Trois conseils pour la nouvelle directrice de l’OMS pour l’Afrique

Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le nombre hebdomadaire de nouveaux cas Ebola a augmenté pour la deuxième fois en l’espace de deux semaines consécutives.

Cette hausse de l’incidence de nouveaux cas – si la tendance se confirme – n’est que l’un des défis qui attendent Matshidiso Rebecca Moeti, la nouvelle directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique. Elle devra aussi composer avec les nombreuses critiques dont a fait l’objet l’OMS au cours des derniers mois pour la lenteur et l’inefficacité de sa réponse à l’épidémie d’Ebola qui sévit toujours en Afrique de l’Ouest.

« C’est un moment critique pour l’OMS », a dit Michael Merson, directeur de l’Institut de santé mondiale de l’Université Duke. « Nous arrivons à un carrefour ; nous saurons bientôt si l’OMS sera capable ou non de se réformer et de devenir une organisation efficace et efficiente, en particulier au niveau régional. »

Mme Moeti, qui a officiellement pris ses fonctions le 1er février, s’est engagée à faire de la lutte contre Ebola la « principale priorité » de l’OMS. L’organisation continuera en outre d’apporter son soutien aux pays pour développer des stratégies visant à renforcer les systèmes de santé et réduire la mortalité infantile et maternelle et la prévalence de la tuberculose, du VIH/SIDA et des maladies non transmissibles.

De nombreux observateurs internationaux ont dit qu’ils fondaient de grands espoirs sur la Dre Moeti, qui travaille depuis plus de 35 ans dans le secteur de la santé publique à l’échelle nationale et mondiale. La tâche qui l’attend ne sera cependant pas aisée, surtout dans le contexte actuel, alors que le nombre de cas d’Ebola continue d’augmenter près d’un an après que l’épidémie a été déclarée pour la première fois.

Voici des conseils adressés à Mme Moeti par quelques experts pour son mandat de cinq ans :

1. Penser local

Il est essentiel de pouvoir compter sur un personnel compétent et qualifié sur le terrain pour appliquer efficacement les politiques et les recommandations de l’OMS. Les compétences et l’expertise des employés locaux devraient par ailleurs correspondre aux besoins du pays.

« Les gens ont tendance à parler de l’OMS au niveau mondial et au niveau régional, mais je ne crois pas que ce soit à ces niveaux que le problème réside », a dit Fatou Francesca Mbow, une consultante indépendante en matière de santé basée en Afrique de l’Ouest. « Il réside dans ce que l’OMS est censée faire au niveau national. Il est inutile d’avoir des gens très qualifiés à Washington [D.C.] ou à Genève si ces derniers [deviennent] des politiciens lorsqu’il se passe quelque chose. »

Selon Mme Mbow, les employés des bureaux locaux sont très souvent nommés pour des raisons politiques, même si une grande quantité de documents techniques sont produits au siège de l’organisation. Souvent, dans les réunions organisées dans les bureaux locaux ou de pays, « il ne se dit rien d’important », même si les discussions sont politiquement correctes.

Les réformes concernant le personnel local exigent d’investir dans le perfectionnement des employés, notamment dans le recrutement de nouveaux talents et l’utilisation de talents existants dans les bureaux locaux, et de rendre les postes dans les pays dits « difficiles » plus attrayants pour les experts plus qualifiés.

« Souvent, ce qui arrive, c’est que les employés locaux qui sont considérés comme efficaces sont recrutés par les sièges des institutions qui les représentent », a dit Sophie Harman, qui enseigne la politique internationale à l’Université Queen Mary, à Londres. « Nous assistons donc à une forme de drainage des compétences dans ces secteurs. »

Il est possible, selon elle, de contribuer à convaincre ces personnes de conserver leur poste sur le terrain en leur offrant de meilleurs salaires et des avantages sociaux plus importants et en prenant en compte ce qu’elles ont à offrir.

