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PAKISTAN: « Un péché impardonnable »
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Kamila Hyat/IRIN
Une association caritative pakistanaise propose des berceaux pour y déposer les enfants plutôt que de les tuer
LAHORE, 4 janvier 2012 (IRIN) - Le nombre des infanticides, de filles en particulier, par des parents pakistanais écrasés par la pauvreté, semble être en augmentation.
Durant la nuit il y a deux mois, dans un village de la province du Punjab au Pakistan, des parents ont étouffé leur petite fille de deux jours, puis enterré le minuscule cadavre dans un champ éloigné, en s’assurant de bien aplatir la terre pour qu’on ne voie pas que quelqu’un avait creusé à cet endroit. La mère pleure souvent et dit qu’elle continue à avoir des cauchemars en y pensant.
« Moi-même j’ai pleuré. J’avais aidé à l’accouchement de ce bébé et elle était en parfaite santé. Mais les parents avaient déjà deux filles et avaient le sentiment de ne pas pouvoir se permettre d’en élever une de plus. Le père, ouvrier agricole, ne gagne que 4 000 roupies (46,50 dollars) par mois et je sais que ce sont des gens qui ne mangent qu’une fois par jour, » a dit à IRIN Suriya Bibi, une “dai”, c’est-à-dire une sage-femme traditionnelle du village.
Selon Anwar Kazmi, porte-parole de la Fondation Edhi, une organisation caritative, on trouve de plus en plus de cadavres de nouveaux-nés dans les rues. « Je dirais qu’au cours des dix dernières années, il y a eu une augmentation de 100 pour cent du nombre de cadavres de bébés que nous trouvons. Et dans neuf cas sur dix, ce sont des filles, » a t-il dit à IRIN.
Les filles sont traditionnellement considérées comme un “fardeau” pour les familles, qui dépensent souvent beaucoup d’argent pour leur mariage. « Les gens ont l’impression que les filles n’apportent aucune contribution économique à la famille, » a dit à IRIN Gulnar Tabassum, une militante des droits des femmes.
M. Kazmi a indiqué que 1 210 cadavres de nouveaux-nés avaient été découverts l’an dernier, contre 999 en 2009.
« Les raisons sont liées aux mentalités et à la pauvreté, » a t-il expliqué. La Fondation Edhi met des berceaux aux portes des orphelinats qu’elle gère et encourage les gens à y laisser leur bébé plutôt que de le tuer, mais peu choisissent de le faire.
Selon la Fondation, quelque 200 bébés sont laissés chaque année dans les 400 berceaux mis à disposition dans tout le pays avec des panneaux exhortant les parents à les utiliser.
Comme les enfants nés en-dehors du mariage risquent davantage l’infanticide dans cette société très conservatrice, la Fondation encourage le placement de ces enfants chez des parents d’adoption responsables.
« Ces enfants sont innocents, » a dit M. Kazmi.
Pas de statistiques précises
« Les mères elles-mêmes veulent sauver leur enfant, mais elles voient aussi les problèmes économiques dans lesquels se débat leur famille, dans un contexte où l’inflation continue à monter »
La Fondation collecte surtout ses données dans les grandes villes. On ne sait pas combien d’autres morts peuvent avoir lieu dans les zones rurales ou dans les régions de zones tribales et les provinces du Balochistan ou du Sindh, où les chiffres officiels montrent que la pauvreté est la plus extrême.
« Le nombre de bébés minuscules que nous enterrons augmente. Dans certains cas, le cou ou les poignets ont été tailladés, » a indiqué Muhammad Taufiq, fossoyeur à Lahore.
« J’ai vu des femmes enceintes arriver en pleurant, parce que leur mari ou les beaux-parents disent que tout nouveau-né doit être tué parce qu’ils n’ont pas les moyens de l’élever. Je ne peux pas faire grand chose pour les aider, puisque
l’avortement est illégal
dans le pays et que pour de nombreuses raisons culturelles, l’usage de
la contraception
est beaucoup trop limité, même si bien des femmes veulent l’utiliser, » a déclaré Faiqa Siddiq, une gynécologue qui travaille dans une clinique caritative pour femmes.
« Les mères elles-mêmes veulent sauver leur enfant, mais elles voient aussi les problèmes économiques dans lesquels se débat leur famille, dans un contexte où l’inflation continue à monter, » a t-elle dit.
Selon les données du Bureau fédéral des statistiques rapportées dans
les médias
, les denrées alimentaires non périssables ont connu une augmentation de prix de 11,83 pour cent entre novembre 2010 et novembre 2011. Dans le même temps, les prix des denrées suivantes ont augmenté : les tomates (de 42,02 pour cent), les épices (36,37) les fruits frais (29,62) les feuilles et les noix de bétel (24,56) les condiments (23,50) le lait (21,11)les produits laitiers (20,47) les boissons (19,79) l’huile de cuisine (19,56) et la viande (19,35).
« Les temps sont de plus en plus durs. Je viens d’accoucher de mon quatrième enfant. Nous ferons tout notre possible pour élever nos enfants et le meurtre est bien sûr un péché impardonnable, mais quelquefois je comprends le désespoir des parents qui le font, » a dit Safia Bibi, une blanchisseuse dont le mari est homme à tout faire.
