Les marchés se vident après une invasion de chenilles

Des armées de chenilles envahissent désormais 65 villes du Liberia, laissant dans leur sillage des puits contaminés par les fèces, des champs dénués de récoltes et des marchés sans denrées alimentaires.



Les chenilles, qui ont envahi le 15 janvier la province de Bong, située dans le centre du Liberia, se sont propagées dans la province de Gbarpolu, située dans le nord-ouest du pays, ainsi que dans la province de Lofa, qui borde les frontières de la Guinée et du Sierra Leone.



Dans les villes libériennes touchées, les cultures restantes, notamment les cultures de bananes, de plantains, de taros et de poivre, ne sont pas récoltées.

 

« Les agriculteurs sont désormais dispersés dans la zone, et ne récoltent plus leurs champs… De ce fait, on assiste à une pénurie de denrées alimentaires sur les marchés » a affirmé Massaboi Kollie, un agriculteur dirigeant une exploitation de taro et de poivre de 5 hectares dans la ville de Belefanai, qui a été infestée le 23 janvier.



Sur le marché de Gbarnga, capitale de la province de Bong, les vendeurs se retrouvent sans produits à vendre. « Nous ne gagnons plus notre vie. Les chenilles ont envahi toutes les villes où nous nous approvisionnons habituellement en bananes, en plaintains et en poivre » s’est lamenté une commerçante, Mamie Morris.



D’après le ministère libérien de l’Agriculture, jusqu’à 20 000 personnes ont fui leur village dans les provinces de Bong, Lofa et Gbarpolu.



« La vie devient insoutenable pour nous », a confié à IRIN Anthony Menkor, âgé de 55 ans, originaire de Gbarnga, ville qu’il a quittée pour gagner le district de Zota avec les 13 membres de sa famille. « Nous comptons sur le peu de récoltes restantes, et dépendons des autres aliments provenant des autres régions ».



Des denrées alimentaires de plus en plus chères



À Gbarnga, le prix de certaines denrées alimentaires a plus que doublé : d’après Annie Sumo, une vendeuse de fruits, le prix d’un grand régime de bananes est passé de 4 à 10 dollars ; un kilogramme de taros, qui se vendait auparavant à 38 centimes, coûte désormais 2,25 dollars.



Pas moins de 75 pour cent du district de Zota a été envahi par les chenilles, a indiqué le commissaire de l’agriculture du district, Joseph Urey.



« Mon district subit actuellement une pénurie de denrées alimentaires ; nous lançons des appels à l’aide d’urgence auprès des organismes humanitaires afin qu’ils apportent de l’eau et de la nourriture aux personnes touchées, qui se sont vues dans l’obligation de quitter leur ville », a déclaré M. Urey.



Lutter contre les chenilles



Selon Joseph Queliboh Subah, chargé de coordonner les efforts gouvernementaux déployés pour contenir les insectes, des représentants des ministères de l’Agriculture, la Santé et l’Intérieur et l’organisme de protection de l’environnement pulvérisent des insecticides dans les zones touchées, obligeant la plupart des chenilles à gagner la forêt.



Cette mesure suscite cependant des craintes : que les chenilles traversent les frontières de la Guinée et du Sierra Leone.



M. Subah a précisé que seul un épandage aérien pouvait permettre de mettre un terme à la propagation, dans la mesure où les insectes grimpent aux arbres pour féconder leurs œufs. « Le Libéria n’est pas en mesure de contenir l’invasion ; par conséquent, la communauté internationale doit intervenir pour assurer un épandage plus avancé », a-t-il indiqué à IRIN.



Selon ce dernier, les ONG n’ont pas encore répondu aux appels à l’aide.



Des experts de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) sont attendus le 26 janvier à Monrovia, la capitale du pays. Ces derniers évalueront l’étendue des dégâts et décideront de la méthode à employer pour lutter contre les chenilles, d’après Tim Vaesen, coordinateur des interventions d’urgence au Libéria au sein de la FAO.



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