Il faut aider les petits fermiers, plaide un nouveau rapport

Les petits fermiers, qui représentent près de la totalité du secteur agricole africain, doivent être davantage soutenus afin de réduire leur dépendance excessive à des importations alimentaires de plus en plus coûteuses, préconise un nouveau rapport.



Les décideurs politiques devraient « renforcer la compétitivité des petits exploitants agricoles, pour éviter un exode rural qui exercerait une pression importante sur les villes et entraînerait une augmentation des importations alimentaires », selon l’édition 2010 du rapport sur la technologie et l’innovation de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement.



Les importations nettes de céréales des pays en développement ont augmenté pour passer de 39 millions de tonnes au milieu des années 1970 à 103 millions en 1997-1999 et devraient atteindre les 265 millions de tonnes d’ici à 2030, selon le rapport. En outre, les pays doivent désormais acheter leurs denrées alimentaires plus cher : le prix du riz thaïlandais exporté a presque triplé pour passer de 362 dollars par tonne en décembre 2007 à 1 000 dollars en avril 2008. Entre-temps, dans les pays les moins développés (dont les pays d’Afrique représentent une bonne partie), la production alimentaire par habitant a diminué à tel point qu’en 2003-2005, elle était inférieure d’un cinquième à la production de 1970-1972.



Les obstacles financiers



« Lorsque les agriculteurs dépensent la quasi-totalité de leur argent en coûts de transaction, cela ne les incite pas à produire. Il faut baisser les obstacles financiers auxquels se heurtent les petits fermiers », a dit Banji Oyelaran-Oyeyinka, directeur de la division de suivi et de recherche d’ONU-HABITAT, le Programme des Nations Unies pour les établissements humains, à l’occasion de la présentation du rapport, le 1er juillet.



Le manque d’organisation est également problématique. « Un petit producteur ne souffre pas de la taille ?de sa production?, mais de l’isolation … Si 100 d’entre vous mettent en commun leurs fruits et légumes, ils auront beaucoup plus de chances d’obtenir une part de marché plus importante et de meilleurs prix », a ajouté M. Oyelaran-Oyeyinka. L’Ethiopie a récemment lancé un marché d’échange de matières premières agricoles pour aider les agriculteurs à négocier les prix.



« L’une des raisons pour lesquelles l’agriculture [africaine] n’a pas bougé, c’est que nous n’avons pas l’excédent nécessaire pour avoir une valeur ajoutée. Nous consommons tout [ce que? nous produisons », a-t-il dit. « Nous nous contentons de produire la matière première, et de l’envoyer à quelqu’un. Ce qui reste représente environ 20 pour cent de la valeur ».









« Un pays qui ne nourrit pas son peuple risque fort de perdre sa souveraineté »

« Le gros des bénéfices est dégagé au bout de la chaîne ; les fermiers qui produisent obtiennent le moins [de gains] », a-t-il indiqué, ajoutant que les agriculteurs avaient besoin d’une infrastructure physique d’accompagnement, d’un environnement règlementé, de formations, et d’une amélioration des conditions agricoles et de la qualité des sols. « Si tout cela n’existe pas, l’agriculteur travaille tout simplement pour rien ».



M. Oyelaran-Oyeyinka a appelé à l’adoption d’une politique publique en faveur des pauvres, entre autres via la stabilisation des prix, l’accès à des intrants modernes, à une offre de crédits et une offre de marché accessibles, et l’élaboration de politiques foncières garantissant des droits de propriété. « L’instabilité des prix crée une incertitude dans l’esprit des producteurs. Si vous vous attendez à empocher 20 000 shillings [250 dollars] en vendant votre récolte [et que] brusquement, en milieu d’année, les prix des récoltes tombent à 5 000 [62,50 dollars], c’est un handicap pour le fermier », a-t-il déclaré.



Les difficultés



Les terres irriguées restent peu nombreuses, pourtant l’irrigation permet d’augmenter l’intensité des cultures. « Les 885 millions d’hectares de terres arables exploitables à l’heure actuelle dans les pays en développement équivalent à 1 770 millions d’hectares, par exemple, s’ils sont exploités deux fois par an », peut-on lire dans le rapport, selon lequel seul un cinquième de ces terres était irrigué en 1997-1999, dont deux pour cent en Afrique subsaharienne contre 40 pour cent en Asie du Sud.



« Il est très dangereux de dépendre [exclusivement] de la nature pour vivre », a estimé M. Oyelaran-Oyeyinka, en allusion aux dangers de la dépendance à la pluviométrie.



Garantir le droit d’occupation des terres pourrait également être essentiel pour aider les fermiers à bénéficier de crédits et à investir dans la productivité des terres à moyen et long termes, selon le rapport.



Entre autres défis, les agriculteurs pâtissent du passage progressif aux biocarburants et de ses répercussions sur la sécurité alimentaire, du détournement des céréales destinées à l’homme pour nourrir le bétail (conversion des céréales en viande) et des migrations des zones rurales aux milieux urbains.



« Il n’y a pas de remède miracle, pas de solution rapide. Il faut créer un environnement propice à la technologie et à l’innovation pour diminuer les importations, en apportant une aide aux fermiers », a préconisé M. Oyelaran-Oyeyinka.



Le transfert et l’échange des connaissances sont également importants, a-t-il ajouté. « Nous devons faire avancer la recherche au-delà du stade pilote et en faire un commerce en l’adaptant aux conditions de l’Afrique ».



« Un pays qui ne nourrit pas son peuple risque fort de perdre sa souveraineté ».



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