La saison des pénuries alimentaires approche

Le prix du riz, l’aliment de base des 19 millions d’habitants de Madagascar, s’est stabilisé, mais le sud du pays, dont les communautés isolées sont vulnérables à une insécurité alimentaire chronique, se prépare à l’approche des pénuries alimentaires saisonnières, qui commencent généralement en octobre.

« Pour l’instant, les prix sont stables à Madagascar, mais on ne peut pas dire que nous ayons surmonté le problème », selon Marco Falcone, coordinateur d’urgence à l’Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) à Madagascar. « La situation reste très précaire et tout changement peut avoir de lourdes conséquences ».

Le gouvernement malgache a pris des mesures pour atténuer, à l’échelle nationale, les conséquences de la hausse spectaculaire des prix des denrées alimentaires, observée dans le monde en 2008. Il subventionne notamment les importations de riz et les frais de transport, pour améliorer la distribution des produits alimentaires, et promeut les semailles hors saison.

Madagascar, qui a été secoué, dans le passé, par des émeutes de la faim, est l’un des plus grands consommateurs de riz par habitant du monde. La moindre augmentation des prix au détail pratiqués dans le pays (qui vont de 0,55 à 1,15 dollar le kilo, selon le type de riz) peut donc avoir des répercussions importantes, étant donné que plus de 70 pour cent des Malgaches survivent avec moins d’un dollar par jour.

Environ 3,5 millions de tonnes de riz paddy sont produites chaque année, mais 200 000 tonnes supplémentaires doivent être importées pour couvrir les besoins nationaux ; cette année, le déficit est estimé à 270 000 tonnes, selon la FAO.

D’après les estimations du Programme alimentaire mondial (PAM), l’insécurité alimentaire chronique touche 65 pour cent de la population, et huit pour cent de plus au cours de la période de soudure. Les régions les plus touchées sont le sud, région aride qui produit très peu de riz, et le sud-est, sujet aux cyclones.

« Le riz produit dans le sud ne suffit pas », a noté M. Falcone. « Les agriculteurs d’ici ne bénéficient pas de l’aide technique apportée aux fermiers d’ailleurs, c’est pourquoi ils ont recours à de vieilles méthodes et utilisent de vieilles variétés de semences. Et, de ce fait, il n’y a qu’une seule récolte par an ».

Depuis décembre 2007, le gouvernement a consacré 3,9 millions de dollars au déploiement des programmes d’alimentation scolaire du PAM dans le sud, ce qui a permis de doubler le nombre d’enfants bénéficiaires, le portant de 60 000 à 150 000.

Malgré tout, le littoral sud-est, frappé par six cyclones en 2007 (une des pires saisons jamais observées), reste vulnérable. Selon les estimations de la FAO, 80 pour cent de la récolte de l’année dernière a été détruite par les cyclones.

Mais les catastrophes naturelles ne sont pas le seul facteur d’insécurité alimentaire : le manque d’infrastructures de transport commercial est également un problème majeur.

« Il n’y a pas de système commercial pour le transport des produits frais et d’un point de vue commercial, on y accorde peu d’intérêt », a indiqué M. Falcone. « Les populations des régions vulnérables doivent donc compter sur leur propre production ».

Les produits agricoles malgaches sont, pour la plupart, cultivés dans la région du plateau central. La distance que les vivres doivent parcourir pour atteindre les marchés du sud et du sud-est limite souvent l’approvisionnement alimentaire de ces régions et gonfle d’autant les prix sur ces marchés reculés.

Subventionner les importations

Le gouvernement a déjà importé environ 50 000 tonnes de riz en 2008, qui sont vendues à des prix subventionnés légèrement plus bas que ceux d’une majorité de variétés cultivées sur place, selon M. Falcone. Mais combler le déficit observé sur le marché national à l’aide de produits importés subventionnés pourrait également avoir des répercussions néfastes.

« En faisant circuler du riz fortement subventionné sur le marché, on risque de faire perdre leur place aux vendeurs de riz », a averti M. Falcone. « Si c’est le cas, ils risqueront de refuser de vendre jusqu’à ce que les prix remontent », créant ainsi un risque d’instabilité accrue sur le marché national.

En mai, le gouvernement a interdit les exportations de riz pour stabiliser le marché national, mais cette mesure de courte durée devra bientôt être reconsidérée, selon les observateurs, si le pays veut atteindre son objectif : devenir exportateur net de riz.

« Nous espérons, et le gouvernement est encouragé à le faire, réfléchir à la possibilité de lever [l’interdiction d’exporter le riz] dans les prochains mois », a déclaré à IRIN Krystyna Bednarska, directrice pays du PAM à Madagascar. « À moyen et long termes, l’ambition de Madagascar est de devenir exportateur alimentaire, et la question de l’interdiction d’exporter doit être reconsidérée le plus tôt possible ».

Le gouvernement espère tripler sa production rizicole d’ici à 2012, mais tant que des techniques agricoles améliorées et de meilleures infrastructures de transport n’auront pas été mises en place dans les régions reculées, l’insécurité alimentaire chronique risque de persister.

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