‘Mammuso Lebakeng – Vendeuse d’objets artisanaux au Lesotho

‘Mammuso Lebakeng fabrique et vend des objets artisanaux à Maseru, dans la capitale du Lesotho depuis 50 ans. Mais ces dernières années, les ventes ont baissé et les revenus issus de sa ferme ont diminué à cause de mauvaises conditions météorologiques.

Mme Lebakeng a eu six enfants, mais seuls deux sont encore en vie. Bien qu’elle soit aujourd’hui retraitée, elle ne peut pas se contenter d’arrêter de travailler, car elle doit faire vivre deux de ses petits-enfants.

Nom : ‘Mammuso Lebakeng

Âge : 72 ans

Lieu : Maseru

Est-ce que votre époux vit avec vous ? Mon mari est mort il y a quelques années.

Quel est votre salaire mensuel ? Cela varie. Dans une bonne semaine, je gagne 500 maloti [63 dollars], ce qui signifie que je peux faire un bénéfice de 2 000 maloti [252 dollars] par mois. Mais après l’incendie de notre centre d’exposition, notre revenu a diminué considérablement. Je ne gagne parfois que 100 maloti [13 dollars] par semaine, notamment quand il pleut ou quand il fait froid. En plus de cela, je reçois une pension de 300 maloti [38 dollars] du gouvernement.

Quel est le montant total de vos revenus – y compris le salaire de votre époux, ainsi que toute autre source de revenus supplémentaire ? Dans un bon mois, il est de 3 150 maloti [394 dollars] en comptant le salaire mensuel de ma belle-fille qui varie entre 850 maloti [106 dollars] et 1 500 maloti [188 dollars].

Combien de personnes vivent chez vous – quels sont vos liens de parenté ? Il y a moi, ma belle-fille et ses deux enfants.

Combien de personnes dépendent de votre revenu ou du revenu de votre époux – quels sont vos liens de parenté ? Trois, ma belle-fille et ses deux enfants.

Combien dépensez-vous par mois pour la nourriture ? Un minimum de 600 maloti [78 dollars] par mois.

Quel est votre aliment de base principal – combien vous coûte-t-il par mois ? La farine de maïs. Par mois, nous dépensons 260 maloti [32 dollars] pour la farine de maïs.

Combien payez-vous pour le loyer ? Je suis propriétaire de ma maison et je ne paie pas de loyer.

Combien dépensez-vous pour le transport ? 480 maloti [60 dollars] par mois.

Combien dépensez-vous par mois pour l’éducation de vos enfants ? Nous dépensons 400 maloti [52 dollars] mais c’est seulement pour le transport, car ils vont dans une école publique gratuite. Ils ont aussi le repas du midi gratuit.

Après avoir payé toutes vos factures du mois, combien vous reste-t-il ? La plupart du temps, il ne me reste presque rien et je suis habituellement obligée d’emprunter de l’argent à mes amis pour acheter des fournitures pour mon commerce pour le mois suivant.

Avez-vous, vous ou un autre membre de votre famille, été obligée de sauter des repas ou de réduire les portions de nourriture au cours des trois derniers mois ? C’est hors de question ! Je suis diabétique et je ne peux pas me permettre de jouer avec ma santé… En plus, mes petits-enfants sont encore jeunes et je ne peux pas les priver juste pour pouvoir économiser de l’argent ou de la nourriture. Je suis pauvre, c’est vrai, mais s’il n’y a pas de nourriture chez moi, j’emprunte de la farine de blé ou de maïs à mon voisin. C’est comme cela que l’on survit ici – nous nous serrons les coudes et nous ne laissons personne mourir de faim.

Avez-vous été obligée d’emprunter de l’argent (ou de la nourriture) au cours des trois derniers mois pour subvenir aux besoins essentiels de votre famille ? Cela arrive assez souvent.

« Je suis dans le commerce des objets artisanaux depuis 1962. Je n’ai jamais eu d’autre emploi. C’est ma mère qui m’a enseigné toutes les techniques. Je ne suis pas allée à l’école donc je pense que c’est mon seul point fort.

« Normalement, je vais jusqu’à [la province] de Free State en Afrique du Sud, mais les affaires ne sont pas toujours bonnes et j’ai décidé de rentrer à la maison pour trouver un moyen d’améliorer mon commerce de chez moi, dans mon pays.

« C’est vrai que je suis vieille, mais je n’ai pas cette impression… et je dois m’occuper de mes petits-enfants. Mon fils nous a quittés il y a quelques années et je partage ma maison avec ma belle-fille et ses deux enfants. Mes deux enfants qui sont toujours en vie sont tous les deux mariés.

« Du temps des colonies jusqu’au début des années 1990, l’industrie du tourisme était assez florissante et nos marchandises étaient un marché fiable. Cependant, les choses ont commencé à aller de mal en pis au cours des dernières années. Quelquefois, nous ne vendons pratiquement rien dans la journée.

« Pour ne rien arranger, le centre d’exposition où nous présentions tous nos objets a été complètement détruit par un incendie en 2010 et notre petit commerce s’est asséché. Les touristes nous remarquent à peine dans la rue où nous n’avons pas de local ni d’abri.

« Je possède trois hectares de terre. Lorsque les graines sont bien plantées, le champ rapporte un minimum de deux tonnes de maïs. Mais au cours des trois dernières années, j’ai récolté beaucoup moins que cela et 2012 a été la pire année pour moi, car j’ai seulement récolté 50 kilos de sacs de maïs – à peine assez pour couvrir nos besoins pendant une année.

« Nous avons du mal à joindre les deux bouts. Et cela m’a angoissée d’apprendre que le conseil municipal de Maseru projetait de s’attaquer à nous, les vendeurs de rue. Où irons-nous s’ils nous chassent de la rue ?

« Mais il y a à peine quelques semaines, j’ai appris que j’avais remboursé toutes mes dettes. À partir de décembre, je n’aurai plus aucune dette. Je suis tellement soulagée ! »

« Je pense sincèrement que l’année prochaine, ma situation financière va beaucoup s’améliorer. En janvier, je vais rejoindre un club de femmes où nous mettons nos fonds en commun chaque mois et partageons les bénéfices à la fin de l’année. Cela va me faciliter la vie ».

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