Propagation de la tuberculose « ultra-résistante », un fléau mortel

Ces trois dernières années, le nombre de pays où ont été signalés des cas de tuberculose ultra-résistante aux médicaments (ou XDR-TB, une maladie généralement incurable dans les pays en voie de développement) a augmenté de près de 25 pour cent : ils étaient 55, lors de la Journée mondiale de la tuberculose, en 2009.



Selon les estimations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), environ cinq pour cent des nouveaux cas de tuberculose diagnostiqués chaque année sont multi-résistants (MDR-TB) ; parmi les patients affectés, quelque 60 000 sont atteints de la souche mortelle, quasi incurable de tuberculose.



« Les nouvelles ne sont pas bonnes », a déclaré Mario Raviglione, directeur du « Partenariat Halte à la tuberculose » de l’OMS. « Si le monde ne bouge pas, nous allons avoir de gros ennuis ».



Toutes les formes de tuberculose multi-résistante sont particulièrement mortelles chez les patients atteints du VIH, qui sont sujets aux infections tuberculeuses généralisées en raison de leur système immunitaire faible. Les recherches de l’OMS révèlent un taux de décès supérieur à 90 pour cent chez les patients atteints du VIH et de la XDR-TB. Mais cette souche de tuberculose ultra-résistante aux médicaments est également mortelle chez les patients qui ne sont pas atteints du VIH. « Cette forme de tuberculose est résistante à presque tous les médicaments efficaces contre la tuberculose », selon le chef du service de lutte contre la tuberculose de l’OMS.



Les bactéries responsables de la tuberculose attaquent généralement les poumons et se transmettent par voie aérienne ; les zones pauvres et densément peuplées sont des terreaux fertiles pour une transmission rapide, selon les travailleurs de la santé.



Inégalité d’information



Selon M. Raviglione, seuls trois pour cent environ des personnes atteintes de XDR-TB (la forme la plus extrême de résistance aux médicaments) reçoivent à temps des soins de qualité, permettant de traiter l’infection. Si d’après certaines études médicales, dans les pays dotés de bons systèmes de santé, jusque 60 pour cent des cas de tuberculose XDR-TB peuvent être traités, la plupart des pays où ces bactéries ultra-résistantes sont détectées ne disposent pas des ressources humaines, ni des laboratoires nécessaires pour établir des diagnostics précoces et exacts, a expliqué M. Raviglione à IRIN.



« Les informations fiables sont limitées aux pays développés. En Afrique, nous connaissons mal [l’ampleur de la XDR-TB] », a expliqué M. Raviglione. « La grande majorité des pays touchés n’ont pas les moyens de mener des études convenables. Il est possible que ces pays ne signalent tout simplement pas les cas de XDR-TB ».



Si 60 000 personnes contractent la tuberculose XDR-TB chaque année, selon les estimations de M. Raviglione, plus de 40 000 ne sont pas soignées et continuent de contribuer à la propagation de ces bactéries extrêmement résistantes.



D’après le rapport publié par l’OMS en 2009 sur la tuberculose (LINK), plus d’un demi-million de nouveaux cas de tuberculose multi-résistante ont été recensés en 2007. La résistance se développe lorsque les patients ne suivent pas correctement le traitement médicamenteux de six mois nécessaire pour soigner la tuberculose, ou lorsqu’ils sont infectés par une personne atteinte de tuberculose MDR-TB. L’Inde, la Chine et la Fédération russe étaient premières sur la liste des pays où des cas de MDR-TB ont été signalés en 2007.



Premier avertissement…



Au Burkina Faso, Herman Zombré, 26 ans, a expliqué à IRIN qu’il avait cessé de prendre ses médicaments un mois après son diagnostic, en novembre 2008. « Mon employeur ne voulait pas me donner le temps [d’aller prendre une dose quotidienne de médicament au centre de santé] ». Pour assurer l’adhésion au traitement, les centres de santé demandent souvent aux patients de prendre leurs médicaments sous la surveillance d’un travailleur de la santé.



En mars, le personnel de santé a réussi à retrouver Herman Zombré pour reprendre le traitement. D’après Augustin Darankoum, directeur du service des soins infirmiers du Centre public de contrôle de la tuberculose, le personnel de santé tente de retrouver tous les patients qui ne se présentent plus aux centres. « Quand Zombré a arrêté de venir, nous sommes allés le chercher. Avant que les patients commencent leurs traitements, nous notons toutes leurs informations et un membre de notre personnel les raccompagne chez eux pour que nous sachions où ils habitent ».



Selon M. Darankoum, ce ne sont pas les médicaments qui incitent les patients à interrompre leurs traitements, mais le manque d’argent pour couvrir les frais de transport occasionnés par leurs visites médicales quotidiennes. « Pour aider les patients, nous contribuons à couvrir l’achat de carburants et de cartes téléphoniques pour leur permettre de nous contacter en cas d’urgence ».



Mais tout cela est une question de vigilance au quotidien, selon l’infirmier. « Si à 11 heures du matin, nous n’avons toujours pas vu le patient, nous l’appelons. Puis, nous allons le chercher », a expliqué M. Darankoum à IRIN. « Nous ne pouvons pas les laisser traîner dehors : ils vont [développer des complications] et infecter d’autres personnes qui vont elles aussi hériter de ces complications ».



Au Burkina Faso, 4 000 personnes sont soignées à l’heure actuelle pour des cas de tuberculose, selon le gouvernement.



Deuxième avertissement…



M. Raviglione, chef du service de lutte contre la tuberculose de l’OMS, a expliqué à IRIN que les gouvernements ne pouvaient pas se permettre d’attendre, pour endiguer la tuberculose, que celle-ci se transforme en différentes formes résistantes aux médicaments. « Les programmes de contrôle nationaux ne suffiront pas, à eux seuls, à freiner la propagation de la tuberculose multi-résistante ». Selon le chef de service de l’OMS, les laboratoires inexistants, les lacunes en matière d’inspections et de diagnostics, et la non-observance des traitements ont augmenté les cas de MDR-TB ; pour éliminer cette maladie, il faut une meilleure coopération régionale et internationale.



A la question « la XDR-TB, qui représentait moins d’un pour cent des nouveaux cas de tuberculose décelés dans le monde en 2007, peut-elle être considérée comme une menace à la santé publique ? », M. Raviglione a indiqué que dans certaines régions du monde, pas moins de 19 pour cent des cas de tuberculose étaient ultra-résistants. « Il n’est pas trop tard pour réagir », a-t-il estimé. « Mais pour être honnête, il est déjà très tard dans certaines régions. La situation n’évolue pas favorablement ».



Selon les estimations de l’OMS, 1,7 million de personnes ont succombé à la tuberculose en 2007, et 9,2 millions de nouveaux cas ont été signalés.



pt/aj