Appel à une plus grande liberté d’accès terrestre et maritime à Gaza

Lorsque Jaber Abu Rjaila a eu vent du récent accord de cessez-le-feu entré en vigueur à Gaza, il s’est précipité sur ses terres qu’il n’avait pas pu cultiver depuis plus de dix ans.

« Nous sommes agriculteurs depuis des générations. C’est notre vie et je suis très heureux que nous puissions de nouveau travailler librement ici », a-t-il dit à IRIN. « Ça faisait longtemps que j’attendais ce moment. »

Ses terres s’étendent sur une zone tampon interdite d’accès proche de la clôture de séparation érigée par Israël. Or, le cessez-le-feu laisse entrevoir la promesse d’un relâchement des contrôles aux frontières maritimes et terrestres.

Selon Oxfam, le blocus imposé pendant cinq ans par Israël a « dévasté les secteurs agricole et halieutique de Gaza » et conduit à la fermeture de près de 60 pour cent des entreprises gazaouies, d’après les chiffres présentés dans un document d’information publié ce mois-ci par l’organisation. Selon Israël, le blocus aurait été décrété par mesure de sécurité.

M. Abu Rjaila a l’intention de planter des tomates, du persil et des courgettes pour les vendre et pour nourrir les 14 membres de sa famille. Il sait pourtant qu’il n’est pas encore hors de danger.

Les soldats israéliens lui ordonnent souvent par mégaphone de rester à plusieurs dizaines de mètres de la frontière et il dit qu’il a toujours peur « des fusillades aveugles, des incursions israéliennes et des obus non explosés ».

La maison et le terrain de M. Abu Rjaila se situent à environ 450 mètres de la frontière, à l’est de Khan Younès. Sa ferme de sept hectares repose sur l’une des terres les plus fertiles de Gaza.

L’entrée en vigueur, le 21 novembre, du cessez-le-feu qui a mis fin aux bombardements israéliens et aux tirs de roquettes en direction d’Israël a provoqué le retour de centaines de Palestiniens qui possèdent des maisons et des terres dans ce secteur.

Selon les autorités gazaouies, les Israéliens ont accepté d’assouplir les restrictions économiques et relatives aux déplacements. Pourtant, les agriculteurs qui ont retrouvé leurs terres ont immédiatement reçu de la part des forces israéliennes des avertissements, souvent accompagnés de tirs de semonce, leur ordonnant de s’éloigner.

Selon des sources médicales palestiniennes, deux jours seulement après le cessez-le-feu, un Palestinien aurait été tué et plus de 20 blessés par des tirs israéliens dans le secteur, lorsqu’un groupe comprenant quelques agriculteurs visitait un terrain proche de la clôture.

Le vice-ministre de l’Agriculture à Gaza, Ibrahim Al Qedra, a dit à IRIN que l’assouplissement des restrictions appliquées aux 5 000 hectares de zone tampon allait réduire les besoins humanitaires des gazaouis.

« Nous devons avoir accès à nos zones frontalières et lever les restrictions relatives à la zone tampon afin de permettre à la population de retrouver ses terres, de vivre chez elle et de cultiver ses champs librement. Nous devons rétablir notre sécurité alimentaire. »

Par le passé, le secteur était une source importante de nourriture pour Gaza. On y trouvait des vergers d’agrumes et des oliveraies et on y cultivait, selon la saison, des tomates, des concombres, des oignons et des pommes de terre pour les marchés locaux.

Peu après l’annonce du cessez-le-feu, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) a confirmé les évènements : « Au cours des derniers jours, les agriculteurs ont été autorisés à accéder, avec leur matériel et leurs véhicules, aux terres agricoles situées le long du périmètre de la bande de Gaza, jusqu’à une distance minimum de 100 mètres pour certains secteurs. »

L’accord de cessez-le-feu reste toutefois vague en ce qui concerne l’allègement des restrictions pour les zones proches de la frontière.

« Nous n’avons pas reçu de message clair de la part de l’Égypte concernant le plein accès. Les habitants ont volontairement regagné leurs terres alors que nous discutons encore des mécanismes dans le cadre de négociations indirectes visant à parvenir à un accord au sujet de ces zones », a dit M. Al Qedra.

« Nous demandons à la population de rester prudente lorsqu’elle se rend dans ces secteurs », a-t-il ajouté.

Pêcheurs

Les pêcheurs gazaouis font face à une situation similaire.

Depuis 2006, la marine israélienne n’autorisait les pêcheurs comme Mohammed Abu Riala, un homme âgé de 32 ans, à exercer leur activité que jusqu’à trois miles marins de la côte. Avec le cessez-le-feu, cette restriction a été étendue à six miles.

« C’est en principe une bonne nouvelle », a dit M. Riala. « Dès que nous avons appris cette extension à six miles, nous y sommes allés. Mais nous avons reçu les mêmes menaces proférées par mégaphone par les soldats israéliens : “Faites demi-tour, partez ou...” Et ils ont tiré des coups de semonce dans l’eau, au-dessus de nos têtes et près de notre bateau. »

Plusieurs de ses collègues pêcheurs ont déjà été arrêtés et conduits au port israélien d’Ashdod.

« [Cette distance de six miles] est insuffisante. Le fond marin est aussi vaseux à cette distance qu’à trois miles et il existe seulement une différence mineure en terme de taille et de quantité de poissons », a dit M. Riala à IRIN.

Les Forces de défense israéliennes déclarent ne faire que leur travail en protégeant la frontière maritime de leur pays. « Les bateaux qui s’éloignent de la zone autorisée sont pris en charge par la marine conformément aux procédures habituelles », a dit à IRIN l’unité du porte-parole de l’armée israélienne, intérrogée au sujet des arrestations.

Oxfam estime que le gouvernement israélien devrait cesser immédiatement d’avoir recours à l’armée pour veiller au respect des zones tampons terrestres et maritimes et qu’il devrait trouver d’autres façons de protéger la frontière.

« Les négociations en cours entre le Hamas et le gouvernement israélien représentent une opportunité sans précédent – il faut plus qu’un cessez-le-feu pour la population de Gaza, elle a besoin de la fin du blocus une bonne fois pour toutes », a dit le directeur pays d’Oxfam pour Israël et le Territoire palestinien occupé, Nishant Pandey.

Incertitude

Au lendemain du cessez-le-feu, l’incertitude subsiste pour les agriculteurs et les pêcheurs de Gaza.

« Nous demandons de pouvoir naviguer et pêcher librement, sans que nos vies soient menacées en pleine mer, [sans que nous risquions d’être] attaqués, arrêtés ou même tués », a dit Nizar Ayyash, président de l’association générale des pêcheurs de Gaza.

« La pêche est la principale source de revenus d’environ 50 000 gazaouis. Comment une zone côtière de six milles de large par 38 milles de long pourrait-elle suffire à garantir des quantités et des revenus satisfaisants à plus de 1,6 million de personnes ? » a demandé M. Ayyash.

Avant l’an 2000, les pêcheurs s’éloignaient jusqu’à près de 20 miles marins de la côte et attrapaient 4 000 tonnes de poisson par an. Les prises sont depuis descendues à 1 200 tonnes.

Jusqu’à présent, le cessez-le-feu semble se maintenir, après les huit jours de conflit qui ont conduit en novembre à la mort de 158 Palestiniens et six Israéliens et détruit ou sérieusement endommagé 378 habitations, dont 80 en Israël.

Malgré plusieurs années d’espoirs avortés, Abu Rjaila est optimiste quant à la possibilité de cultiver à nouveau ses champs désertés : « on doit nous rendre nos vies », a-t-il dit.

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