Les avancées dans le domaine WASH cachent des inégalités croissantes

Les inégalités en matière d’accès à l’eau potable et à l’assainissement persistent et, dans certains cas, s’accentuent, bien que près de deux milliards de personnes dans le monde y aient accès depuis 1990, selon les nouvelles données fournies par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF).

Le rapport intitulé Progrès en matière d’eau potable et d’assainissement 2014 révèle des améliorations significatives en matière d’accès à l’eau et à l’assainissement dans la plupart des régions du monde depuis 1990, mais il indique que le nombre de personnes qui vivent en ville sans assainissement adéquat a augmenté, car les avancées ne se font pas au même rythme que la croissance démographique urbaine.

« Les données du rapport montrent une grande disparité entre les différentes populations nationales, et c’est un phénomène qui va se développer dans les années à venir, à moins que nous intervenions », a dit à IRIN Chris Williams, directeur général du Conseil de concertation pour l’approvisionnement en eau et l’assainissement (WSSCC), un organisme hébergé par les Nations Unies qui gère le Fonds mondial pour l’assainissement.

Dans certains cas, « les avancées enregistrées en matière d’assainissement ont creusé les inégalités en bénéficiant principalement aux personnes aisées », indique le rapport. Ainsi, au Mozambique, la pratique de la défécation en plein air concerne 13 pour cent pour des populations rurales aisées (les 20 pour cent les plus riches) contre 96 pour cent pour des populations rurales pauvres (les 20 pour cent les plus pauvres).

« Nous savons depuis longtemps que ces chiffres globaux masquent des inégalités entre les populations aisées et les populations pauvres, les populations urbaines et les populations rurales, les régions et les pays », a dit Tom Slaymaker, responsable du service en charge des politiques à WaterAid. « Nous avons accompli des progrès réguliers, mais nous devons nous occuper des laissés-pour-compte ».

En moyenne, les habitants des villes bénéficient d’un meilleur accès à l’eau et à l’assainissement, mais les services sont moins développés dans les établissements informels et les bidonvilles.

Les spécialistes de l’eau espèrent que la lutte contre l’inégalité sera l’une priorité des objectifs mondiaux pour l’après-2015, baptisés Objectifs du développement durable (ODD).

Cinq faits tirés du rapport Progrès en matière d’eau potable et d’assainissement 2014
Cinq faits tirés du rapport Progrès en matière d’eau potable et d’assainissement 2014

Près de quatre milliards de personnes, soit plus de la moitié de la population mondiale, ont l’eau courante chez elles.

Depuis 1990, près de deux milliards de personnes ont accès à un « assainissement amélioré » (grâce à un système qui permet de séparer les excréments humains des contacts humains). Durant la même période, plus de deux milliards de personnes ont obtenu un accès à une source d’eau améliorée.
En 2012, 166 pays avaient atteint l’objectif relatif à l’eau potable fixé par les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), 77 pays avaient atteint l’objectif relatif à l’assainissement et 56 pays avaient atteint les deux objectifs.

En 1990, 95 pour cent des habitants des zones urbaines avaient accès une source d’eau améliorée contre 62 pour cent des habitants des zones rurales. En 2012, ces chiffres étaient passés à 96 pour cent et 82 pour cent respectivement.

La pratique de la défécation à l’air libre est passée de 24 pour cent à 14 pour cent durant la même période, mais elle touche environ un milliard de personnes, principalement dans les zones rurales. Le Nigeria a enregistré l’augmentation la plus importante du nombre de personnes pratiquant la défécation en plein air : les chiffres sont passés de 23 millions de personnes en 1990 à 39 millions de personnes en 2012 (alors que la population du pays a quasiment doublé).

« Nous devons nous concentrer sur l’inégalité – il est relativement simple de réduire de moitié le nombre de personnes qui n’ont pas accès à l’eau potable et à l’assainissement, mais il est beaucoup plus difficile de parvenir à un accès universel », a dit à IRIN M. Slaymaker.

L’eau non potable est la première cause de mortalité et de maladie à cause des maladies hydriques comme le choléra, la diarrhée et la typhoïde.

OMD

L’amélioration de l’assainissement a été négligée, selon les militants, car le secteur est peu attractif, ce qui implique que le monde n’atteindra probablement par l’Objectif du Millénaire pour le développement (objectif 7c) visant à « réduire, d’ici à 2015, le pourcentage de la population qui n’a pas accès à un approvisionnement en eau potable ni à des services d’assainissement de base ».

« Un demi-milliard de personnes manqueront l’OMD relatif à l’assainissement », selon le rapport.

Mais les données relatives à l’eau potable sont plus positives. La cible pour l’accès à des sources d’eau potable a été atteinte en 2010 avec 88 pour cent de la population ayant accès à l’eau potable, même si 45 pays ne sont pas en voie d’atteindre l’objectif au niveau national.

Depuis 1990, plus de deux milliards de personnes ont obtenu un accès à une source d’eau améliorée, et près de deux milliards de personnes ont obtenu un accès à un assainissement amélioré.

« Je sais que le nombre de personnes dans le besoin reste faramineux, mais si vous regardez les chiffres, vous verrez que des progrès énormes ont été accomplis au cours de ces 22 dernières années. Le progrès relatif est une chose dont l’on entend peu parler », a dit M. Williams.

Dans seulement trois pays du monde (la République démocratique du Congo, le Mozambique et la Papouasie-Nouvelle-Guinée), moins de la moitié de la population a accès à des sources d’eau potable. Le rapport indique qu’il y a également eu « une hausse impressionnante de l’utilisation des raccordements domestiques », et une baisse importante de la pratique de la défécation à l’air libre dans le monde.

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