L’insécurité exacerbe la vulnérabilité des paysans touchés par la sécheresse

L’instabilité en Syrie a exacerbé l’état de vulnérabilité dans lequel vivaient déjà des dizaines de milliers de paysans et d’éleveurs qui subissent des épisodes récurrents de sécheresse. Mais, avertit l’Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO), seule une fraction d’entre eux ont reçu une assistance, car les programmes humanitaires en Syrie souffrent d’un « manque sévère de financement » de façon chronique.

« Ils sont vraiment dans une triste situation. Ils ont besoin d’assistance, » a indiqué Abdulla Tahir Bin Yehia, représentant de la FAO en Syrie. « Nous voulons atteindre une bonne partie des communautés affectées par la sécheresse et la crise et nous le pouvons, à condition que la communauté des donateurs nous fournissent les ressources. »

« [Toutefois], nous n’avons pas reçu un centime cette année, » a dit M. Bin Yehia. « Le financement de la communauté des donateurs est absent. »

Jusqu’à présent, la FAO, une agence technique qui ne peut fonctionner que grâce aux financements, s’est servie de ses propres fonds ainsi que de l’argent du Fonds central d’intervention d’urgence (CERF) des Nations Unies.

La sécheresse a frappé une grande partie du nord et de l’est de la Syrie, forçant des dizaines de milliers de familles paysannes à migrer vers les camps informels établis aux abords des centres urbains, pour y chercher du travail.

« Comme ils sont considérés comme des déplacés internes, ils n’ont pas droit au statut de réfugiés et peuvent à peine bénéficier de l’aide internationale, » a dit à IRIN Rula Asad, co-fondatrice du groupe Al Hababeen, l’un des rares organismes à leur fournir quelque secours.

Mais depuis mars 2011, beaucoup de ces régions – notamment Homs, Hama, Idlib et la banlieue de Damas – ont été balayées par le soulèvement populaire, de plus en plus armé, contre le président Bachar al-Assad qui a répondu, dans certains endroits, par des tirs de mortier et des attaques à la grenade, et en utilisant tanks et hélicoptères.

En raison de la crise actuelle, quelque 18 000 migrants de familles paysannes ont dû rentrer dans leur contrée d’origine dans le nord-est ; ils « se retrouvent désormais sans source de revenus et ont besoin d’aide humanitaire afin de relancer les activités qui les font vivre, » a noté Abeer Etefa, responsable régionale de l’information publique pour le Programme alimentaire mondial (PAM).

« Nous n’avons pas pu les aider, par manque de financement humanitaire »

Malgré des précipitations plus abondantes en 2011, beaucoup de ceux qui sont revenus sur leurs terres n’ont pas pu planter, parce qu’ils n’avaient pas de semences et « nous n’avons pas pu les aider, par manque de financement humanitaire, » a indiqué M. Bin Yehia de la FAO. Les agriculteurs des zones frappées par la sécheresse sont principalement des petits agriculteurs et de ce fait, les opportunités de travail occasionnel dans ces régions sont rares, a t-il ajouté.

Une mobilité réduite

L’augmentation des coûts de transport et la réduction de la mobilité due à l’insécurité qui règne dans certaines régions du pays expliquent en partie les pertes, en matière de commerce et de troupeaux, subies par les populations rurales des gouvernorats du centre, de la côte, de l’est et du sud, parce qu’il leur a été plus difficile de vendre leurs produits, a expliqué la FAO.

Dans les zones du nord-est touchées par la sécheresse, les éleveurs sont aujourd’hui moins mobiles à cause de l’insécurité ; celle-ci a aussi découragé les agriculteurs de poursuivre leur migration saisonnière vers l’ouest du pays où ils trouvent des emplois occasionnels dans l’agriculture. Les régions occidentales où l’agriculture reste florissante souffrent maintenant d’un manque de main d’œuvre saisonnière.

La plupart des pompes dans les systèmes d’irrigation marchent à l’essence, mais une pénurie de carburant a provoqué une forte hausse des prix du carburant et par voie de conséquence, le prix des pièces, du fourrage et du transport a augmenté aussi.  Même ceux qui ont réussi à grand peine à obtenir une récolte ont des difficultés et les exportations ont diminué. (Les explications concernant la pénurie de pétrole varient : Pour certains, le gouvernement fait des réserves de pétrole pour remplir les réservoirs de ses propres tanks et imposer une punition collective à la population. Selon d’autres, les camionneurs qui transportent le carburant auraient été dissuadés par l’insécurité).

Alors que la production de blé de l’an dernier a été la meilleure en cinq ans, 65 633 familles ont été dans l’incapacité de planter par manque de semences ou ont souffert de mauvaises récoltes au cours de la saison 2010-2011, malgré de meilleures conditions climatiques, a fait remarquer M. Bin Yehia.

Jusqu’à maintenant, les pluies cette année ont été correctes, mais il faut  que cela dure jusqu’à la mi-avril pour garantir une bonne récolte en juin.

Le soutien de la FAO  

La FAO a soutenu 7 000 petits éleveurs dans les gouvernorats de Hassakah, Deir-ez-Zor et Homs en leur fournissant de l’alimentation animale ; elle a fourni des semences à 2 000 agriculteurs de Deir-ez-Zor et permis à 500 familles dont le chef est une femme de mener des activités génératrices de revenus dans les gouvernorats de Hassakah et Idlib. « Mais ceci ne représente qu’une petite partie des 65 000 familles qui ont besoin d’assistance humanitaire. »

Si on ajoute à ce chiffre celui des personnes rendues vulnérables par la sécheresse des deux dernières années, c’est un total de près de 300 000 familles qui ont eu besoin d’une « aide de subsistance  » au cours de trois dernières années, a indiqué M. Bin Yehia. Or, moins de 20 pour cent d’entre elles en ont bénéficié, par manque de financement.

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