Tweeter pour la paix

Alors que le Soudan et le Soudan du Sud s’enfoncent dans un conflit généralisé et basculent dans une surenchère rhétorique neuf mois après la sécession du pays, les populations des deux côtés de la frontière envoient un message très différent, un message de paix, de solidarité et de frustration à l’égard de leurs dirigeants.

Sur le site de microblogage, le mot-clé diésé « #NewSudans » a galvanisé les voix – des échos multiples du rêve de « nouveau Soudan » uni et démocratique formulé par John Garang, ancien dirigeant du Mouvement de libération du peuple soudanais (MLPS) qui a combattu Khartoum au cours de la guerre civile de 1983 à 2005 et qui est désormais au pouvoir dans la nouvelle République du Soudan du Sud.

La sécession du Soudan du Sud, qui est intervenue en juillet 2011, a peut être définitivement mis fin à la vision de M. Garang d’un Soudan unifié, libéré de l’oppression et de la marginalisation, mais, à en juger par les quelque milliers de tweets reprenant le nouveau mot-clé diésé depuis son lancement le 28 avril, l’idée sous-jacente subsiste.

Voici quelques exemples :

« PLUS JAMAIS à la guerre », a écrit @MimzicalMimz.

« Tout le monde doit rendre les armes. Parlons-en. L’argent dépensé pour la guerre peut être utilisé pour le développement, la santé, l’éducation », a dit @Neo0rabie.

« L’élite dirigeante parle de patriotisme pour cacher les échecs des 6 années passées et des années à venir, nous ne sommes que des crevettes prises dans les vagues », s’est lamenté @afabdelaziz.

« Non au piège d’une identité factice et/ou artificielle. Peu importe que l’on soit arabe ou africain tant que l’on est SOUDANAIS », a dit @simsit.

« Je suis de Shendi, El Fasher [Darfour]. Je suis du Nord, du Sud, je suis un Nouba, un Zaghawa, un Fur et un Hadandawa », a écrit le blogueur politique Moez Ali (@his_moezness).

« Je ne suis pas arabe, africain, afro-arabe, je n’appartiens à aucune tribu, je suis juste soudanais. Je ne suis pas de Khartoum, d’Omdurman, je suis du Soudan », a tweeté @moaltaweel.

Pour @kashiff111, le mot-clé #newSUDANS est « fort par son individualisme, coloré par sa diversité, tolérant par son unité, en paix avec sa foi ».

@AhmadMohamed10 attend avec impatience que « le Soudan et le Soudan du Sud – vivent ensemble en paix avec des coopérations/échanges économiques, culturels & sociaux » dans le cadre d’une « fédération comme l’UE avec les libertés & la coopération économique que cela implique ».

@MimzicalMimz a dit : « Assez de ces nouvelles lois floues prenant pour cibles les femmes, les militants, les journalistes, les avocats ou les étudiants » et « Plus de journaux racistes, oui ; plus de Al Intibaha ! » – en référence à l’organe du gouvernement et au journal le plus lu au Soudan.

Contrepoint

Le nouveau mot-clé diésé a été lancé conjointement par Aguil Lual, gestionnaire en santé publique d’origine sud-soudanaise, et Khaled Albaih, dessinateur et utilisateur de Twitter originaire du Soudan, pendant le conflit qui a affecté la zone frontalière pétrolière de Heglig au début du mois d’avril et que les médias officiels ont évoqué dans des articles teintés de chauvinisme.

L’une des manifestations les plus visibles de ces tensions croissantes a été l’attaque d’une église presbytérienne de Khartoum le 23 avril.

« Je pensais que nous pouvions encore dialoguer sur les thèmes de l’unité, du respect de la diversité, du besoin de changement et d’unité dans notre identité soudanaise, car nous ne nous attendons pas à ce que nos dirigeants établissent la paix » a dit Mme Lual à IRIN.

« Il est important de continuer à dialoguer, car beaucoup de Soudanais des deux côtés de la frontière ne comprennent pas, ne savent pas ou préfèrent ignorer que nombre de groupes ont été marginalisés ou ont vu leurs droits limités, pas seulement au Sud », a-t-elle ajouté.

Usamah, un autre microblogueur prolifique de Khartoum, a dit à IRIN, « Je pense que le conflit de Heglig et que ses ramifications des deux côtés de la frontière ont montré que, au désarroi de beaucoup, l’avenir du Soudan et du Soudan du Sud est lié. Et cela a forcé les populations des deux pays à comprendre qu’il ne s’agit plus simplement d’un problème entre le NCP [parti du Congrès national] et le MLPS.

« Compte tenu de la situation, on peut dire que l’initiative de Mme Lual tombe plutôt bien, et que les relations entre les Soudanais et les Soudanais du Sud vont se développer, ce qui est génial », a-t-il dit, ajoutant toutefois que l’impact de cette initiative risquait d’être compromis par le fait que Twitter est et restera « pour un moment encore, très élitiste ».

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