La saison des pluies la plus importante jamais attendue

Pas moins de 70 000 personnes ont été touchées par les inondations survenues dans le nord-ouest du Cameroun et le sud du Tchad ; d’après les informations météorologiques, les équipes de gestion des catastrophes de la Fédération internationale de la Croix-Rouge (FICR) prédisent une saison des pluies plus longue et plus humide que la normale.

Des milliers de personnes sont sans abri au Tchad et au Cameroun depuis les premières pluies, tombées au début du mois d’août, selon Norbert Allale, responsable de la gestion des catastrophes à la FICR.

Les inondations d’août ont touché plus de 8 000 familles au Logone Occidentale, au Mayo Kebbi et au Moyen Chari, dans le sud du Tchad, ainsi que 5 000 familles dans l’agglomération de Garoua (nord du Cameroun), 60 kilomètres à l’ouest de la frontière tchadienne, selon la FICR.

Cette dernière a lancé un appel d’urgence pour pouvoir aider 14 000 victimes dans les deux pays.

Sans abri

« La plupart des gens sont aujourd’hui sans abri et vivent encore chez des membres de leurs familles, et une petite minorité d’entre eux commencent dès à présent à reconstruire leurs habitations », a déclaré à IRIN Mamadou Saliou Diallo, responsable régional de la gestion des catastrophes pour la branche camerounaise de la FICR.

Un homme qui s’est présenté sous le nom de Mbéré a déclaré à IRIN qu’il vivait près d’un fossé, dans une zone du nom de Camp chinois.

« Les eaux ont détruit une partie de ma maison, la clôture de la ferme est tombée et 20 bêtes ont disparu, ainsi que toutes mes poules », a-t-il indiqué.

Les inondations ont également emporté la plupart de ses documents officiels, notamment son acte de naissance et ses diplômes.

Honorine, une habitante de Bongor, une ville touchée par les inondations, au Mayo Kebbi, à deux kilomètres de la frontière camerounaise, a quant à elle expliqué à IRIN que « les eaux ne cessent de monter […] le niveau de l’eau s’élève de plus en plus dans la ville ».

Préoccupations sanitaires, destruction des cultures

Les inondations ont exposé les habitants aux infections respiratoires, au paludisme et aux maladies diarrhéiques, notamment au cholera, selon FEWSNET, un organisme de surveillance de la sécurité alimentaire, sis à Washington.

Les routes étant désormais impraticables et les ponts détruits à Garoua et aux alentours (nord-ouest du Cameroun), la principale crainte pour les populations de la région, victimes des inondations, est le manque d’eau potable, selon M. Diallo de la FICR.

Au Cameroun, 80 pour cent des terres agraires situées à Garoua et aux alentours ont été détruites, et les cultures ont été emportées.

« Cette destruction des terres agraires représente une véritable menace pour des familles qui ne peuvent plus constituer de réserves alimentaires, ni compter sur les leurs », a indiqué Flora Tene, directrice de la gestion des catastrophes au bureau de la FICR à Yaoundé.

Au Tchad, Ramadan Djasria, le maire de Bongor, a indiqué à IRIN que des précipitations supplémentaires réduiraient le volume de la récolte 2008.

Le taux modéré d’insécurité alimentaire observé dans la région du Moyen Chari, touchée par les crues, a déjà grimpé avec l’augmentation du prix déjà élevé des céréales, conséquence des inondations, selon un rapport de FEWSNET.

Au mois d’août 2008, un kilo de millet coûtait 50 centimes de dollar, soit 92 pour cent de plus qu’un an plus tôt. Selon M. Allale de la FICR, de nouvelles pluies devraient tomber dans les deux pays en novembre.

« Au vu des prévisions météorologiques, les pluies devraient continuer de tomber jusqu’à la fin du mois de novembre ; la situation risque donc de devenir encore plus grave », estime Mme Tene, à Yaoundé.

L’aide

Les sociétés de la Croix-Rouge camerounaise et tchadienne ont indiqué qu’elles distribuaient des couvertures, des bâches en plastique, des nattes et du matériel d’hygiène de base, notamment des comprimés de purification de l’eau, à des milliers de familles touchées.

Au Tchad, un comité de soutien urbain composé d’habitants et de responsables des autorités locales de Bongor appelle le gouvernement national à aider les populations touchées ; mais aucune aide n’est encore arrivée, selon le maire, M. Djasria.

D’après M. Diallo de la FICR, il faut en faire davantage pour apprendre aux populations des quartiers à risque à mieux se préparer aux inondations, pour promouvoir la construction de latrines tout au long de l’année, et pour distribuer des comprimés de purification de l’eau à la suite des inondations.

En guise de préparation, les populations devraient notamment ranger leurs objets de valeur en hauteur et à l’intérieur des habitations, et s’installer chez des membres de leurs familles ou des amis, loin des régions sujettes aux inondations.

A long terme, les deux pays doivent se doter de meilleurs réseaux de canalisations d’eau, selon M. Diallo de la FICR. Toutefois, d’après Amadou Bello, porte-parole du conseil municipal de Garoua, la ville n’en a pas les moyens.

« Les infrastructures hydrauliques sont coûteuses ; elles sont hors de prix pour des petites communautés comme la nôtre », a-t-il fait remarquer.

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