Les bénévoles égyptiens, parmi les premiers humanitaires sur place

Les associations caritatives égyptiennes et les organisations internationales ont redoublé d’efforts pour venir en aide aux populations touchées par la crise humanitaire de plus en plus grave qui frappe la Libye, où des flambées de violence ont forcé des centaines de milliers de personnes à se réfugier dans les pays voisins.



« Les Libyens sont confrontés à l’épreuve la plus difficile qu’ils aient eue à surmonter depuis des années », a déclaré Shawki al-Haddad, membre de l’Arab Medical Association (AMA), un organisme cairote.



L’AMA a envoyé des médicaments et du matériel médical estimés à un million de livres égyptiennes (179 000 dollars américains) dans la région est de ce pays tourmenté d’Afrique du Nord. La plupart des médicaments, a dit M. al-Haddad à IRIN depuis le Caire, sont des traitements contre l’hypertension, le diabète et les troubles cardiaques.



L’association a également dépêché 30 médecins égyptiens dans l’est de la Libye, et a demandé des fonds pour pouvoir faire davantage. « Nous espérons, à l’avenir, pouvoir envoyer encore plus de médecins sur place », a dit M. al-Haddad. « Un grand nombre de nos médecins ont exprimé le souhait de se rendre [en Libye] pour faire du bénévolat ».



Au poste frontière de la ville de Salloum, les autorités égyptiennes facilitent l’entrée du personnel humanitaire et du matériel de secours en Libye, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA). La plupart des organisations humanitaires passées dans l’est de la Libye sont égyptiennes, a en outre indiqué l’organisme sans citer de nom.



Environ 1,5 million d’Egyptiens travaillent et vivent en Libye ; selon les estimations, leurs envois de fonds vers l’Egypte représentent chaque année 1,5 milliard de livres égyptiennes (254 millions de dollars), a indiqué le ministère égyptien du Travail. La crise politique actuelle en Libye a néanmoins forcé des milliers d’entre eux à rentrer chez eux.



Le 28 février, 22 000 personnes de plus se trouvaient au centre d’accueil et de traitement de la ville de Salloum, à la frontière entre l’Egypte et la Libye, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Quelque 7 000 personnes se trouvaient bloquées dans un complexe situé dans un no man's land entre les deux pays, sans papiers, ni vivres, ni eau.



« Nous collaborons avec le gouvernement égyptien et l’armée pour assurer l’aide nécessaire aux personnes qui reviennent de Libye », a indiqué Mathie Luciano, responsable du développement des projet à l’OIM, au cours d’un entretien téléphonique accordé à IRIN depuis Salloum. « Lorsque ces personnes arrivent, nous leur fournissons des vivres et des médicaments, ainsi que les moyens de transport nécessaires pour leur permettre de rentrer chez elles ».









« Cette crise dure maintenant depuis 14 jours… Il est grand temps et absolument vital de répondre aux besoins des personnes touchées »

Une situation év olutive



La situation en Libye évolue rapidement, selon la Commission européenne. « A ce jour, les voisins de la Libye parviennent très bien à gérer l’afflux de leurs rapatriés et de réfugiés libyens... Il est primordial que nous soyons préparés aux déplacements massifs qui risquent de se produire à l’intérieur de la Libye, ainsi qu’à l’afflux potentiels de dizaines de milliers de réfugiés vers les pays voisins au cours des jours et des semaines à venir », a déclaré Kristalina Georgieva, commissaire européenne à la coopération internationale et à l’aide humanitaire, en annonçant la décision de la Commission de débloquer trois millions d’euros (4,15 millions de dollars) pour financer l’aide humanitaire.



Selon le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), au moins 110 000 personnes ont traversé la frontière libyenne pour se réfugier en Egypte ou en Tunisie, et des milliers d’habitants continuent d’arriver toutes les heures. La plupart d’entre eux sont des ressortissants égyptiens et tunisiens, mais on compte également un petit nombre de libyens et de ressortissants d’autres pays.



« Le HCR appelle tous les gouvernements des pays voisins d’Afrique du Nord et d’Europe à conserver leurs frontières terrestres, aériennes et maritimes ouvertes pour accueillir les personnes contraintes de fuir la Libye », a déclaré António Guterres, directeur du HCR. « Toute personne quittant la Libye devrait se voir accorder l’accès au territoire sans discrimination, quels que soient son parcours et ses origines ».



Un petit nombre d’organisations humanitaires, dont Médecins Sans Frontières (MSF), le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et l’International Medical Corps, ont atteint l’est de la Libye, et d’autres se préparent à recevoir des migrants et des rapatriés en Tunisie, mais le manque d’accès et l’insécurité ont jusqu’ici empêché les déploiements massifs, selon certaines sources humanitaires. « Toutes les informations que nous recevons traduisent une situation critique en ce qui concerne les soins médicaux pour les blessés », a indiqué Arjan Hehenkamp, qui dirige les opérations de MSF.



« Cette crise dure maintenant depuis 14 jours, a dit Yves Daccord, directeur général du CICR. Il est grand temps et absolument vital de répondre aux besoins des personnes touchées. Nous appelons toutes les parties impliquées dans les violences à respecter le droit des blessés et des malades à recevoir des soins médicaux, et à faire en sorte que l’assistance humanitaire parvienne aux personnes qui en ont besoin ».



Josette Sheeran, directrice exécutive du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies, s’est rendue à la frontière entre la Tunisie et la Libye le 1er mars pour rencontrer des personnes ayant fui la Libye. Selon le PAM, un grand nombre de ceux qui arrivent sur place déclarent avoir eu un accès limité aux vivres pendant leur trajet depuis leurs domiciles ou leurs lieux de travail, en Libye.



Des centaines de personnes présumées mortes



Les manifestations se sont étendues à l’ensemble de la Libye ces deux dernières semaines, les manifestants réclamant le départ du colonel Mouammar Kadhafi, au pouvoir depuis 42 ans. En réaction, le gouvernement aurait déployé l’armée pour réprimer les manifestations, faisant plusieurs centaines de morts, selon les organismes de défense des droits humains.



Le 26 février, le Conseil de sécurité a imposé des sanctions au régime de Kadhafi, ainsi qu’un embargo sur les armes, des interdictions de visa et un gel des avoirs. Face à la situation dans le pays, l’organe décisionnel a également saisi le procureur de la Cour pénale internationale.



La situation reste tendue, selon des informations provenant de l’ouest du pays, sous l’autorité du gouvernement ; ce n’est pas le cas, en revanche, dans l’est, aujourd’hui sous le contrôle de groupes hostiles au gouvernement. OCHA, qui a qualifié « d’extrêmement alarmantes » les informations faisant état d’une poursuite des violences, a rapporté que celles-ci avaient fait des blessés (dont des femmes et des enfants) au sein des populations civiles ; on compterait actuellement entre plusieurs centaines et plusieurs milliers de morts et de blessés.



A New York, Valerie Amos, sous-secrétaire générale des Nations Unies aux affaires humanitaires, a déclaré à la presse que la sécurité représentait un des principaux problèmes rencontrés par les civiles. « Ils fuient une situation extrêmement instable et risquée », a-t-elle indiqué le 28 février.



« Ce qu’on a aujourd’hui, c’est différentes régions du pays désormais sous le contrôle de différents éléments ».



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