La famille a un revenu mensuel de 6 000 roupies (70 dollars). « Les enfants vont pieds nus, parce que rien que de les nourrir est déjà presque impossible. Nous vivons principalement de “roti” [sorte de pain] et de pickles,” a t-elle ajouté.
kh/cb-og/amz
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Enfants
,
Economie
,
[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
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LAHORE, 4 janvier 2012 (IRIN) - Le nombre des infanticides, de filles en particulier, par des parents pakistanais écrasés par la pauvreté, semble être en augmentation.
Durant la nuit il y a deux mois, dans un village de la province du Punjab au Pakistan, des parents ont étouffé leur petite fille de deux jours, puis enterré le minuscule cadavre dans un champ éloigné, en s’assurant de bien aplatir la terre pour qu’on ne voie pas que quelqu’un avait creusé à cet endroit. La mère pleure souvent et dit qu’elle continue à avoir des cauchemars en y pensant.
« Moi-même j’ai pleuré. J’avais aidé à l’accouchement de ce bébé et elle était en parfaite santé. Mais les parents avaient déjà deux filles et avaient le sentiment de ne pas pouvoir se permettre d’en élever une de plus. Le père, ouvrier agricole, ne gagne que 4 000 roupies (46,50 dollars) par mois et je sais que ce sont des gens qui ne mangent qu’une fois par jour, » a dit à IRIN Suriya Bibi, une “dai”, c’est-à-dire une sage-femme traditionnelle du village.
Selon Anwar Kazmi, porte-parole de la Fondation Edhi, une organisation caritative, on trouve de plus en plus de cadavres de nouveaux-nés dans les rues. « Je dirais qu’au cours des dix dernières années, il y a eu une augmentation de 100 pour cent du nombre de cadavres de bébés que nous trouvons. Et dans neuf cas sur dix, ce sont des filles, » a t-il dit à IRIN.
Les filles sont traditionnellement considérées comme un “fardeau” pour les familles, qui dépensent souvent beaucoup d’argent pour leur mariage. « Les gens ont l’impression que les filles n’apportent aucune contribution économique à la famille, » a dit à IRIN Gulnar Tabassum, une militante des droits des femmes.
M. Kazmi a indiqué que 1 210 cadavres de nouveaux-nés avaient été découverts l’an dernier, contre 999 en 2009.
« Les raisons sont liées aux mentalités et à la pauvreté, » a t-il expliqué. La Fondation Edhi met des berceaux aux portes des orphelinats qu’elle gère et encourage les gens à y laisser leur bébé plutôt que de le tuer, mais peu choisissent de le faire.
Selon la Fondation, quelque 200 bébés sont laissés chaque année dans les 400 berceaux mis à disposition dans tout le pays avec des panneaux exhortant les parents à les utiliser.
Comme les enfants nés en-dehors du mariage risquent davantage l’infanticide dans cette société très conservatrice, la Fondation encourage le placement de ces enfants chez des parents d’adoption responsables.
« Ces enfants sont innocents, » a dit M. Kazmi.
Pas de statistiques précises
« Les mères elles-mêmes veulent sauver leur enfant, mais elles voient aussi les problèmes économiques dans lesquels se débat leur famille, dans un contexte où l’inflation continue à monter »
La Fondation collecte surtout ses données dans les grandes villes. On ne sait pas combien d’autres morts peuvent avoir lieu dans les zones rurales ou dans les régions de zones tribales et les provinces du Balochistan ou du Sindh, où les chiffres officiels montrent que la pauvreté est la plus extrême.
« Le nombre de bébés minuscules que nous enterrons augmente. Dans certains cas, le cou ou les poignets ont été tailladés, » a indiqué Muhammad Taufiq, fossoyeur à Lahore.
« J’ai vu des femmes enceintes arriver en pleurant, parce que leur mari ou les beaux-parents disent que tout nouveau-né doit être tué parce qu’ils n’ont pas les moyens de l’élever. Je ne peux pas faire grand chose pour les aider, puisque
l’avortement est illégal
dans le pays et que pour de nombreuses raisons culturelles, l’usage de
la contraception
est beaucoup trop limité, même si bien des femmes veulent l’utiliser, » a déclaré Faiqa Siddiq, une gynécologue qui travaille dans une clinique caritative pour femmes.
« Les mères elles-mêmes veulent sauver leur enfant, mais elles voient aussi les problèmes économiques dans lesquels se débat leur famille, dans un contexte où l’inflation continue à monter, » a t-elle dit.
Selon les données du Bureau fédéral des statistiques rapportées dans
les médias
, les denrées alimentaires non périssables ont connu une augmentation de prix de 11,83 pour cent entre novembre 2010 et novembre 2011. Dans le même temps, les prix des denrées suivantes ont augmenté : les tomates (de 42,02 pour cent), les épices (36,37) les fruits frais (29,62) les feuilles et les noix de bétel (24,56) les condiments (23,50) le lait (21,11)les produits laitiers (20,47) les boissons (19,79) l’huile de cuisine (19,56) et la viande (19,35).
« Les temps sont de plus en plus durs. Je viens d’accoucher de mon quatrième enfant. Nous ferons tout notre possible pour élever nos enfants et le meurtre est bien sûr un péché impardonnable, mais quelquefois je comprends le désespoir des parents qui le font, » a dit Safia Bibi, une blanchisseuse dont le mari est homme à tout faire.
La famille a un revenu mensuel de 6 000 roupies (70 dollars). « Les enfants vont pieds nus, parce que rien que de les nourrir est déjà presque impossible. Nous vivons principalement de “roti” [sorte de pain] et de pickles,” a t-elle ajouté.
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