La baisse du cours du cuivre va pénaliser les populations pauvres

La chute des cours internationaux du cuivre suscite un malaise en Zambie, un des principaux producteurs mondiaux de ce métal, dont la croissance économique impressionnante observée ces dernières années repose sur les exportations de cuivre.

« C’est très préoccupant ; nous vendons, c’est très bien, mais les prix ne sont pas aussi avantageux que nous le souhaiterions. Ce n’est pas bon pour l’économie de la Zambie », a expliqué à IRIN Frederick Bantubonse, directeur de la Chambre des mines de Zambie.

Depuis le début de la crise de liquidité aux Etats-Unis, le cours du cuivre a dégringolé d’un prix record de près de 9 000 dollars la tonne entre 2005 et 2007, à environ 5 000 dollars la tonne, tandis que l’on s’inquiétait à l’idée que le ralentissement économique mondial entraîne une diminution de la demande. Le cuivre est un métal important dans les secteurs de l’électronique et du bâtiment.

« Nous prévoyons de voir nos sociétés minières commencer à réduire les programmes d’investissement supplémentaires parce qu’elles génèreront moins de revenus ; à terme, cela risque d’avoir des répercussions non seulement sur leurs bénéfices, mais aussi sur le nombre d’emplois [dans ce secteur] », a indiqué à IRIN Bob Sichinga, économiste et ancien député, membre de la commission parlementaire chargée des questions liées à l’exploitation minière.

« Aujourd’hui, certaines sociétés minières plaident en faveur de l’annulation du nouveau régime d’imposition [instauré par le gouvernement cette année] car elles pensent que le marché n’est plus favorable à de tels impôts, ce qui est très regrettable pour le pays ».

Le cuivre représente 80 pour cent des revenus extérieurs de la Zambie, et a contribué à impulser une croissance économique saine de cinq pour cent, au cours des six dernières années.

Le gouvernement avait prévu de percevoir 415 millions de dollars de revenus supplémentaires en 2009, après avoir porté la redevance minière de 0,6 pour cent à trois pour cent, la norme mondiale, et après l’instauration d’une taxe exceptionnelle sur les bénéfices des sociétés minières, conséquence des prix records du cuivre.

Services sociaux

D’après Oliver Saasa, professeur consultant en économie à l’université de Zambie, la baisse des prix du cuivre se répercutera sur la prestation des services sociaux.

« À cause de cela, le nouveau gouvernement subit de fortes pressions. A l’heure actuelle, on observe une réduction des revenus publics, et pas de rentrée d’argent inattendue, étant donné que les prix sont bas ; la taxe exceptionnelle sur les bénéfices ne s’applique que si les prix sont élevés », a-t-il commenté.

Le président Rupiah Banda, élu récemment, est soucieux de faire bonne impression après avoir remporté de justesse le scrutin présidentiel du 30 octobre, à l’occasion duquel les électeurs urbains de Lusaka, la capitale, et de la région du Copperbelt (centre), centre économique de la Zambie, ont voté en grande majorité pour Michael Sata, leader de l’opposition.

Dans son discours d’intronisation, M. Banda s’est engagé à lutter contre la pauvreté et à améliorer les dépenses sociales.

« En raison d’une diminution de sa base de ressources, le gouvernement va se trouver confronté à des problèmes en termes d’investissements sociaux dans certains secteurs critiques, tels que l’éducation ou la santé », a indiqué M. Saasa. « Déjà, avant même que la chute des cours du cuivre ne devienne problématique, nous avions dépassé notre budget national en raison des élections du [30 octobre] ».

Selon les prévisions formulées par le Fonds monétaire international (FMI) dans son enquête d’octobre, la croissance économique devrait ralentir pour passer à six pour cent en Afrique subsaharienne en 2008 et 2009, contre 6,5 pour cent en 2007, mais la décélération des importations de pétrole pourrait être plus marquée, chutant à cinq pour cent.

Les vivres et les carburants risquent quant à eux de rester bien plus coûteux qu’ils ne l’étaient en 2007, selon le FMI. Par conséquent, les ménages d’Afrique subsaharienne, qui consacrent généralement la moitié de leurs revenus environ à l’achat de nourriture, vont se trouver plongés dans une pauvreté d’autant plus abjecte.

En 2008, selon les estimations de la Banque mondiale, 44 millions de personnes seront touchées par la pauvreté dans le monde, en raison de la hausse des prix.

Les prix des produits essentiels sont montés en flèche ces trois dernières années en Zambie : un sac de 25 kilos de semoule de maïs se vend aujourd’hui à 18 dollars, contre 11 dollars seulement en 2006 ; le prix du litre d’essence (gazoline) a augmenté de 75 centimes de dollar sur la même période.

Mais la situation n’est pas entièrement désespérée, selon Mathias Mpande, directeur du service d’ingénierie minière de l’université de Zambie.

« Environ 5 000 dollars la tonne n’est pas un prix extrêmement bas : cela reste quatre fois plus élevé que le prix moyen absolu du cuivre, soit environ 1 200 dollars la tonne. En tout cas, les prix pratiqués auparavant étaient très élevés et ce n’était pas viable parce que le cuivre est traditionnellement un produit bon marché ».

Les prix du cuivre, qui avaient atteint un record sur une période de trois ans, avaient été gonflés par une forte demande de la part des pays d’Asie en voie d’industrialisation rapide, et notamment de la Chine et de l’Inde, principaux investisseurs étrangers dans la région minière du Copperbelt en Zambie.

« Ce que nous devrions comprendre, c’est que la crise de liquidité a principalement touché les Etats-Unis et l’Union européenne ; la Chine et l’Inde n’ont pas tellement été touchées. La demande en cuivre en Chine et en Inde ne diminuera pas ; les prix vont donc se stabiliser lentement, et c’est pour cela que nous ne devrions pas toucher au nouveau régime d’imposition », a recommandé M. Mpande.

Kalombo Mwansa, ministre zambien des Mines, a déclaré que le gouvernement travaillait à l’élaboration de mesures politiques dans l’éventualité d’un effondrement des prix à long terme.

« Nous espérons que la chute des cours du cuivre ne durera pas longtemps, car le monde entier est très uni pour trouver une solution durable à la crise de liquidité », a-t-il expliqué à IRIN. « Mais même si elle dure plus longtemps que prévu, le gouvernement travaille actuellement à l’adoption de mesures visant à assurer que le flux d’investissements soit stable [...] et que la situation n’immobilise pas notre économie ».

Au plus fort de sa production dans les années 1980, la Zambie générait environ 750 000 tonnes de cuivre fini par an, avant que la production ne chute à 200 000 tonnes, dans les années 1990. La production actuelle se situe autour de 600 000 tonnes par an, mais le gouvernement prévoit qu’elle augmente pour passer à un million de tonnes d’ici à 2010.

nm/he/oa/nh/ail