Climat – Travailler sur des bases communes

Pour les climatologues, l’Afrique est un véritable « trou noir » de l’information. D’après l’Organisation météorologique mondiale (OMM), le continent dispose de 744 stations météorologiques, dont seulement un quart sont conformes aux normes internationales ; au moins 3 000, réparties uniformément dans toute l’Afrique, seraient nécessaires, auxquelles devraient s’ajouter 1 000 autres stations pour les régions densément peuplées ; idéalement, le continent devrait compter au moins 10 000 stations.



La nécessité d’améliorer l’information météorologique n’est plus à prouver : la semaine dernière, des inondations ont ravagé l’Afrique de l’Ouest, délogeant plus de 250 000 habitants ; un quart des précipitations annuelles habituelles s’est déversé en un seul jour sur Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. A l’inverse, la Corne de l’Afrique subit une sécheresse grave tous les deux ans, dont les pays de la région ne se remettent parfois qu’au bout de cinq ans.



Lors de la Conférence mondiale sur le climat (CMC-3) à Genève, en Suisse, Michel Jarraud, Secrétaire général de l’OMM, a déclaré : « Renforcer l’observation météorologique en Afrique sera bénéfique non seulement pour l’Afrique, mais aussi pour tous les autres continents. C’est un partenariat gagnant-gagnant ».



Les représentants des gouvernements présents à la conférence n’étaient pas habilités à prendre des engagements pour leurs pays, mais la rencontre a permis d’élaborer un projet visant à mettre en place un cadre mondial pour la collecte et l’analyse des données climatologiques, afin de s’adapter au changement climatique.



Faisant écho aux remarques de M. Jarraud, Jane Lubchenco, directrice de l'Administration nationale des études océaniques et atmosphériques (NOAA) des Etats-Unis, a souligné l’importance de la normalisation des données et de la création d’un cadre mondial pour les services climatologiques, de façon à ce que les experts et les services météorologiques puissent travailler sur des bases communes.



« Chaque pays a sa propre approche du traitement des données climatologiques », a-t-elle observé. « Ce n’est pas que certains auraient raison et d’autres tort ; c’est simplement qu’il faut harmoniser les pratiques ».









« Chaque pays a sa propre approche du traitement des données climatologiques »

Le cadre proposé est divisé en quatre parties : observation et surveillance ; recherche, modélisation climatique et prévision ; un système d’information des services climatologiques; et une interface destinée aux utilisateurs externes. Les deux premières composantes existent déjà mais doivent être renforcées. Les deux autres donneront lieu à la création d’un « Système mondial de services climatologiques ».



Une réunion intergouvernementale, qui se tiendra à la fin 2009, mettra sur pied une équipe chargée d’élaborer un projet de conception et de mise en œuvre du cadre mondial, et de soumettre son rapport au congrès de l’OMM de 2011, qui décidera du lancement de la phase opérationnelle.



Des projets visant à améliorer des services climatologiques sont déjà en cours. Une des raisons de cette mobilisation est la prise de conscience, par les pays industrialisés les plus riches, qu’ils ne sont pas épargnés par le changement climatique.



Thomas Karl, qui dirige les services climatologiques de la NOAA, a signalé que les pluies avaient diminué dans les Etats de l’ouest des Etats-Unis, et que les Etats du nord-est avaient enregistré des événements de précipitations d’une intensité inhabituelle.



Nouvelles opportunités



La gravité de la situation est de plus en plus reconnue, ce qui conduit à l’émergence d’initiatives innovantes telles que « Weather Info for All », un partenariat public-privé visant à installer des stations automatiques de surveillance météorologique sur les sites de téléphonie mobile, qui se multiplient à travers l’Afrique.



Les organisations impliquées dans ce projet sont l’OMM ; Ericsson, entreprise internationale de télécommunications et de technologies de l’information ; Zain, entreprise de télécommunication du Moyen-Orient ; l’Institut de la Terre de l’Université de Columbia aux Etats-Unis ; et le Forum humanitaire mondial, qui rassemble chaque année des représentants de la communauté humanitaire à Genève, en Suisse.



Les stations météorologiques automatiques utilisent l’électricité des sites de téléphonie mobile pour mesurer, grâce à des capteurs, la température, la pression atmosphérique, l’humidité, la vitesse du vent, les précipitations et l’ensoleillement.



Les données sont transmises aux services météorologiques et hydrologiques nationaux, analysées, puis communiquées aux décideurs des Etats africains, et enfin aux agriculteurs ou à d’autres clients concernés.



Durant la première phase du projet, 19 stations de ce type sont à l’essai en Tanzanie ; lors de la deuxième phase, 489 stations seront installées dans le reste de la Tanzanie, au Kenya et en Ouganda, et deviendront opérationnelles après la résolution des derniers problèmes techniques. Les organisations impliquées prévoient de mettre en place, dans un premier temps, 508 stations automatiques, ce qui devrait coûter un peu moins de neuf millions de dollars, puis d’étendre le programme au reste de l’Afrique.



Une des fonctions du cadre mondial pour les services climatologiques sera de fournir des données concrètes permettant de démontrer aux décideurs et à l’opinion publique pourquoi il est essentiel d’agir immédiatement.



En Afrique en particulier, on a pu observer une tendance compréhensible à s’attaquer aux problèmes urgents à court terme, en repoussant à plus tard les inquiétudes au sujet du climat. Pourtant, il devient de plus en plus évident que les événements climatiques majeurs comme les inondations, les sécheresses et les cyclones contribuent à l’augmentation du nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté.



Les hausses brutales du niveau des précipitations accroissent également les risques de maladies telles que le paludisme, le typhus murin et la méningite. Les décideurs politiques doivent donc acquérir une compréhension plus globale des dangers cachés du changement climatique.



Les catastrophes climatiques ne peuvent pas être évitées, mais une bonne préparation, s’appuyant sur des informations fiables, permet de réduire considérablement la vulnérabilité à ce type de phénomènes, et de limiter les coûts de réhabilitation et de reconstruction, qui représentent souvent un handicap supplémentaire pour le pays. Par conséquent, on commence à considérer le climat comme un facteur important du développement.



La réduction des émissions de gaz à effet de serre sera probablement plus difficile à mettre en place, mais Mme Lubchenco, de la NOAA, a déclaré à des journalistes, à Genève, que l’urgence de la question climatique devenait aujourd’hui flagrante, même aux yeux des sceptiques qui remettaient auparavant en cause les théories sur le réchauffement climatique.



« Indépendamment de ce qui se passera à Copenhague [où se réuniront, en décembre prochain, les signataires de la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, afin de s’accorder sur de nouveaux objectifs de réduction des émissions], le besoin d’information sera de toutes façons de plus en plus important ».



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