver les victimes enfouies sous des tonnes de béton ?



Première étape - coordination



La première phase consiste à mobiliser les équipes de recherche et sauvetage, qui sont souvent composées de bénévoles ayant suivi une formation très poussée.



« La plupart de nos membres sont médecins, ambulanciers, ingénieurs ou pompiers », a indiqué John Holland, directeur des opérations de Rapid UK, une organisation caritative de recherche et sauvetage.



Une formation très exigeante de deux ans est obligatoire avant toute participation à une mission.



« Notre objectif est d’être capables d’intervenir sur place en 24 heures, parce que plus nous arrivons tôt sur le terrain, plus nous avons de chances de sauver des survivants », a dit M. Holland. « Lors du tremblement de terre au Pakistan [en 2005], nous avons réussi à déployer nos équipes en 21 heures ».



Le Groupe consultatif international de recherche et de sauvetage (INSARAG) – un réseau mondial de plus de 80 pays et organismes de réponse aux catastrophes, coordonné sous l'égide des Nations Unies – a élaboré des normes pour les missions de sauvetage.



« Une fois qu’un gouvernement a fait appel à l’aide internationale, nous alertons nos membres, qui commencent à se mobiliser pour se rendre dans la zone touchée », a dit Winston Chang, membre de l’INSARAG et ancien combattant de la Force de défense civile de Singapour, qui a coordonné les opérations de recherche et de sauvetage suite au récent tremblement de terre à Padang, en Indonésie. « Nous disposons d’une plateforme d’échange d’informations, qui permet aux équipes, lorsqu’une catastrophe survient, d’indiquer la progression de leurs opérations – s’ils sont prêts à intervenir, en cours de mobilisation, ou déjà arrivés sur le terrain ».



L’INSARAG met généralement sur pied un « Centre de coordination des opérations sur le terrain », où toutes les équipes de recherche et de sauvetage reçoivent des instructions – selon leurs domaines de spécialité – leur indiquant où aller et quel mode d’intervention adopter ; le bureau se réunit régulièrement, afin que ses membres et les équipes soient informés au fur et à mesure de l’état d’avancement des opérations sur le terrain.



« Ces opérations sont parfois de très grande envergure ; ces derniers jours, à Padang, on comptait au total 21 équipes, soit 668 sauveteurs et 67 chiens de catastrophe », a dit M. Chang. « Ces équipes ont besoin de bases d’opérations où elles puissent stocker le carburant nécessaire pour alimenter leurs imposantes machines, assurer la coordination de leur logistique interne, et dormir ».



« Nous veillons également à ce que les sauveteurs respectent certaines procédures d’intervention, et restent sensibles aux paramètres culturels, ce qui est d’autant plus important que les équipes présentes ont des origines très variées », a-t-il ajouté.



Deuxième étape - analyse



Une fois présentes dans la zone de catastrophe, les équipes doivent commencer par analyser la mission qui les attend, a indiqué Julie Ryan, bénévole de l’ONG (organisation non gouvernementale) britannique International rescue corps.



Dans le cas d’un effondrement de bâtiment, « il faut analyser le bâtiment, établir son historique et essayer de déterminer à quels endroits les victimes sont plus susceptibles de se trouver », a-t-elle dit à IRIN. « Il faut aussi évaluer l’ampleur de la démolition, et déterminer si le bâtiment risque de s’effondrer encore davantage, afin de prendre en compte le danger impliqué pour les [survivants] et les équipes de sauvetage ».



L’évaluation consiste également à détecter des facteurs de risque tels que des fils électriques tombés à terre, des fuites de gaz, des inondations ou des matériaux dangereux. L’équipement de sécurité comprend des vêtements protecteurs spéciaux, des gants, des masques, et des appareils de contrôle de l’oxygène et du CO2 permettant de surveiller la qualité de l’air.




Photo: Jefri Aries/IRIN
Une survivante dans sa maison, qui a été totalement rasée par le récent tremblement de terre de Sumatra Ouest, en Indonésie

Troisième étape – techniques de recherche



Cette phase consiste principalement à essayer de repérer des membres dans les décombres, et à appeler les survivants à se manifester, afin de les localiser.



Les sauveteurs cherchent des poches de survie, qu’il s’agisse d’espaces vides où des personnes ont pu se retrouver enfermées suite à l’effondrement des murs, ou d’endroits où les survivants ont pu se cacher, par exemple sous un bureau, dans une baignoire ou dans une cage d’escalier.



« Nous fixons une caméra au bout d’une perche flexible, ce qui nous permet de filmer l’intérieur du bâtiment effondré – nous pouvons alors voir où se trouvent les victimes, et dans quelle mesure la structure du bâtiment a résisté », a dit Mme Ryan.



« Les sauveteurs utilisent également un système relié à un microphone, qui permet de localiser les sons ; l’appareil frappe trois coups sur les décombres, et si des personnes frappent en retour ou appellent au secours, elles peuvent être localisées et secourues », a-t-elle ajouté.



