Cette année à la DIHAD : l’aide humanitaire et les femmes

Vous seriez bien en peine de trouver parmi les travailleurs humanitaires quelqu’un estimant que la violence sexuelle n’est pas un problème important. Mais demandez-leur de définir ce que c’est et il est probable qu’ils ne sachent pas vous répondre.

S’agit-il de violence sexuelle, de violence sexiste ou de violence contre les femmes et les filles ? Et qu’en est-il des victimes masculines ? Comment traite-t-on de la violence sexiste dans les sociétés patriarcales ? Et comment peut-on trouver un équilibre entre la collecte de données factuelles et l’aide aux victimes et la prévention de ces violences ?

DIHAD 2014
La 11e conférence internationale de Dubaï sur l’aide humanitaire et le développement (DIHAD) et le salon qui l’accompagne ont pour thème l’aide humanitaire et les femmes. Cette année, IRIN est le partenaire médiatique de l’évènement.

Des experts régionaux et internationaux, de hauts fonctionnaires et des travailleurs humanitaires participeront à des ateliers et des tables rondes qui tourneront cette année autour de l’impact des crises humanitaires sur les femmes – de la sécurité alimentaire à l’hébergement d’urgence en passant par la violence sexiste, l’éducation et la santé.

Des questions seront sûrement soulevées concernant la manière dont les programmes sont adaptés pour répondre aux besoins liés au genre et les améliorations qui pourraient être apportées.

Le rôle des femmes en tant qu’actrices du monde humanitaire sera abordé, que ce soit au niveau communautaire ou institutionnel, tout comme la manière dont les femmes en situation de conflit sont représentées dans les médias. Une séance spéciale sur la Syrie est également prévue.

Tout au long de la semaine, un salon humanitaire regroupera des stands d’organisations humanitaires, gouvernementales et non gouvernementales et d’entreprises privées offrant des services destinés au secteur humanitaire.

La messagère de la paix des Nations Unies et présidente d’International Humanitarian City, Son Altesse Royale la princesse Haya Bint Al Hussein, femme de Son Altesse le cheikh Mohammed Bin Rashid Al Maktoum, vice-président, premier ministre des Émirats Arabes Unis et émir de Dubaï, a ouvert la conférence. Son Excellence la cheikha Lubna Bint Khalid Al Qasimi – ministre de la Coopération internationale et du Développement des Émirats Arabes Unis devrait également prendre la parole.

Les autres intervenants et participants aux tables rondes appartiennent au Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), au Programme alimentaire mondial (PAM), à la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR), aux sociétés du Croissant-Rouge, à l’Office humanitaire de la Communauté européenne (ECHO), à ActionAid, à l’Organisation de la Conférence islamique (OCI) à l’Institut de développement d’outre-mer (ODI), à l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), au Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), et au Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF).

La DIHAD se tiendra au Centre international des congrès et des expositions de Dubaï du 25 au 27 mars.

Voir la liste complète des intervenants et le programme de la conférence

Des chercheurs du Réseau des pratiques humanitaires (Humanitarian Practice Network, HPN) de l’Institut de développement d’outre-mer (Overseas Development Institute, ODI) de Londres ont réfléchi à ces questions dans le cadre d’un compte-rendu des bonnes pratiques (Good Practice Review) pour lutter contre les violences sexistes dans les contextes humanitaires.

« Nous avons commandé cette étude parce que nous sentions que cela manquait », a expliqué Wendy Fenton, coordinatrice du HPN au sein du groupe de politique humanitaire de l’ODI.

« Lorsque nous avons commencé à nous intéresser à la question et à en parler avec d’autres personnes, nous nous sommes rendu compte qu’il n’y avait même pas de consensus sur la définition des programmes de lutte contre les violences sexistes ou la prévention et les réponses apportées. La terminologie même semble faire l’objet de désaccords. »

Les chercheurs ont trouvé un large éventail de concepts, de terminologies et de priorités et ont dit que malgré d’importantes avancées dans les programmes humanitaires et de développement, un consensus ferme n’avait pas été trouvé sur la définition, la prévention et la réponse à apporter dans la lutte contre les violences sexistes.

L’article du HPN Preventing and responding to gender-based violence in humanitarian crises. (prévenir et répondre aux violences sexistes dans les situations de crise humanitaire), écrit par Rebecca Holmes et Dharini Bhuvanendra, a été publié le mois dernier et sera présenté cette semaine à la 11e Conférence internationale de Dubaï sur l’aide humanitaire et le développement (DIHAD), qui aura pour thème central l’aide humanitaire et les femmes.

Les intervenants à la conférence traiteront du rôle joué par la femme en tant que pourvoyeuses essentielles d’aide dans les crises humanitaires, de l’impact disproportionné des conflits et des catastrophes sur les femmes et de comment l’aide est et devrait être adaptée pour répondre aux besoins liés au genre.

