Les petites exploitations agricoles vues comme seule solution pour la sécurité alimentaire

Le gouvernement d’union, nouvellement formé au Zimbabwe, n’a pas beaucoup de points communs. Mais lorsqu’il s’agit de la question des terres, la ZANU-PF, le parti du président Robert Mugabe, et le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) de Morgan Tsvangirai partagent le même point de vue : il n’est pas question de revenir au système de propriété terrienne en vigueur avant l’an 2000.

En 2000, le président Mugabe a lancé son programme de réforme agraire accélérée, qui prévoyait la redistribution, chaotique et parfois violente, à des Zimbabwéens noirs sans terre de quelque 4 500 exploitations agricoles commerciales, appartenant à des propriétaires blancs ; cette politique, très axée sur un appel au patriotisme, était en revanche limitée, en termes d’aide directe aux nouveaux petits exploitants.

La « Jambanja » (action directe) était officiellement destinée à corriger le déséquilibre colonial observé en termes de propriété terrienne : après l’indépendance, en 1980, les fermiers blancs continuaient en effet d’accaparer les meilleures terres, tandis que des millions de Zimbabwéens noirs s’entassaient dans des zones communautaires arides. De nombreuses fermes sont toutefois restées aux mains de propriétaires influents, en violation des directives publiques, une situation qui semblait saper la position du gouvernement.

La ZANU-PF et le MDC, en désaccord sur la manière dont les autorités ont procédé à la redistribution des terres, mais pas sur le résultat final, ont appelé la Grande-Bretagne à indemniser les fermiers blancs pour la perte de leurs terres, conformément aux accords de Lancaster House, qui avaient introduit un gouvernement majoritaire. La Grande-Bretagne, ancienne puissance coloniale, n’a pas encore répondu à cette demande.

Les exploitants agricoles commerciaux dirigeaient auparavant une économie zimbabwéenne fondée sur l’agriculture, en produisant des cultures de rente telles que le tabac ou le paprika, mais bien qu’ils produisaient des devises, ils ne contribuaient guère à la sécurité alimentaire dans le pays.

Cela incombait, dans l’ensemble, aux fermiers communautaires. Toutefois, une industrie dynamique de soutien à l’agriculture, produit de l’exploitation agricole commerciale, permettait aux petits exploitants de se procurer des intrants bon marché, notamment des engrais ou des semences.

Mais le programme de réforme agraire de 2000 a entraîné l’effondrement de ces exploitations agricoles commerciales, et après plusieurs années de sécheresse successives, le pays a sombré dans la récession. Selon les estimations des Nations Unies, plus de cinq millions de personnes –soit près de la moitié de la population nationale- auront besoin de recevoir une aide alimentaire au début de l’année 2009.

« ... Les petits fermiers [s’en sont] assez bien tirés, surtout dans les régions humides de la province. Les ménages ont déblayé les terres, planté et investi dans du nouveau matériel, et nombre d’entre eux ont embauché de la main-d’œuvre dans les terres communautaires environnantes ... »

Le Programme d’étude foncière et agraire (PLAAS) de l’université du Cap-Occidental, en Afrique du Sud, a promptement fait remarquer qu’au cours des huit dernières années, les petits fermiers avaient néanmoins fait preuve d’une grande résistance face à la tourmente politique et économique zimbabwéenne, ainsi qu’à la sécheresse.

Le professeur Ben Cousins, directeur du PLAAS, a déclaré à IRIN que pour opérer un redressement au Zimbabwe et pour assurer la sécurité alimentaire des populations, il serait plus utile de subventionner les intrants agricoles des petits fermiers, que de tenter de faire marche arrière, en annulant les effets de la réforme agraire. Au Zimbabwe, la principale période des semailles commence en novembre.

Ian Scoones, professeur à l’Institut d’étude sur le développement de l’université de Sussex, et partenaire du PLAAS, a averti, dans un article publié récemment que « le nouveau gouvernement recevra des conseils de partout –des avions entiers de consultants arriveront des quatre coins du monde, et la communauté des bailleurs et des cellules de réflexion internationales de tous bords lui feront parvenir les plans et les programmes qu’elles recommandent ».

Mais Ian Scoones ajoute, dans son article, intitulé A New Start for Zimbabwe? [Un nouveau départ pour le Zimbabwe ?] que les recherches menées depuis 2000 à Masvingo, une province du sud du Zimbabwe, ont « donné un large aperçu de la situation, en contradiction avec la "sagesse conventionnelle" qui domine le discours des médias et des universitaires » sur les conséquences de la réforme agraire.

Dans la province de Masvingo, environ 1,2 million d’hectares de terres ont été récupérés par quelque 20 000 ménages, pour créer des exploitations de modèles A1 (petites fermes) et A2 (adaptées à une agriculture commerciale à petite échelle). L’ancienne économie agricole, « héritage de l’ère coloniale, [a] disparu pour de bon », indiquait l’article.

Les mythes zimbabwéens

Le changement de régime foncier a donné lieu à l’émergence de cinq mythes, selon l’article : la réforme agraire a été un échec total ; les bénéficiaires de la réforme agraire sont, pour bon nombre, des proches de l’élite politique ; les nouvelles réimplantations ne font l’objet d’aucun investissement ; le secteur agricole est entièrement en ruines, et l’économie rurale s’est effondrée.

Malgré le peu de capitaux engagés, pourtant, les petits fermiers s’en sont « assez bien tirés, surtout dans les régions humides de la province. Les ménages ont déblayé les terres, planté et investi dans du nouveau matériel, et nombre d’entre eux ont embauché de la main-d’œuvre dans les terres communautaires environnantes ».

Les exploitations de modèle A2 (petites exploitations commerciales) ont ressenti les effets de l’effondrement économique, mais des « exceptions notables » ont été remarquées, puisque certaines nouvelles entreprises agricoles sont parvenues à percer « contre toute attente ».

Si nul ne conteste le fait que les soutiens politiques ont joué un rôle dans l’attribution des fermes « de grande valeur » situées à proximité d’Harare, la capitale, 60 pour cent des bénéficiaires de Masvingo étaient des « fermiers ordinaires », originaires des terres communautaires avoisinantes.

« Il ne s’agissait pas d’une élite riche et bien introduite dans les sphères politiques, mais de populations rurales pauvres, qui avaient besoin de terres et souhaitaient récolter, enfin, les fruits de l’indépendance », selon l’article.

Ian Scoones a expliqué à IRIN que relancer l’industrie agricole zimbabwéenne, qui s’est effondrée après les réformes agraires de 2000, n’était qu’une « question de ‘packaging’ ».

Selon lui, si auparavant les commerces agricoles étaient adaptés pour répondre à la demande du secteur agricole commercial, il y a désormais davantage de fermiers sur le marché, mais qui représentent collectivement le même volume de demande.

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