L’écoute est un élément crucial des opérations, et les équipes de recherche s’immobilisent souvent pendant plusieurs minutes, afin d’entendre des personnes qui se manifesteraient en appelant, en grattant ou en tapant sur des objets.



D’autres outils de recherche peuvent être utilisés, tels que des caméras thermiques, qui permettent de détecter la chaleur des corps, ou encore des chiens de catastrophe formés. « Nous avons aussi recours à des analyseurs de dioxyde de carbone, grâce auxquels nous pouvons détecter des personnes qui sont inconscientes, mais qui respirent encore », a dit Mme Ryan.



Les bâtiments déjà fouillés sont signalés à l’aide de signes reconnus par l’INSARAG, afin d’éviter les recherches redondantes.



Lorsqu’ils détectent des survivants, les sauveteurs les encouragent à continuer à parler, afin de déterminer leur position exacte, et s’efforcent de les atteindre en dégageant les décombres – la méthode la moins dangereuse consiste à déplacer les débris à la main.



Quatrième étape – opérations de secours



Si les survivants sont ensevelis sous des décombres, il peut être nécessaire de commencer par stabiliser la structure ; pour cela, on peut construire un cadre en bois rectangulaire, une sorte de cage soutenant les débris.



Les survivants incapables de se déplacer sont en général portés, traînés ou évacués au moyen d’équipements spéciaux.



« S’il n’est pas possible de dégager les décombres à la main, nous pouvons alors avoir recours à des moyens de percement et de découpe – nous disposons d’outils spécialisés de découpe de béton, de métal et de bois, qui nous permettent d’atteindre les survivants », a dit Mme Ryan. « Il nous arrive aussi de déplacer de lourdes dalles de béton afin de libérer les survivants – il est toujours extrêmement difficile de juger si cette décision est opportune, car elle implique des risques d’effondrement, et peut donc conduire à blesser ou même tuer d’autres personnes ».



Les kits d’intervention comprennent des scies à béton, des marteaux-piqueurs, des scies à chaîne, des coupe-boulons, des grues et des bulldozers ; pour déplacer les charges lourdes, on utilise des chaînes, des câbles, des points d’ancrage ou des systèmes de treuil. On peut en outre avoir recours à des coussins gonflables – que l’on insère sous les objets lourds avant de les gonfler à l’aide d’une pompe – ou encore à des matériels d’étaiement, qui permettent de dégager des passages stables et sécurisés.



Après avoir évacué les survivants, on les examine pour les classer par ordre de priorité, en fonction de la gravité de leur état.



Les équipes de recherche et de sauvetage commencent en général les interventions médicales les plus urgentes sur le terrain ; les équipes les plus expérimentées disposent parfois de défibrillateurs et de matériel endotrachéal leur permettant de réanimer les victimes ou de pratiquer des trachéotomies d’urgence.



Cinquième étape – arrêt des opérations



Il est toujours difficile de déterminer quand mettre fin à une opération de sauvetage.

« Evidemment, plus le temps passe et moins on a de chances de trouver des survivants », a dit Mme Ryan. « Mais il arrive tout de même que des victimes survivent pendant plusieurs jours, en particulier lorsqu’elles ont accès à de l’eau. Au Pakistan, notre équipe a sauvé deux jeunes garçons cinq jours après le tremblement de terre ; ils avaient survécu grâce à l’eau de pluie qui s’infiltrait dans les décombres ».



D’après Mme Ryan, après la phase de recherche des survivants, la récupération des corps – des personnes n’ayant pas survécu – est une étape très importante de toute opération de sauvetage.



« Même si les victimes n’ont pas survécu à l’effondrement d’un bâtiment, les familles disent que le fait de pouvoir enterrer un corps les aide à tourner la page », a-t-elle dit.



D’après M. Chang, de l’INSARAG, ces opérations intensives peuvent être très éprouvantes pour les sauveteurs, en particulier lorsqu’ils doivent évacuer des centaines de corps des décombres.



« La plupart d’entre eux ont l’habitude d’être confrontés au sang et à la mort dans leur métier de tous les jours, mais de temps en temps, cela peut devenir très difficile », a-t-il dit. « Beaucoup d’équipes prévoient la prise en charge des traumatismes – l’équipe du gouvernement suisse, par exemple, a un psychologue à sa disposition, et l’équipe de Singapour compte des médecins formés à détecter des signes de traumatisme chez les sauveteurs avec lesquels ils travaillent ».



Une fois que le gouvernement hôte a officiellement annoncé l’arrêt des opérations de recherche, l’INSARAG lance le processus de retrait des équipes. Quelques sauveteurs restent sur place pour participer à l’aide humanitaire, en reconstruisant des hôpitaux, des écoles ou des abris pour les familles, mais la plupart retournent exercer leur métier habituel, en attendant la prochaine mobilisation.



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