Les prestations sociales réduisent la pauvreté

Les pays d’Afrique australe comptent parmi ceux où la répartition des revenus est la plus inégalitaire, mais ils ont souvent les moyens de verser des prestations sociales, une mesure qui s’est avérée efficace pour réduire le nombre de pauvres, ont affirmé les experts régionaux lors d’une rencontre de deux jours, organisée à Pretoria, en Afrique du Sud.



« On peut toujours trouver de l’argent ; quand la volonté politique est là, tout est possible », a estimé Nicholas Freeland, directeur du Programme régional contre la faim et la vulnérabilité (RHVP) ; cet organisme, sis à Johannesburg et financé par les gouvernements britannique et australien, a co-organisé la rencontre.



Les prestations sociales désignent les différentes formes d’assistance sociale aux individus et aux ménages à faible revenu ou sans revenu, et peut englober les allocations familiales, les pensions non contributives, les programmes d’alimentation scolaire et les intrants, agricoles et autres.



Six pays d’Afrique australe (le Botswana, le Lesotho, l’île Maurice, la Namibie, l’Afrique du Sud et le Swaziland) versent des allocations sociales non contributives inspirées des politiques d’assistance sociale européennes. Le Mozambique, le Malawi et la Zambie, entre autres, expérimentent à l’heure actuelle divers programmes de versement de prestations sociales en espèces.



Les pays pauvres montrent l’exemple



Les réserves de trésorerie insuffisantes et le manque de moyens font souvent obstacle au versement de prestations sociales en espèces. C’est pourquoi les experts présents lors de la rencontre ont félicité certains pays pauvres tels que le Lesotho et le Swaziland pour leur volonté politique : dans ces pays, les programmes d’allocations fonctionnent bien, en exploitant au mieux des ressources limitées.



Le Lesotho verse des allocations de 25 dollars, mais afin que cette mesure soit abordable, on ne peut prétendre à recevoir ces allocations qu’à partir de 70 ans, pouvait-on lire dans une série de documents publiés par le RHVP, en collaboration avec l’Economic Policy Research Institute (EPRI), un organisme sud-africain, et l’Institute of Development Studies (IDS), un organe de l’université du Sussex, au Royaume-Uni. « Le Swaziland, en revanche, a décidé de fixer un âge d’admissibilité bas (60 ans) pour permettre à davantage de bénéficiaires d’en profiter, mais le montant des allocations est bien moins important (10 dollars) ».



Certaines preuves ont montré que des populations disposant de plus d’argent dépensaient davantage pour satisfaire leurs besoins fondamentaux - notamment alimentaires, sanitaires et éducatifs - ce qui a aidé les deux pays à progresser en vue d’atteindre l’Objectif du millénaire pour le développement (OMD) consistant à réduire de moitié leur taux de pauvreté d’ici à 2015.



Lors de la rencontre, qui a pris fin le 17 septembre, les décideurs ont revu le rôle des prestations sociales dans la réduction de la pauvreté, à l’approche du sommet des Nations Unies sur les OMD à New York. La Déclaration universelle des droits de l’homme prévoit le droit à la sécurité sociale.



A la traîne



Loin d’atteindre la plupart des OMD, l’Afrique australe est à la traîne : environ 45 pour cent de sa population vit avec moins d’un dollar par jour, et l’espérance de vie dans les pays où le taux de prévalence du VIH est élevé a chuté en deçà de 40 ans, selon Agostinho Zacarias, coordinateur résident des Nations Unies en Afrique du Sud.



En règle générale, les prestations sociales peuvent être classées dans deux catégories : les prestations à long terme, au profit des personnes exposées à des risques liés au cycle de vie, notamment des orphelins ; et les prestations à court terme, dont l’assurance sociale pour tous ceux qui encourent des risques liés à leurs moyens de subsistance, notamment les fermiers dont la récolte a été particulièrement mauvaise, a indiqué Stephen Devereux de l’IDS.



En Afrique du Sud, les prestations sociales telles que les allocations vieillesse et les allocations familiales introduites au début des années 1990 ont permis d’améliorer le sort d’au moins 47 pour cent des personnes qui vivent avec moins de deux dollars par jour, selon un autre document de la série.



« Un pays comme le nôtre n’a ni les fonds, ni les ressources nécessaires pour mettre en place de tels programmes de versement de prestations sociales », a néanmoins commenté Lovemore Moyo, président du Parlement zimbabwéen.



Epargne domestique



Selon M. Zacarias, certains pays tels que le Zimbabwe doivent s’efforcer d’assurer que leurs peuples aient davantage confiance dans les politiques publiques pour augmenter leur épargne domestique ; « comme ça, vous êtes sûrs que l’argent sera dépensé comme il devrait l’être, et non utilisé à d’autres fins ». D’après lui, les pays doivent consacrer une partie de leurs dépenses aux prestations sociales car « nous sommes des êtres sociaux », et pour montrer que dans ces pays, on se soucie des autres êtres humains.



M. Freeland du RHVP a fait remarquer, pour sa part, qu’à l’époque où des pays développés tels que le Royaume-Uni et la Suède avaient introduit les prestations sociales telles que les allocations vieillesse, ils n’étaient pas particulièrement riches, mais avaient adopté cette mesure en raison des « inégalités criantes » qui prévalaient. M. Devereux a noté quant à lui que le Lesotho avait mis en place son programme de versement de prestations sociales sans l’aide des bailleurs de fonds.



Les documents publiés à l’occasion de la rencontre citaient une étude récente menée par l’Organisation internationale du travail (OIT) dans 12 pays à faible revenu - six en Afrique subsaharienne et six en Asie ; selon cette étude, le coût des prestations sociales représente moins d’un pour cent du produit intérieur brut dans chacun de ces pays.



Selon M. Freeland du RHVP, les bailleurs peuvent aider les pays en assumant les coûts de départ, souvent très importants. « Ils peuvent financer les cartes à puce, l’inscription des bénéficiaires, et le suivi et l’évaluation des prestations, mais les prestations elles-mêmes doivent être comprises dans le budget du pays ».



Sylvia Masebo, députée zambienne, a souligné la nécessité d’un engagement politique en faveur des prestations sociales. De nombreux pays, notamment la Zambie, dépendent de l’aide des bailleurs, mais « le gouvernement alloue les fonds en fonction de ses propres priorités et presque rien n’est alloué à la protection sociale ».



Aller au-delà des pilotes



La Zambie pilote un programme de versement de prestations sociales dans quelques districts. « Le gouvernement dit que nous n’avons pas les fonds nécessaires pour déployer le programme pilote ; nous devons exploiter notre base de trésorerie nationale, notamment le secteur minier, pour réunir les fonds nécessaires », a estimé Mme Masebo.



Selon les experts, les pays doivent dépasser le stade des programmes pilotes. « Des études ont montré que les coûts administratifs de la gestion de projets pilotes étaient bien plus importants que s’il s’agissait d’un programme national de versement de prestations sociales », a expliqué Isobel Frye, directrice du Studies in Poverty and Inequality Institute (SPII), un organisme sud-africain.



Selon le célèbre activiste sud-africain Mark Heywood, de Section 27, une association locale de défense des droits civils, pour inciter les gouvernements à verser des prestations sociales, il faut prendre exemple sur la longue campagne menée pour élargir l'accès au traitement des personnes infectées par le VIH/SIDA. « Nous avons découvert que si vous incitez les personnes qui ont le plus besoin [de quelque chose] à faire campagne pour l’obtenir, ça marche ».



L’événement a été co-organisé par le RHVP, le Forum parlementaire de la Communauté de développement d’Afrique australe et le SPII.



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