Pas de pluies, plus rien à manger

Parce qu’elle prévoyait que les pluies tomberaient bientôt pour lui permettre de planter quelques légumes, Nouria Mohammed a vendu ses cinq vaches à petit prix, afin de pouvoir acheter des vivres à sa famille.

« J’ai vendu mes bêtes entre 200 et 300 Birr [21 à 32 dollars] », a-t-elle raconté. « Elles étaient devenues toutes maigres parce qu’il n’y avait pas assez d’herbe dans les pâturages, mais tout de même, c’était le seul bien de notre famille. Avant, elles auraient coûté chacune 1 000 Birr [105 dollars] ».

Sept mois plus tard, les pluies n’étaient toujours pas tombées à Burak Jeneta, le village de Nouria, situé dans l’Harargue oriental (région d’Oromia), dans le sud de l’Ethiopie.

« Aujourd’hui, nous n’avons plus rien à la maison », a rapporté Nouria en allusion aux conséquences de la sécheresse qui touche la région et a asséché les ressources vivrières et les puits d’eau, et brûlé l’herbe des pâturages.

Selon l’Agence publique de préparation et de prévention des catastrophes (APPC), la région d’Oromia et la région Somali sont confrontées à une insécurité alimentaire extrême : dans certaines régions pastorales, en effet, les longues pluies ne sont pas tombées pendant la dernière saison des semailles, et les courtes pluies ont été insuffisantes, voire très insuffisantes.

Bon nombre des personnes touchées, comme Nouria, n’ont plus les moyens de s’acheter du blé ni du maïs au marché local.

« J’ai acheté un quintal [environ 100 kilos] de maïs pour 500 Birr », a-t-elle expliqué à IRIN au centre de santé où elle était venue faire soigner son enfant. « Il y a un an, j’aurais acheté la même quantité de maïs pour 200 à 250 Br ».

Incapables de faire face à la situation, Nouria et ses voisins avaient décidé de déserter leur village. Ils ont néanmoins changé d’avis lorsque le gouvernement a commencé à distribuer une aide alimentaire dans leur région. Mais ses enfants sont ensuite tombés malades, et Nouria a dû aller chercher de l’aide au Water health centre.

« Quand j’allaitais Faiza, j’étais malade, alors je ne pouvais pas le faire correctement », a expliqué cette jeune femme de 25 ans, mère de quatre enfants.

D’autres enfants atteints de malnutrition grave et en sous-poids étaient allongés près de sa fille, Faiza Abdoulmalieh. À côté, Fatima, l’autre fille de Nouria, se rétablissait d’un accès de diarrhée. Elle suivait également un traitement pour un œdème des deux jambes.

Ces deux fillettes, âgées de moins de cinq ans, comptent parmi les plus de 29 735 enfants de la même tranche d’âge qui seraient atteints de malnutrition dans la région de l’Harargue oriental, selon les estimations des travailleurs de la santé du centre.


Photo: Tesfalem Waldeys/IRIN
Mères et enfants font la queue pour recevoir du lait

Quelques efforts

Ce n’est pas la première fois que la région subit une période de sécheresse grave. Celle de 2003 avait duré un an. Nouria, comme certains autres parents, se souvient de cette période parce qu’à l’époque, elle avait perdu deux de ses enfants.

« Avant de mourir, ils avaient le ventre enflé », s’est-elle souvenu.

Outre la sécheresse, les familles pauvres d’Ethiopie ont aussi été durement frappées par la hausse du prix des vivres et le manque de marchandises en circulation sur les marchés.

Selon les estimations du Programme alimentaire mondial (PAM), qui surveille l’évolution des prix pratiqués sur les marchés, le prix du maïs a augmenté de 83 pour cent, le sorgo a fait un bond de 89 pour cent et le blé, de 54 pour cent entre septembre 2007 et février 2008.

D’après Aliye Youya, directeur adjoint des autorités sanitaires de l’Harargue oriental, cette situation contribue à la prévalence de la malnutrition dans la région. Divers efforts sont déployés à l’heure actuelle pour tenter de maîtriser ce problème.

En 2004, à la suite de la sécheresse et face à ses conséquences dévastatrices sur la santé des enfants, un programme a été lancé ciblant au moins 5,8 millions d’enfants et 1,6 million de femmes enceintes et de mères allaitantes.

Baptisé « Stratégie de proximité améliorée (SPA) », ce programme a été conçu collectivement par le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), le PAM, le ministère de la Santé et l’APPC pour tenter de maîtriser la situation.

Entre autres activités, il offre un dépistage bisannuel de la malnutrition chez l’enfant. Une fois examinés, les enfants chez qui l’on décèle des symptômes de malnutrition modérée sont orientés vers le PAM, qui fournit une aide alimentaire complémentaire ciblée.

Dans le cadre de la campagne SPA, les enfants reçoivent également de la vitamine A et de l’iode, des traitements contre les vers et des moustiquaires. Mais seuls six des 18 woredas (régions) de l’Harargue oriental bénéficient actuellement du programme SPA, faute de ressources. Il faut en faire plus, selon les leaders de ce domaine.

« Des ONG [organisations non-gouvernementales] viennent ici et recueillent des informations, mais nous ne recevons aucune aide de leur part », a déploré Ahenafi Kassahun, directeur par interim du Water health centre. « Je reçois des aliments thérapeutiques des autorités sanitaires de l’Harargue oriental, mais ce n’est pas assez ».

D’après l’APPC, quelque 68 millions de dollars seront nécessaires pour mettre en œuvre un plan d’intervention humanitaire en Ethiopie cette année, dont environ 33 millions de dollars doivent être consacrés à l’approvisionnement en vivres.

Dans un rapport publié en avril, l’agence a déclaré que, selon les conclusions d’une évaluation commune, environ 1,36 million de personnes avaient besoin de recevoir une aide alimentaire d’urgence dans la région Somali, la région d’Oromia, l’Etat régional somali, la région des Peuples, nations et nationalités du sud, ainsi que les régions d’Amhara et de Gambella.

D’après les organisations humanitaires, pas moins de 3,4 millions de personnes ont besoin de recevoir une aide alimentaire d’urgence.

Le 3 juin, les responsables du gouvernement ont revu leur bilan à la hausse, le portant cette fois à 4,5 millions, dont 75 000 enfants de moins de cinq ans. Mais le nombre total des personnes touchées, selon les ONG, serait bien plus élevé.

« La sécheresse a provoqué des pertes de récolte dans certaines des régions agricoles et pastorales les plus vulnérables du pays, où 10 millions de personnes vivent dans une situation d’insécurité alimentaire », a déclaré CHF International, le 9 juin.

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