Des plaines inondables fertiles mais dangereuses

Alors que le niveau des eaux baisse au Mozambique, pays le plus touché par les pluies saisonnières précoces et exceptionnellement abondantes d’Afrique australe, des milliers de personnes, encore déplacées par les crues, vivent, une fois de plus, dans des camps, et les organisations humanitaires ne risquent pas de se reposer de si tôt.

« Il est certain que le niveau de l’eau est en train de baisser ; pour l’instant, tout a l’air d’aller, mais la saison des pluies peut très bien se poursuivre jusqu’à la fin du mois de mars », a expliqué à IRIN Peter Keller-Transburg, responsable de la Communication publique et des rapports du Programme alimentaire mondial (PAM) au Mozambique.

Les précipitations se sont affaiblies sur l’ensemble de la région et presque tous les cours d’eau du Mozambique sont aujourd’hui en deçà du niveau d’alerte.

A Tete, une province du nord-ouest du pays, le barrage de Cahora Bassa, construit pour produire de l’électricité et réguler le débit d’eau du Zambèze, « a baissé sa vitesse d’écoulement de 1 850 à 1 700 mètres cubes par seconde, en raison de la diminution des précipitations au Mozambique et dans les pays voisins », peut-on lire dans le dernier rapport de situation publié par le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA).

Le Zambèze, quatrième plus grand fleuve d’Afrique, prend sa source en Zambie et longe les frontières namibienne, botswanaise et zimbabwéenne, traversant le Mozambique avant de se jeter dans l’Océan Indien.

Hors d’atteinte

Plus de 100 000 personnes, déplacées par les crues survenues dans la vallée du Zambèze, vivent encore dans des centres de réinstallation dans les provinces de Tete, Sofala et du Zambèze, dans le centre du Mozambique.

L’idée serait qu’elles reconstruisent leur vie sur place. Depuis que les rivières ont commencé à sortir de leurs lits, au début du mois de janvier, le principal défi auquel les autorités et les organisations humanitaires se sont trouvées confrontées a été de convaincre les populations des plaines inondables fertiles de partir en laissant tous leurs biens derrière elles, pour s’installer plus en altitude et y rester.

Alors que les crues à caractère catastrophique sont plus fréquentes – elles ont coûté la vie à pas moins de 800 personnes en 2000, et à des dizaines de personnes en 2007 – les autorités mozambicaines ont vivement encouragé les agriculteurs à reconstruire leurs maisons plus en altitude ; presque tous les centres de réinstallation deviendront d’ailleurs des établissements permanents, « dotés de toutes les infrastructures sociales nécessaires, et notamment d’écoles et d’hôpitaux », a expliqué M. Keller-Transburg.

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M. Keller-Transburg a également averti que lorsque les eaux reculeraient, il faudrait donner aux populations davantage que des infrastructures sociales : leur offrir des perspectives économiques et la chance de gagner leur vie sera, en effet, essentiel pour que leur réinstallation soit un succès.

Pour l’heure, les populations réinstallées sont confrontées à des problèmes plus immédiats, notamment aux épidémies de choléra et d’autres maladies hydriques.
Selon OCHA, « au 26 février, le choléra avait affecté 1 539 personnes et abouti à 14 décès » dans les provinces de Tete et Sofala, frappées par les crues. « Des centres de traitement du choléra ont été mis en place ; des cas ont été signalés dans huit provinces sur 11 ».

La situation aurait pu être pire

Malgré les difficultés quasi accablantes causées par les crues, la plupart des observateurs s’accordent à dire que les pays ont su tirer des enseignements du passé. Grâce aux plans d’urgence qu’ils avaient mis en place en 2007, neuf pays d’Afrique australe étaient en effet bien mieux préparés qu’auparavant à faire face aux crues survenues au début de l’année 2008.
 
Les gouvernements ont également collaboré bien plus étroitement en vue de gérer le niveau des eaux du système fluvial, et les autorités locales sont intervenues avec efficacité.

Un processus d’appel consolidé a été lancé en février pour solliciter 89 millions de dollars américains auprès de la communauté internationale afin de pourvoir aux besoins actuels de 450 000 personnes et renforcer les mesures de préparation aux crues au Malawi, en Zambie, au Zimbabwe et au Mozambique. Jusqu’ici, selon OCHA, les bailleurs ont versé ou se sont engagés à verser un peu plus de 15 millions de dollars.

Parallèlement, selon la Direction nationale des eaux du Mozambique, le cyclone Ivan s’éternise encore au-dessus du canal du Mozambique, après avoir semé la destruction et provoqué des crues sur son passage, à travers Madagascar. La tempête ne fait pas planer de menace immédiate sur le Mozambique, mais les autorités restent vigilantes, dans l’éventualité où celle-ci gagnerait de nouveau en intensité.

tdm/he/nh/ail