La multiplication des contacts et les maladies infectieuses émergentes en Asie du Sud-Est

Les experts décrivent parfois l’Asie du Sud-Est comme une « zone sensible » pour les maladies infectieuses émergentes (MIE), car plusieurs épidémies majeures ont commencé dans cette région. Selon les scientifiques, le risque d’apparition de nouvelles maladies est élevé, car les contacts entre animaux et humains n’ont jamais été aussi fréquents que maintenant en raison de l’urbanisation et les contacts entre humains se multiplient à mesure que les voyages en avion se font plus populaires.

Les Centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies notent qu’environ 75 pour cent des MIE diagnostiquées chez des humains sont des zoonoses qui ont à l’origine été transmises aux humains par des animaux. Le virus Ébola vient des chauves-souris, le VIH a vraisemblablement été transmis à l’homme par des primates et la grippe A H5N1 (grippe aviaire) vient des poulets.

Selon un article sur l’Asie du Sud-Est paru en 2013 dans l’Emerging Infectious Disease Journal, « la probabilité de l’émergence de nouvelles maladies pourrait être réduite par de nombreux [...] changements socioéconomiques tels que l’urbanisation et l’industrialisation et la commercialisation de l’agriculture et de la production alimentaire ». Les auteurs ont cependant averti que ces changements pouvaient avoir l’effet inverse, car ils signifiaient « une concentration accrue et une multiplication des contacts entre le bétail et les personnes ».

La suppression prochaine des visas pour dix pays de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) et la prolifération des compagnies aériennes bon marché pourraient, selon les experts, être rapidement suivies d’une prolifération accélérée des maladies.

Des contacts plus nombreux que jamais

La croissance économique rapide dans la région – de jusqu’à six pour cent du produit intérieur brut de certains pays au cours des cinq dernières années – a changé les modes de vie et les habitudes. Certaines régions sont par ailleurs de moins en moins isolées, ce qui peut avoir des conséquences sur la santé publique.

« [La croissance économique] a créé dans la région une plus grande concentration d’animaux, de personnes et de produits que presque n’importe où dans le monde », a dit Chris Gregory, épidémiologiste de la branche thaïlandaise du Programme international sur les infections émergentes (International Emerging Infections Programme).

Cette croissance a créé des « mouvements de population et des échanges commerciaux d’animaux » d’une ampleur sans précédent ou presque, a-t-il remarqué. Cela a « changé les modèles d’utilisation des terres et notamment accru l’exploitation agricole, l’élevage du bétail et la déforestation, ce qui modifie les écosystèmes et augmente la résistance aux antibiotiques par l’accès facilité et l’utilisation plus intensive d’agents antimicrobiens chez les humains comme chez les animaux ».

En 2012, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’Asie de l’Est et du Sud-Est ont été à l’origine de 60 pour cent de la production mondiale de porc (soit 569 millions de bêtes) et de 43 pour cent de la production mondiale de volaille (9,2 milliards de volatiles) et neuf canards sur dix ont été élevé dans ces régions.

Le paradoxe de l’urbanisation

La population urbaine en Asie devrait augmenter de 1,4 milliard entre 2011 et 2050. Si l’urbanisation rapide peut sembler être synonyme de vie plus prospère et de meilleurs services de santé pour la population, l’explosion du nombre d’habitants des villes est une épée à double tranchant.

Un article publié en 2013 sur le risque de maladies émergentes en Asie dix ans après l’épidémie de syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), qui a fait 774 morts, selon les estimations de juillet 2003, montre comment les villes peuvent accélérer la transmission des maladies en jouant le rôle de foyer de propagation des maladies, nationalement et internationalement, ou de « pont entre les écosystèmes humain et animal ».

Peter Horby, coauteur de l’article, travaille avec l’unité de recherche clinique de l’université d’Oxford au Vietnam et l’université nationale de Singapour.

Les systèmes de traitement des eaux usées et d’assainissement peinent à répondre à la demande dans les villes dont la population se multiplie, a dit Kenrad Nelson, professeur d’épidémiologie et de santé internationale à l’école de santé publique Bloomberg de l’université Johns Hopkins. « Ce sont sur les marchés aux bestiaux de la plupart [des] grandes villes que les contaminations croisées par des agents pathogènes peuvent se produire », a-t-il commenté en faisant référence à ce que d’autres ont appelé « l’intensification des systèmes animaux dans les villes ».

Selon Jeffrey Gilbert, spécialiste en santé animale basé au Laos, l’urbanisation et l’expansion des espaces urbains créent des problèmes de contact entre les animaux – et les virus ou bactéries dont ils sont porteurs – et les humains qui empiètent sur leur habitat.

Les changements de régime dans les villes et à la campagne sont également un facteur de risque de déclenchement de nouvelles maladies. « Lorsque les conditions socio-économiques s’améliorent pour une population, les modes de consommation changent, notamment en ce qui concerne des produits d’origine animale qui peuvent véhiculer des agents pathogènes qui ne s’étaient auparavant pas introduits chez les humains ou dans des groupes de population étrangers à cette maladie », a remarqué M. Gilbert.


Plus de voyageurs sur des vols bon marché

L’association internationale Centre for Aviation (CAPA) liste 25 compagnies aériennes bon marché opérant en Asie du Sud-Est, dont cinq ont rejoint ce marché depuis fin 2011. CAPA prédisait une croissance continue des flottes des compagnies aériennes bon marché en 2013, pouvant conduire à une hausse du trafic aérien de près de 30 pour cent.

Les personnes de plus en plus nombreuses voyageant dans de plus en plus d’endroits peuvent transporter autre chose que leurs bagages. « La migration transnationale, principalement pour des raisons économiques, de pays à faible revenu vers des pays à revenu supérieur, est elle aussi importante et augmentera probablement après l’ouverture des frontières de l’ASEAN en 2015 », a dit M. Gregory, l’épidémiologiste.

« Les tarifs plus bas des compagnies aériennes et la hausse du nombre de vols font qu’il est possible pour des personnes atteintes de ces maladies de voyager plus fréquemment et plus rapidement », a dit M. Horby à IRIN.

« Nous ne devons pas oublier que la multiplication des contacts signifie que les informations sont davantage reliées également. Quelqu’un au Laos ou au Cambodge peut chercher un médecin à Bangkok ou Singapour et prendre un vol le lendemain pour consulter concernant une maladie qu’il ou elle pense ne peut pas ou ne sera pas traitée convenablement dans son pays d’origine. »

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