Les Camerounais frappés par les inondations urbaines

Plus d'une semaine après les inondations causées par les pluies torrentielles qui se sont abattues sur la capitale économique du Cameroun, Douala, la ville reste sinistrée. Au moins quatre personnes ont trouvé la mort et environ 2 000 autres ont été déplacées ; des milliers de logements et de commerces ont été détruits. Plus de 30 000 d'habitants ont été directement affectés.

Les poteaux électriques couchés par terre sont un sombre rappel que la ville est toujours privée d'électricité ; les rues boueuses sont jonchées de carcasses de voitures retournées, de motos, d'ordures et autres débris.

D'après le ministère de l'Habitat et du Développement urbain (MINHDU) et la Délégation de la communauté urbaine de Douala, le montant des dommages s'élève à « plusieurs millions de dollars ».
« Notre vie est brisée », a dit Arlette Mbappe, une infirmière âgée de 39 ans.
  
« Je n'ai plus de maison. C'est à moi de m'occuper de la réparation des dégâts, mais trouver de la nourriture pour mes enfants est devenu difficile. Je chercherais bien un autre logement, mais c'est devenu très difficile à trouver ».

Les pluies tropicales de la mousson et les inondations qui s'en suivent sont de plus en plus fréquentes dans le sud-ouest du Cameroun et dans les autres pays situés sur le golfe de Guinée. Les pluies torrentielles font de plus en plus de victimes et de dégâts chaque année.

« Les inondations, comme celles qui ont ravagé notre ville, sont de plus en plus courantes à cause du réchauffement climatique et elles sont prises en compte comme d'autres facteurs tels que l'urbanisation et les pratiques agricoles », a dit Philippe Edimo, un ingénieur urbaniste qui travaille à la Direction de la météorologie nationale (DMN) à Douala.

Les précipitations annuelles varient d'une année à l'autre, mais Douala, par exemple, a reçu 3 000 millimètres de pluies en moyenne par an entre 1906 et 1965. Elles ont atteint 3 200 mm en 1989 et 3 8 00 mm en 2010 avant de redescendre à 3 080mm en 2014, d'après la DMN.
 
Entre 1998 et 2006, 4 200 personnes ont été affectées par les inondations au Cameroun, d'après les informations fournies par la Base de données sur les situations d'urgence (Emergency Events Database, EM-DAT) du Centre de recherche sur l'épidémiologie des catastrophes. En 2007, plus de 10 000 personnes ont été touchées par les inondations, contre 25 000 en 2008 et environ 52 000 en 2012.

Urbanisme

Les experts attribuent cette hausse à l'explosion des constructions et à la croissance de la population urbaine dans les régions côtières.

« L'urbanisation rapide et l'insuffisance des politiques de la ville ont contribué à l'aggravation des déséquilibres socio-économiques et environnementaux », a dit IRIN M. Edimo. « Et il est probable que la hausse des températures dans la région va intensifier le cycle hydrologique [pluies] qui se traduira par des inondations plus importantes et plus fréquentes ».

Les résultats des simulations climatiques nationales montrent que les précipitations annuelles moyennes au Cameroun pourraient augmenter de jusqu'à 35 pour cent entre 2010 et 2050, et que les températures pourraient augmenter d'au moins deux degrés.

Malgré les avertissements lancés par les autorités et l'adoption en 2004 d'une loi d'urbanisme qui interdit les constructions sur des sols « impropres à l'habitation », bon nombre de bâtiments de la capitale ont été construits dans des zones inondables.

« Les gens construisent des bâtiments dans des zones à risque en raison de leur emplacement de choix », a dit Christophe Edzimbi, qui travaille au Centre géographique national (CGN) de Yaoundé.
Il a ajouté que la déforestation et le dragage des sédiments dans les régions côtières contribuent aux inondations.

Mesures de prévention

Depuis de longues années, le gouvernement appelle au respect du code de construction ainsi qu'à une amélioration de l'entretien des berges des fleuves et des systèmes de drainage de la ville.

Mais la réglementation est rarement appliquée et l'entretien est irrégulier.

« Compte tenu du changement climatique, il faut interdire les constructions et mieux définir les zones de construction », a dit Joseph Beti Assomo, le gouverneur de la région littorale du Cameroun. « Nous devons également réduire la vulnérabilité des bâtiments existants et réaliser des études hydrauliques et géologiques pour dresser une carte des zones à risque d'inondation ».

Suite aux inondations du mois dernier, le gouvernement a alloué 185 millions de dollars au fonds du Programme d'urgence de réhabilitation et de construction des infrastructures de Douala. 

Le gouvernement a également annoncé le lancement d'une campagne de deux mois pour nettoyer les caniveaux d'écoulement et les canaux de drainage de Douala, et pour démolir les bidonvilles construits dans les zones marécageuses, d'après Fritz Ntone, représentant de la délégation de l’État pour la Communauté urbaine de Douala. 

Mais bon nombre de personnes pensent que ces actions, si elles sont mises en œuvre, arrivent trop tard.
« A un moment, nous pensions que c'était [l'eau de pluie qui coulait dans les rues] l'océan qui allait submerger la ville », a dit Jean Nouadjeu, 50 ans, qui a perdu son logement et son commerce.
  
« Ma maison est inhabitable. Je vais devoir la reconstruire… Où est-ce que je vais trouver l'argent pour le faire, étant donné que toutes les marchandises stockées dans mon magasin ont été détruites ? J'ai été obligé de fermer boutique. Je suis ruiné ».

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