« Discuter de l’aide humanitaire et des femmes au Moyen-Orient est peut-être sujet à controverses », a dit à IRIN Gerhard Putman-Cramer, directeur de la DIHAD. « Mais si c’est le cas, tant mieux, car je pense qu’il est sain d’en discuter et de promouvoir ce thème dans une région où les choses ne se passent peut-être pas tout à fait comme elles devraient sur tous les points. »

« Ce n’est qu’au cours des 10 dernières années environ que des pays comme les [Émirats Arabes Unis] sont devenus très actifs dans la sphère multilatérale du monde humanitaire », a ajouté M. Putman-Cramer, qui a occupé plusieurs fonctions à la direction du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA).

« Je pense donc qu’il est bon d’aborder les questions de genre. Si nous enfonçons une porte ouverte, tant mieux, mais je ne pense pas que ce soit le cas. »

L’article de 36 pages du HPN évalue l’étendue des pratiques et approches politiques relatives à la lutte contre les violences sexistes et retrace les différentes étapes franchies par les programmes et les initiatives au fil des ans. Il en conclut que la connaissance des violences sexistes dans les situations d’urgence est « insuffisante ».

L’article ajoute qu’en raison « des normes culturelles et sociales profondément ancrées en ce qui concerne les violences sexistes, toute intervention s’attaquant à leurs causes, leurs conséquences et leurs effets ne peut être que très partiellement efficace. Apporter un changement réel et significatif est un processus lent et à long terme dans lequel les interventions humanitaires ne peuvent jouer qu’un rôle limité ».


Des débats très médiatisés

Les sensibilités culturelles font partie des principaux obstacles qui entravent l’émergence d’un consensus sur la manière de lutter contre les violences sexistes en situation d’urgence.

« Du fait de la nature occulte des [violences sexistes] (notamment du taux élevé de sous-déclaration des violences sexuelles et autres), ainsi que du manque d’experts en violence sexiste déployés aux premiers stades des situations d’urgence, il est souvent difficile d’aller contre cette opinion [selon laquelle les violences sexistes ne seraient pas un problème d’une importance critique] jusqu’à ce que l’urgence se soit atténuée et que l’on puisse recueillir plus systématiquement des données », a écrit Jeanne Ward, consultante indépendante sur la question des violences sexistes en situation d’urgence.

« Certains acteurs humanitaires maintiennent également que la réponse aux actes de violence sexuelle (notamment ceux qui ne sont pas directement liés aux conflits et aux déplacements) est une question de culture et n’entre donc pas dans le champ de l’action humanitaire. »

Les violences sexuelles ont souvent fait les gros titres récemment. Les médias ont beaucoup parlé des affaires de viols collectifs en Inde, au Kenya ou en Afrique du Sud, ainsi que des mariages précoces et des sévices sexuels dans les camps de réfugiés syriens. Les actions communautaires qui ont suivi et les campagnes soutenues par des stars pour lutter contre le viol au sein des foyers et dans les zones de conflit ont également eu un grand retentissement.

« Lorsque nous avons commencé à nous intéresser à la question et à en parler avec d’autres personnes, nous nous sommes rendu compte qu’il n’y avait même pas de consensus sur la définition des programmes de lutte contre les violences sexistes ou la prévention et les réponses apportées. »

En juin, le Bureau des Affaires étrangères et du Commonwealth (FTO, selon son sigle anglais) organisera à Londres un sommet mondial sur la prévention de la violence sexuelle dans les conflits. Son bras humanitaire, le ministère britannique du Développement international (DFID), a quant à lui alloué 35 millions de livres (57,7 millions de dollars) au financement de campagnes visant à mettre fin à l’excision, ou mutilation génitale féminine.

Le DFID a par ailleurs imposé que l’égalité des sexes soit prise en compte dans toutes ses interventions humanitaires ou de développement – de l’élaboration des programmes à leur évaluation et leur suivi.

Plus généralement, les directives du Comité permanent interorganisations relatives aux interventions face à la violence de genre dans les situations d’urgence humanitaires de 2005 sont actuellement en cours de révision.

En 2012, le gouvernement britannique a lancé une initiative de prévention de la violence sexuelle avec le soutien de la star hollywoodienne et envoyée spéciale du Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés Angelina Jolie.

Mukesh Kapila, ancien chef de mission et, jusqu’à récemment, secrétaire général adjoint de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, s’est réjoui de l’écho donné à ces causes et campagnes, mais il a dit que ces questions devaient faire plus que de simples gros titres.

« Ce n’est manifestement pas l’argent qui manque et ce sont des causes populaires », a-t-il dit à IRIN. « Comment pourrait-on être contre de telles politiques et contre le fait que des stars donnent de la visibilité à des questions importantes ? »

« Mais si tout cela est une bonne chose, le plus important ce sont les changements structurels. Nous devons remettre en cause les structures, systèmes et processus existants et vaincre les vulnérabilités et leurs causes [...] et pas seulement appliquer des programmes verticaux. »

M. Kapila, qui est actuellement professeur en santé mondiale et affaires humanitaires à l’université de Manchester, interviendra à la DIHAD sur le rôle des femmes dans les prises de décision et la manière dont elles peuvent influencer les institutions et les programmes.

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