« Les bons documents sont intéressants », a dit Mme Mbow. « Mais ils restent de simples rapports si, au niveau national, personne ne les comprend, ne participe à leur rédaction ou n’est capable de les mettre en œuvre ; et si personne n’est suffisamment passionné et engagé pour le faire. »

2. Renforcer les systèmes de santé

De nombreux facteurs ont contribué à la propagation sans précédent du virus d’Ebola. Celle-ci s’explique notamment par la faiblesse inhérente aux systèmes de santé dans les trois pays les plus durement touchés par l’épidémie. En effet, les cliniques locales n’avaient même pas la capacité, l’expertise ou les ressources nécessaires pour gérer un tout petit nombre de cas.

L’OMS doit désormais travailler en collaboration avec les partenaires et les gouvernements locaux ainsi qu’avec les autres agences présentes sur le terrain dans tous les pays africains pour assurer la formation et l’embauche de davantage de médecins et d’infirmières, la mise en place d’une couverture de santé universelle et l’amélioration de la vigilance et des mesures de surveillance.

« Je pense que le véritable test sera […] de voir comment l’OMS utilisera cette épidémie comme une occasion d’employer notre énergie, nos pensées et nos actions pour développer des systèmes de santé qui, en plus de venir en aide aux populations [au quotidien], seront également capables, à l’avenir, de répondre à des crises de santé comme celle-ci », a dit Chikwe Ihekweazu, associé chez EpiAfric, une firme de consultation en matière de santé.

Il sera particulièrement important d’accroître le nombre de travailleurs de la santé en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone après l’épidémie. Plus de 400 d’entre eux sont morts d’Ebola, y compris certains des infirmières et des médecins les plus réputés de ces pays.

« L’OMS doit également contribuer à atténuer les répercussions de l’épidémie d’Ebola sur les autres priorités de santé de la région, comme le VIH/SIDA et la santé maternelle », a dit Mme Harman. « Actuellement, les gens ont peur à cause d’Ebola et ils hésitent à se rendre dans les établissements de santé, ce qui pourrait avoir pour effet d’anéantir certains progrès importants réalisés en vue des OMD [Objectifs du Millénaire pour le Développement]. »

3. Rebâtir la crédibilité de l’organisation

L’OMS a reconnu avoir attendu beaucoup trop longtemps avant d’identifier l’épidémie d’Ebola et de mobiliser les ressources pour l’endiguer. L’organisation a évidemment perdu une bonne partie de sa crédibilité dans le processus, mais les experts s’entendent sur le fait qu’elle est toujours un organisme de santé mondiale nécessaire et pertinent, notamment en raison de son expertise technique.

« Nous sommes tous d’accord pour dire que l’OMS a relativement bien agi par le passé », a dit M. Ihekweazu. « Et malgré les critiques dont elle a fait l’objet pour la lenteur de sa réponse au début de l’épidémie […] l’OMS est considérée comme une organisation de premier plan qui fournit des orientations pour les pays et je pense que […] nous arrivons à une étape où [le continent africain] a besoin du leadership et de la collaboration de l’OMS pour avancer. »

Mme Mbow est du même avis : « Je dirais qu’il faut, lorsqu’on fait l’objet de critiques, savoir assumer sa part de responsabilité, mais ne pas perdre de vue [ses objectifs]. Et il ne faut pas perdre confiance dans les ressources qu’on a à offrir. »

Il sera particulièrement important de restaurer la confiance des donateurs envers l’OMS, car le bureau régional pour l’Afrique a les besoins budgétaires les plus importants et doit composer avec le plus grand nombre de pays et, de plusieurs manières, avec les problèmes de santé les plus difficiles à gérer.

« Personne ne souhaite de mal à l’OMS », a dit M. Merson. « Notre planète sera bien meilleure et bien plus en santé avec une OMS solide et efficace… Mais elle n’aura jamais un énorme budget et c’est pourquoi je pense qu’elle devrait mettre l’accent sur ses forces, c’est-à-dire sur l’établissement de normes et de standards et la fourniture des conseils techniques dont les pays ont besoin en matière de santé. »

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