Fuir les combats au Mozambique pour un avenir incertain au Malawi

Selon les estimations, 2 000 personnes ont fui les combats qui opposent le gouvernement mozambicain aux ex-rebelles depuis la mi-janvier. Elles ont trouvé refuge au Malawi voisin, mais aucune aide ne leur a été dispensée, car le gouvernement malawite et le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) ne sont pas parvenus à un accord sur leur statut de demandeur d’asile.

George Kuchio, représentant du HCR au Malawi, a indiqué que son agence était prête à apporter une assistance, mais que les nouveaux arrivants avaient été classés comme rapatriés malawites par le gouvernement.

« Selon eux, ces personnes n’étaient pas des demandeurs d’asile, ils ont donc insisté sur le fait qu’ils fourniraient de l’aide eux-mêmes par le biais de leur unité de gestion des catastrophes », a dit à IRIN M. Kuchio.

Il a qualifié le groupe de « population mixte » composée d’au moins 300 Mozambicains, selon l’évaluation conduite par le HCR au cours du weekend. « Nous pensons qu’il faudrait fournir un abri, de l’eau potable, des médicaments et de la nourriture à ces personnes », a-t-il dit. « Mais nous devons être sur la même longueur d’onde que le gouvernement pour pouvoir apporter de l’aide. »

Davis Sado, porte-parole du ministère de l’Intérieur du Malawi, a dit à IRIN qu’il était difficile pour le gouvernement de déterminer le nombre réel de ressortissants mozambicains parmi les réfugiés en raison de l’homogénéité culturelle des populations vivant des deux côtés de la frontière.

« Les populations interviewées étaient des familles se disant de nationalité mozambicaine, tandis que les autres étaient d’origine malawite mais résidaient au Mozambique », a-t-il dit. « Les personnes concernées ont également manifesté de la réticence à être relogées dans un camp pour favoriser une gestion appropriée. »

Les combats ont repris l’année dernière entre le gouvernement et la Renamo, l’ex-mouvement rebelle devenu parti d’opposition, dans le centre et dans le nord du Mozambique.

Selon M. Sado, le gouvernement prépare une intervention, mais la seule aide dont les réfugiés ont bénéficié jusqu’à présent est celle des villageois originaires des districts proches de la frontière occidentale du Malawi avec le Mozambique, notamment les districts de Mwanza, Chikwawa et Neno.

« Un trajet très dangereux »

Yakobo Labisoni, 38 ans, et sa famille ont quitté le Mozambique à la mi-janvier, lorsque des combats ont éclaté entre les forces du gouvernement et des hommes armés de la Renamo non loin de leur maison, située dans le district de Zobue de la province de Tete, au nord-ouest du pays.

« Ce jour-là, [ils] se sont affrontés violemment ; les miliciens, blessés ou morts, ont été évacués sous nos yeux. C’est à ce moment-là que j’ai décidé de partir avec ma famille », a-t-il dit à IRIN.

M. Labisoni n’était qu’un enfant en 1977, lorsque la guerre civile a éclaté entre le Frelimo, le parti au pouvoir, et la Renamo, le parti rival. Les parents de M. Labisoni l’ont emmené au Malawi pour des raisons de sécurité ; la guerre a fait rage pendant les 16 années suivantes, faisant un million de victimes et cinq millions de déplacés. M. Labisoni est revenu au Malawi pour mettre en sécurité sa femme, sa mère et ses six enfants.

Ils ont rejoint les nombreuses familles qui ont quitté leur village et ont marché pendant près de 24 heures pour atteindre la frontière avec le Malawi.

« Le trajet a été très dangereux, mais il fallait le faire. Nous avons porté les enfants chacun à notre tour, alors nous n’avons pas pris beaucoup d’effets personnels », a-t-il dit.

M. Labisoni est l’un des 551 Mozambicains qui ont trouvé refuge à Kasipe 2, un village du district de Mwanza.

Le chef de Kasipe 2, William Mitiwe, a dit que le village avait mis en place un comité pour accueillir les Mozambicains et les aider à s’installer sur les parcelles de terre disponibles.

« Nous ne pouvons rien faire d’autre que de les installer comme nous le pouvons », a-t-il dit.

Il a ajouté que des responsables des ministères de l’Immigration, de l’Intérieur et de la Santé ainsi que des responsables du HCR avaient rendu visite aux réfugiés et les avaient interrogés, mais qu’aucune déclaration n’avait été faite concernant leur statut.

« Nous attendons que le gouvernement vienne en aide à ces personnes. Elles ont passé plus de 40 jours au Malawi, et certaines sont obligées de partir en raison du manque d’action du gouvernement, et nous ne savons pas où elles vont », a-t-il dit.

« Nous voulons juste rester ici jusqu’à la fin des élections [d’octobre 2014] au Mozambique. Mais nous rencontrons plein de visiteurs qui nous posent beaucoup de questions. Aujourd’hui, nous nous demandons si nous avons bien fait de venir ici », a dit M. Labisoni.

Besoin d’abris et de nourriture

Certains redoutent que les combats au Mozambique ne s’intensifient avant les élections générales d’octobre.

Medeliya Ludaviko, une mère de sept enfants, vient du district de Zobue dans la province de Tete. Elle a dit qu’elle avait décidé de partir avant que les combats n’atteignent son village. « Quand nous avons vu des groupes de personnes du Mozambique profond traverser nos villages pour rejoindre le Malawi, nous avons envisagé de partir nous aussi. Ces personnes disaient qu’il y avait la guerre dans certaines zones qu’elles avaient traversées », a-t-elle dit.

Mme Ludaviko, son mari et ses enfants vivent désormais dans une hutte du village de Kasipe 2. « Nous avons besoin de nourriture et d’un abri », a-t-elle dit à IRIN. « Nous survivons grâce au travail à la pièce [travail manuel] et nous dormons dans ces huttes de fortune qui n’ont pas de vrai toit. »

Elle a ajouté : « Nous ne voulons pas retourner au Mozambique ».

Le commissaire du district de Mwanza, Gift Rapozo, a dit que 1 821 personnes arrivées du Mozambique se sont installées dans son district jusqu’à présent. « Ces personnes ont un besoin urgent de nourriture et d’abris, car c’est la saison des pluies. Nous devons également nous occuper de l’assainissement et de la sécurité des personnes qui arrivent du Mozambique et des Malawites », a-t-il dit.

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