La sélection d’IRIN : Mauvaises blagues, innovation et apathie

Chaque semaine, notre réseau international de correspondants vous fait part de sa sélection des enquêtes, interviews, rapports, blogues et articles de fond à ne pas manquer dans l’actualité, pour vous aider à rester au fait des crises mondiales. Nous vous informons également des événements clés (conférences, parutions d’ouvrages, débats politiques) à venir.

À lire : notre Top 5

You probably won’t read this piece about Syria [Vous ne lirez probablement pas cet article sur la Syrie]

Le quatrième anniversaire du conflit syrien a été tristement souligné par la publication d’une série d’articles dans les médias, notamment sur le site d’IRIN. Les auteurs des divers articles dressent un bilan des pertes humaines et se demandent ce qui peut être fait pour mettre un terme à la souffrance et aux effusions de sang. Al Jazeera, un réseau médiatique qui a des moyens, n’a pas fait les choses à moitié. Il a offert à son public une couverture extensive de la crise. Or, selon Barry Malone, rédacteur pour le site web d’Al Jazeera, les articles publiés sur le sujet n’ont pas eu beaucoup de lecteurs. « Lorsque nous avons twitté l’accusation selon laquelle le monde se souciait peu de la crise, nombreux sont ceux qui l’ont retwittée. Mais la plupart de ces personnes n’ont pas cliqué sur le lien pour aller lire nos articles », a-t-il dit. « Peut-être voulaient-elles simplement que les autres voient qu’elles s’en soucient. Peut-être croient-elles que les gens devraient s’en soucier. Mais ce qui est certain, c’est qu’elles ne s’en soucient pas suffisamment pour aller lire ce que nous avons écrit sur le sujet. »

Relationship between humanitarian and development aid [La relation entre l’aide humanitaire et l’aide au développement]

L’idée d’associer la réponse humanitaire d’urgence et l’aide au développement à plus long terme ne date pas d’hier. Elle existe depuis les années 1990 et elle a même son propre acronyme : LARD (liens entre l’aide d’urgence, la réhabilitation et le développement). Alors que de multiples crises prolongées sévissent dans le monde, l’écart entre l’aide humanitaire et l’aide au développement se trouve naturellement réduit. La gestion la plus appropriée de cette relation a fait l’objet de discussions lors de plusieurs consultations régionales organisées à l’approche du Sommet humanitaire mondial. La revue de littérature produite par le Centre de ressources sur la gouvernance et le développement social (Governance and Social Development Resource Centre, GSDRC) permet, dans ce contexte, de faire le point sur l’état de la situation. Les auteurs citent des exemples d’application de la LRRD tirés de la vraie vie et des documents de politique humanitaire.

Comic Relief is a bad joke; Make charity history! [Comic Relief est une mauvaise blague ; marquez l’histoire de la charité !]

Comic Relief est une institution au Royaume-Uni. Au fil des ans, l’organisation caritative a amassé des millions de livres pour de bonnes causes. Mais les moyens employés par Comic Relief pour aider les gens dans le besoin sont-ils réellement appropriés ? Dans ce billet véhément, Joel Lazarus, chercheur au Département de science politique et d’études internationales de l’Université de Warwick, au Royaume-Uni, décrit l’événement annuel de Comic Relief, qui a eu lieu ce mois-ci, comme « l’expression la plus perverse de l’institution de la charité contemporaine, qui est axée sur le spectacle et la consommation ». Il critique également le fait que l’organisation met davantage l’accent sur la générosité des célébrités et des grandes entreprises et sur le sentiment de satisfaction ressenti par le donateur que sur les problèmes fondamentaux qui sont à l’origine de la pornographie de la pauvreté dont ils se repaissent en vendant des gâteaux faits maison et en s’affublant d’un nez en plastique rouge.

Innovation spaces: Transforming humanitarian practice in the United Nations [Espaces d’innovation : transformer les pratiques humanitaires au sein des Nations Unies]

De nombreuses agences des Nations Unies disposent de « laboratoires d’innovation », des départements qui cherchent à développer de nouveaux outils et procédés afin d’améliorer la réponse humanitaire et de trouver de nouveaux moyens de financer les réponses à des crises toujours plus complexes. Ce document de travail rédigé par le Centre d’études sur les réfugiés (Refugee Studies Centre, RSC) de l’Université d’Oxford présente un aperçu intéressant des différentes approches et une analyse des diverses stratégies actuellement testées. Ses auteurs se réjouissent de l’importance accordée à l’innovation, qui, selon eux, a des « impacts positifs impressionnants », mais ils appellent également à élargir la perspective en ce qui concerne les buts et les cibles et mettent en garde contre le risque que les différentes agences travaillent en silos dans le domaine de la recherche en innovation.

Pentagon loses track of $500 million in weapons, equipment given to Yemen [Le Pentagone perd la trace de 500 millions de dollars d’armes et d’équipements donnés au Yémen]

Depuis le mois de septembre, les Houthis, des rebelles issus du nord du Yémen qui bénéficient du soutien de l’Iran, contrôlent Sanaa, la capitale yéménite. Le président reconnu par la communauté internationale a dû fuir et se réfugier à Aden, une ville située dans le sud du pays. La semaine dernière, un avion de combat a effectué un raid contre le palais présidentiel d’Aden. Les armes utilisées par les Houthis pour contrôler le pays sont-elles financées par les contribuables américains ? Probablement. Le Pentagone a en effet admis qu’il avait perdu la trace des 500 millions de dollars d’équipements militaires qu’il a fournis au Yémen au cours des dernières années.

 À regarder :

Drowning for Freedom: Libya’s Migrant Jails [Se noyer pour la liberté : les centres de détention de migrants de la Libye]

Les personnes désespérées qui risquent leur vie en traversant la Méditerranée pour atteindre l’Europe sont de plus en plus nombreuses chaque semaine. Dans ce premier d’une série de trois épisodes, VICE News présente des séquences vidéo percutantes de naufrages de bateaux de migrants ainsi que des images filmées à l’intérieur des centres de détention surpeuplés de la Libye.

À venir :

Dubai International Humanitarian Aid & Development Conference & Exhibition (DIHAD) [Conférence et exposition internationale de Dubaï sur l’aide humanitaire et le développement (DIHAD)]

Du mardi 24 au jeudi 26 mars, Dubaï

Des intervenants de haut niveau issus de l’ensemble du secteur humanitaire mondial figurent dans le programme de cette 12e édition de la DIHAD, notamment des représentants des agences des Nations Unies, des ONG, des groupes de réflexion, des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et des groupes communautaires. Les sujets à l’ordre du jour comprennent le déplacement, le changement climatique, la durabilité, l’eau et l’énergie et la réduction des risques de catastrophe. Une vaste exposition présentant les plus récentes innovations technologiques dans le secteur humanitaire est également organisée parallèlement aux sessions formelles.

Une publication d’IRIN :

Ce qu’il faut savoir sur la réduction des risques de catastrophe

Les participants à la Conférence mondiale sur la réduction des risques de catastrophe, qui a eu lieu la semaine dernière au Japon – quelques jours à peine après le passage du cyclone Pam sur l’archipel de Vanuatu –, se sont entendus sur un nouveau plan mondial de préparation aux futures catastrophes naturelles et climatiques. Les ONG disent que le plan manque d’ambition et « pénalise » les pays plus pauvres, qui sont aussi les plus exposés. L’auteur se penche sur la signification d’un mot-clé omniprésent – #DRR – et vous explique ce que vous devez savoir sur le sujet.

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