Placer la barre humanitaire plus haut

Depuis la première publication, en 2000, du manuel du Projet Sphère exposant les normes minimales pour les interventions en cas de catastrophes, le monde de l’humanitaire a beaucoup évolué. Le changement climatique est la nouvelle catastrophe, les réformes humanitaires ont réorganisé le système d’aide en introduisant des responsabilités sectorielles (« cluster leads ») pour les secteurs d’urgence et des millions de victimes supplémentaires de catastrophes vivent dans des villes plutôt que dans des zones rurales.



Le Projet Sphère, dans le cadre duquel des ONG (organisations non gouvernementales) internationales et le mouvement de la Croix-Rouge cherchent à améliorer la qualité des interventions en cas de catastrophes, est en train de mettre à jour son manuel, qui expose les meilleures pratiques en matière d’aide alimentaire, de nutrition, de santé, d’eau, d’installations sanitaires et d’hébergement d’urgence.



Le guide révisé, connu sous le nom de manuel Sphère, témoignera de la complexité du milieu humanitaire et abordera de manière plus explicite les relations entre civils et militaires, la réduction des risques de catastrophe et le relèvement rapide, l’impact environnemental, l’aide psychologique et le rôle des responsables sectoriels dans les interventions humanitaires.



Neuf secteurs d’intervention en cas de catastrophes, parmi lesquels l’éducation, la protection et le relèvement rapide, sont pris en charge par les groupes de responsabilité sectoriels des Nations Unies ou des ONG afin de mettre en oeuvre des opérations d’urgence plus cohérentes et mieux coordonnées.



Malgré le nombre de plus en plus important de nouvelles directives et bonnes pratiques en matière de qualité des interventions humanitaires, Adam Poulter, responsable de l’équipe humanitaire de l’ONG Care International, a dit à IRIN que Sphère sortait toujours du lot. « Le manuel Sphère est un peu comme “Le Guide du voyageur galactique” : si vous commencez dans un nouveau secteur et que vous avez besoin de conseils, utilisez Sphère. C’est un ouvrage complet avec lequel vous pouvez voyager ».



Le nouveau manuel, dont la publication est attendue pour 2010, renverra à des guides plus approfondis sur certains secteurs, notamment les moyens de subsistance et l’éducation d’urgence, ainsi qu’à d’autres normes de qualité comme le Projet responsabilité (« Accountability ») humanitaire, a indiqué John Damerell, responsable du projet Sphère, à IRIN.


« Cela ne sert à rien d’établir des normes à partir de mauvaises pratiques. Nous ne visons pas le plus bas dénominateur commun  »

Les groupes de responsabilité sectoriels humanitaires sont désormais chargés de mettre en place des normes et des instructions pour leurs secteurs d’intervention en cas de catastrophes, qu’il s’agisse de l’hébergement ou de la protection. Mais Graham Saunders, responsable des programmes d’hébergement à la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR), a dit à IRIN qu’il s’agissait d’un processus plus complémentaire que concurrentiel.



« Sphère sert de point de départ, c’est le “quoi”, et les ‘clusters’ peuvent apporter le “comment”. »



La FICR dirige également le cluster international pour l’hébergement d’urgence. M. Saunders est l’un des 22 experts intervenant dans la révision du manuel Sphère.



Selon lui, créer de nouvelles normes ambitieuses sans trop rallonger le manuel est un vrai défi. « Fournir des instructions simples, cohérentes, claires, concises mais complètes, présente toujours des difficultés en termes de choix, mais nous devons essayer ».



Un objectif réaliste ?



D’après les travailleurs humanitaires, il est également difficile de maintenir de telles normes s’il y a un manque de financement, des problèmes d’accès, des ressources limitées ou d’autres obstacles.



L’une des normes du manuel Sphère actuel garantit par exemple moins de 15 minutes d’attente aux points d’eau. Elle est toutefois rarement respectée dans les camps du Darfour ou de l’est du Tchad, ont dit des travailleurs humanitaires à IRIN.



« Cette question revient tout le temps », a noté M. Saunders. « Mais cela ne sert à rien d’établir des normes à partir de mauvaises pratiques. Nous ne visons pas le plus bas dénominateur commun ».



« Refuser aux gens un espace de vie couvert de 3,5 m2 peut compromettre une séparation sûre entre les personnes de sexe opposé, ce qui signifie que la construction d’un abri pour les femmes pourrait être nécessaire. Cela peut également augmenter la transmission des infections respiratoires, entraînant un besoin plus fréquent de visites médicales », a-t-il ajouté.



M. Saunders a expliqué à IRIN que les instructions sont un outil qui doit être adapté à chaque contexte. Il a également souligné que le manuel révisé devrait donner de meilleurs conseils à ce sujet.



« Lorsque les normes ne sont pas respectées, il y a toujours d’autres conséquences. Les problèmes ne disparaissent pas... Même si vous n’arrivez pas à respecter les normes, il ne faut pas abandonner », a conclu M. Saunders.



aj/pt/gd/ail