Pas d’aide possible pour les déplacés piégés au cœur des affrontements

Des dizaines de milliers de civils, contraints à fuir par de récents affrontements dans l’est de la République démocratique du Congo, sont encore hors de portée de l’aide internationale, deux semaines après le lancement d’une offensive rebelle.



Plusieurs zones rurales où des opérations humanitaires pouvaient auparavant être menées sans risque sont désormais sous l’autorité du général renégat Laurent Nkunda, chef du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), un mouvement rebelle.



Bien que celui-ci ait promis de créer des couloirs humanitaires pour permettre le passage des convois d’aide, peu d’organisations estiment que la situation de sécurité actuelle permet bel et bien d’acheminer des secours par camions pour aider l’ensemble des populations, dans les régions les plus touchées.



Aussi des dizaines de milliers de personnes se trouvent-elles actuellement piégées dans les régions où elles se sont réfugiées, avec peu de vivres, de moyens d’hébergement ou de soins médicaux. Il est encore trop tôt pour déterminer le nombre de personnes dans le besoin.



« Nous avons encore peur d’aller dans les champs pour chercher de la nourriture, mais les petites quantités de vivres en vente au marché seront bientôt écoulées et elles sont très chères », a expliqué Louis Kakule, un fermier de 52 ans, au cours d’un entretien téléphonique accordé à IRIN depuis Kiwanja.



La ville se situe au cœur du territoire conquis par le CNDP après le retrait des soldats du gouvernement, à 85 kilomètres au nord de Goma, capitale de la province du Nord-Kivu et plate-forme opérationnelle de l’aide internationale dans l’est du Congo.



« Depuis l’arrivée des rebelles, nous n’avons reçu aucune aide externe et aujourd’hui, la situation est en train de devenir très grave », a-t-il prévenu.



M. Kakule, son épouse et leurs neuf enfants se sont réfugiés dans un avant-poste des Nations Unies tandis que les rebelles combattaient les milices Maï-Maï, la semaine dernière. Ils n’ont toutefois pas reçu d’aide externe.



« Nous faisons tout notre possible pour apporter une aide immédiate à toutes les personnes qui en ont besoin », a indiqué Marcus Prior, porte-parole du Programme alimentaire mondial (PAM) à Goma.



« Mais nous devons nous montrer très prudents dans la façon dont nous acheminons les vivres, pour un certain nombre de raisons, et notamment parce qu’un certain nombre de groupes armés pourraient choisir de cibler un convoi alimentaire circulant à petite vitesse. Nous ne savons pas non plus exactement qui est allé où depuis l’intensification récente des affrontements ».



Se contenter de « décharger les vivres de l’arrière d’un camion » est impossible, a ajouté M. Prior, car cela risquerait d’aggraver la situation : les populations désespérées se rueraient pour obtenir des rations et les plus vulnérables (les femmes, les enfants, les malades) seraient lésés.



Des distributions importantes et bien organisées ont été menées dans les camps établis des alentours de Goma et à Kibati, un village situé à 11 kilomètres au nord de la ville, dans lequel 65 000 personnes ont afflué pour échapper à l’avancée des forces du général Nkunda vers le sud.



Le 10 novembre, dans six camps des alentours de Goma, le PAM a terminé de distribuer à 135 000 personnes une quantité de rations alimentaires suffisante pour couvrir leurs besoins pendant 10 jours. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a pour sa part passé quatre jours à distribuer des fèves, du maïs, de l’huile et du sel à 65 000 autres déplacés dans la région de Kibati.



Malgré tout, les obstacles auxquels se heurtent les travailleurs humanitaires qui tentent d’intervenir pour faire face à cette crise ont été mis au jour lorsque des affrontements prolongés à l’arme à feu et au mortier ont éclaté le 7 novembre sur la ligne de front, à moins de deux kilomètres au nord de la zone où se sont installés des milliers de déplacés et où une distribution alimentaire était en cours.



Tandis que les FARDC, l’armée congolaise, s’opposaient au CNDP du général Nkunda, près de la moitié des nouveaux arrivants de Kibati se sont enfuis de nouveau, à Goma, au sud.



« Il n’y a aucun endroit où nous pouvons nous sentir en sécurité », a déploré Danzira Maniriho, 20 ans, en prenant dans ses bras son fils Samuel, âgé de six mois, pour le mettre sur son dos, avant de partir en direction du sud au beau milieu des affrontements.



« J’ai fui Rugare pour me réfugier à Kibumba, puis de Kibumba, j’ai fui vers Kibati, puis à Goma et me voilà de nouveau ici ; et maintenant, je retourne à Goma. Et pendant tout ce temps, jusqu’à aujourd’hui, nous n’avons pas eu de nourriture, seulement quelques bananes, volées dans les champs », a-t-elle raconté à IRIN.



Les escortes armées, objet de controverse



Les vivres acheminés et distribués devant être préservés des affrontements, des appels ont été lancés pour assurer que les convois humanitaires circulent sous escorte armée, fournie par la Mission des Nations Unies au Congo (MONUC).



Mais cette proposition a été remise en question par Médecins sans frontières. « En dépêchant des convois humanitaires sous escorte armée, on cherche peut-être à améliorer l’accès des organisations humanitaires, mais on risque au contraire de réduire leur accès aux populations », affirme Anne Taylor, chef de mission MSF à Goma.



« L’aide risque d’être manipulée par des acteurs politiques ou militaires et les acteurs humanitaires risquent d’être considérés comme parties prenantes au conflit ».



Les personnes les plus nécessiteuses ont été inscrites auprès du PAM le 12 novembre dans la région de Rutshuru et des vivres doivent être acheminés avant la fin de la semaine, selon M. Prior.



Du matériel d’urgence (des bâches en plastique, des seaux et des couvertures), envoyé à bord de sept avions par la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, était également arrivé à Goma mercredi.



« Ce matériel permettra de contenir la propagation du choléra et de la diarrhée, deux maladies extrêmement contagieuses en recrudescence dans presque tous les camps de personnes déplacées du Nord-Kivu », selon Pierrette Vu Thi, représentante du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) au Congo.



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