Des centaines d’agriculteurs noirs menacés d’expulsion

Des centaines de nouveaux fermiers commerciaux noirs risquent d’être expulsés au cours des prochains mois en raison de leur incapacité à rembourser les emprunts qu’ils ont contractés auprès du gouvernement pour acheter leurs propriétés, allouées dans le cadre de la réforme agraire.



En juillet, la Land Bank, une banque publique qui apporte des financements et des conseils aux agriculteurs noirs et joue un rôle crucial dans la recherche de solutions contre le déséquilibre racial en matière de propriété des terres, a indiqué au Parlement que plus de 350 exploitations agricoles allaient devoir être reprises si les fermiers continuaient à ne pas rembourser leurs emprunts.



La banque a indiqué qu’elle perdait 100 millions de rands (environ 13 millions de dollars) par mois à cause des prêts non remboursés et qu’elle avait repris possession de 25 exploitations au cours du second semestre 2008. Six de ces propriétés étaient celles de nouveaux fermiers noirs. Le moratoire de plusieurs années sur la saisie des terres n’a servi qu’à augmenter la dette des agriculteurs en difficulté.



Le moratoire a été levé en juillet 2008, lorsque le contrôle de la Land Bank - alors enlisée dans des scandales financiers - est passé du ministère de l’Agriculture et des Affaires foncières au ministère des Finances.



Cependant, selon Willy Williams, président pour la province du Cap-Occidental de l’Union nationale des fermiers africains (NAFU), la Land Bank et le gouvernement seraient tout aussi responsables de la situation que les agriculteurs, car ils n’auraient pas apporté suffisamment de soutien aux nouveaux fermiers.



« Nos membres sont confrontés à de nombreux obstacles lorsqu’ils commencent : la plupart sont liés au manque de compétences dans la gestion d’une exploitation agricole moderne. Il est de la responsabilité de l’État d’offrir une formation dans ce domaine, mais celui-ci n’a pas la capacité de le faire assez rapidement », a-t-il expliqué.









« Lorsque nous avons commencé à travailler dans l’exploitation en 2004, nous n’avions pas les aptitudes ni le fonds de roulement nécessaires pour démarrer. Nous avons dû vendre notre première récolte pour obtenir un capital d’exploitation. Mais nous n’avons pas gagné assez »

Un manque de soutien



« Le prix élevé des terres dans le Cap-Occidental représente également un problème, car l’État ne donne pas assez d’argent pour couvrir le coût de l’achat de terres et le fonds de roulement initial nécessaire au fonctionnement d’une exploitation agricole », a-t-il dit.



Kallie Geslin, 38 ans, et Charles Pietersen, 42 ans, faisaient partie d’un groupe de 74 nouveaux fermiers noirs ayant obtenu, en 2003, des prêts du gouvernement et de la Land Bank pour un montant de 4,6 millions de rands (environ 600 000 dollars) afin d’acheter une exploitation viticole commerciale au Cap-Occidental dans le cadre de la réforme agraire.



Les deux hommes ont été élevés dans des exploitations viticoles de la région et ont dit qu’ils avaient l’agriculture « dans le sang ». Mais leur rêve de gérer une entreprise prospère s’est évanoui en 2008 lorsque, à cause d’arriérés, la Land Bank a repris possession de leur exploitation de 205 hectares près de la ville de Paarl.



Bien qu’ils aient eu l’expérience pratique du travail de la terre pendant leur jeunesse, ils ne possédaient pas l’expertise technique ni les compétences en matière de gestion nécessaires pour faire fonctionner une exploitation commerciale.



« Lorsque nous avons commencé à travailler dans l’exploitation en 2004, nous n’avions pas les aptitudes ni le fonds de roulement nécessaires pour démarrer. Nous avons dû vendre notre première récolte pour obtenir un capital d’exploitation. Mais nous n’avons pas gagné assez », a expliqué M. Geslin.



« Cela a causé de nombreuses querelles au sein de notre groupe, car certains voulaient percevoir un salaire de l’argent de la récolte plutôt que réinvestir cette somme dans l’exploitation. Ils ne comprenaient pas que nous devions réinjecter l’argent dans l’entreprise. La propriété de la terre ayant été allouée sous forme de parts sociales, tout le monde avait les mêmes droits. Il était donc très difficile de prendre les bonnes décisions pour l’entreprise ».



Les deux hommes ont ajouté que la formation aux techniques de gestion « n’avait pas eu lieu assez tôt. Lorsque nous avons commencé la formation, il était trop tard pour sauver l’entreprise. Nous étions déjà en difficulté. L’exploitation a été revendue à un fermier blanc », a ajouté M. Geslin.



M. Williams, de la NAFU, a indiqué qu’environ 40 pour cent des nouveaux fermiers commerciaux noirs du Cap-Occidental avaient du mal à joindre les deux bouts et que beaucoup d’entreprises étaient des initiatives collectives, l’option préférée du gouvernement.



« Nous avons remarqué que les nouveaux fermiers noirs qui réussissent le mieux sont ceux qui participent au régime d’actions, c’est-à-dire lorsqu’un fermier vend une partie de ses terres à un employé et reste impliqué dans l’entreprise en apportant sont expertise », a-t-il expliqué.









« La réforme agraire a été un véritable désastre à cause du taux d’échec élevé. Les fonctionnaires d’État soutiennent que les bénéficiaires devraient principalement être de nouveaux fermiers noirs à vocation commerciale plutôt que de petits exploitants, mais ces derniers peuvent être très productifs »

La solution : une agriculture à petite échelle



Ben Cousins, directeur de l'Institut pour les études sur la pauvreté, les terres et l'agriculture (Plaas), a dit à IRIN que les fermiers en difficulté étaient mal conseillés par la Land Bank quant à la taille des emprunts qu’ils devaient contracter.



« Il n’est pas si facile d’avoir une exploitation rentable en Afrique du Sud, car les terres arables et les ressources en eau sont rares. Ces derniers temps, les coûts de production ont augmenté beaucoup plus rapidement que le prix de vente, ce qui accentue la pression sur un marché déjà en proie à une rude concurrence », a-t-il expliqué.



« Je pense donc que beaucoup de ces fermiers en difficulté ont reçu de mauvais conseils [de la Land Bank et du ministère de l’Agriculture] et ont obtenu des prêts bien supérieurs à ce qu’ils pouvaient rembourser ».



D’après M. Cousins, un argument de poids a été avancé selon lequel le gouvernement devrait faire des petits agriculteurs les premiers bénéficiaires de sa politique de réforme agraire, car leurs chances de réussite sont bien supérieures.



« La réforme agraire a été un véritable désastre à cause du taux d’échec élevé. Les fonctionnaires d’État soutiennent que les bénéficiaires devraient principalement être de nouveaux fermiers noirs à vocation commerciale plutôt que de petits exploitants, mais ces derniers peuvent être très productifs », a-t-il ajouté.



« Ils n’ont pas besoin de gros emprunts pour travailler, mais plutôt de financements innovants soutenus par des ONG [organisations non gouvernementales] qui leur apportent conseils et expertise ».



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