Le fardeau de la maladie dans le conflit au Soudan du Sud

Le fardeau de la maladie s’alourdit parmi les personnes qui ont quitté leur foyer depuis le début du conflit qui sévit au Soudan du Sud.

Les affrontements qui ont éclaté à la mi-décembre entre les forces armées loyales au président Salva Kiir et les partisans de l’ancien vice-président Riek Machar ont fortement affecté un système de santé déjà affaibli.

« Même avant la crise, le système de santé sud-soudanais était extrêmement fragile : 80 pour cent des services de santé étaient fournis par des organisations internationales », a dit à IRIN Raphael Gorgeu, chef de mission de Médecins Sans Frontières (MSF) au Soudan du Sud, dans un courriel. « Pour MSF donc, le conflit actuel vient aggraver une situation déjà terrible. »

« Outre les blessés de guerre directement affectés par les violences, nous devons aussi nous préoccuper de ceux qui sont indirectement touchés : les déplacés, ceux qui se cachent dans le bush et qui ont trop peur de se déplacer pour obtenir des soins et ceux qui n’ont pas accès aux soins de santé en raison du niveau élevé d’insécurité qui règne dans de nombreuses régions », a-t-il ajouté.

Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) estime à 575 500 le nombre de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDIP) au Soudan du Sud et à 112 200 le nombre de personnes ayant fui dans les pays voisins.

« La plupart sont partis sans rien prendre avec eux. Or, les conditions dans les camps de déplacés sont très difficiles : il n’y a pas suffisamment d’eau, de vivres et d’abris. Les épidémies de maladie dans les camps sont une source d’inquiétude importante. Dans de nombreuses régions, le système de santé s’est effondré en raison du conflit. Les cliniques n’ont pas été réapprovisionnées et le personnel médical a fui, laissant les femmes enceintes sans endroit sécuritaire pour accoucher et les enfants malades, sans endroit où se faire soigner », a dit M. Gorgeu.

« Nous remarquons également que les communautés hôtes sont de plus en plus affectées par les quantités importantes de déplacés qui affluent dans leurs régions. Awerial, une ville de 10 000 habitants de l’État de Lakes, a accueilli plus de 85 000 déplacés fuyant les violences qui sévissent à Bor [la capitale de l’État du Jonglei]. »

Sécurité des travailleurs de la santé

« En ce moment, MSF est confronté à deux défis majeurs au moment de fournir des soins médicaux humanitaires. Le premier, c’est l’ampleur considérable des besoins sur le terrain… Le second, c’est le manque de respect envers les installations et le personnel humanitaire », a dit M. Gorgeu.

MSF a dû évacuer du personnel à cinq reprises en raison de l’insécurité ambiante. Deux installations de santé, à Bentiu et à Malakal, ont par ailleurs été pillées, laissant des milliers de personnes sans accès à des soins de santé dont ils auraient désespérément besoin.

« Nous demandons à toutes les parties en conflit de respecter la neutralité des installations de santé et la sécurité des patients et du personnel », a ajouté M. Gorgeu.

À Bor, comme ailleurs au Soudan du Sud, les infrastructures de santé ont été largement détruites et les fournitures, pillées, a indiqué le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) dans une déclaration publiée le 26 janvier. L’organisation soulignait également que, sans l’aide humanitaire, le risque de décès évitables « augmenterait considérablement ».

« En ce moment, MSF est confronté à deux défis majeurs au moment de fournir des soins médicaux humanitaires. Le premier, c’est l’ampleur considérable des besoins sur le terrain… Le second, c’est le manque de respect envers les installations et le personnel humanitaire »

Selon l’UNICEF, environ 30 décès d’enfants ont été enregistrés jusqu’à présent dans les centres de protection des civils (Protection of Civilian center, PoC) de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (UNMISS). « Rares sont les organisations humanitaires qui ont réussi à venir en aide aux habitants de Bor qui ont fui les combats pour se réfugier au PoC de Bor. En raison de la forte insécurité, le nombre de travailleurs humanitaires qui peuvent opérer dans le centre est limité », a ajouté l’organisation.

L’UNICEF et ses partenaires espèrent atteindre 180 000 enfants de moins de 15 ans dans le cadre des campagnes de vaccination menées actuellement contre la rougeole et la poliomyélite.

Craintes de propagation des maladies

La situation sanitaire au Soudan du Sud fait craindre la propagation potentielle des maladies en Ouganda, le pays voisin.

« Nous ne pouvons pas savoir ce qui arrivera demain, mais nous espérons que le gouvernement et les organisations d’aide humanitaire seront en mesure de répondre rapidement si une épidémie se déclare », a dit Avuntia Patrick, un habitant du nord de l’Ouganda.

Le 20 janvier, l’organisation Refugee Law Project (RLP), de l’université Makerere, a organisé une rencontre entre des responsables du gouvernement et des représentants des organisations de la société civile et des organisations d’aide humanitaire dans le district de Gulu, dans le nord de l’Ouganda. La réunion avait pour objectif d’accélérer la réponse pour venir en aide aux réfugiés sud-soudanais et aux communautés hôtes ougandaises.

Les participants ont exhorté le gouvernement à renforcer la surveillance aux frontières. « Dans le district de Lamwo, les réfugiés traversent en Ouganda sans même être enregistrés », a noté Stephen Oola, chercheur principal et conseiller en plaidoyer de RLP.

James Otto, président du conseil d’Action Aid, a ajouté : « Ce serait malheureux que les leaders du district [de Gulu] attendent que le gouvernement central gère la question du Soudan [du Sud] : il est donc nécessaire de créer un comité de gestion des catastrophes fonctionnel au niveau du district pour aider à surveiller la situation. »

Des services de santé sous pression

Dans les communautés des districts ougandais d’Adjumani, d’Arua et de Kiryandongo qui accueillent des réfugiés, les infrastructures de santé fonctionnent déjà au maximum de sa capacité.

« La situation exige une réponse urgente. La capacité de l’hôpital d’Adjumani doit être renforcée afin de pouvoir gérer les patients référés par les trois centres de santé qui soignent les réfugiés », a dit à IRIN Roselidah Ondeko, coordinatrice du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) pour les questions de violences sexuelles en Ouganda, dans un courriel.

« Nous avons besoin de davantage de poches de sang dans les hôpitaux et des ambulances pour les transferts vers l’hôpital de référence régional, situé à Arua », a ajouté Mme Ondeko. Les fournitures médicales et le personnel sont eux aussi insuffisants.

Selon une analyse réalisée par le Bureau du premier ministre de l’Ouganda, l’organe responsable de la coordination des opérations mises en œuvre pour assurer la protection des réfugiés, les enfants réfugiés sud-soudanais ne reçoivent pas tous les vaccins dont ils ont besoin en raison de l’absence de lien entre l’enregistrement et l’examen médical.

La gestion de la malnutrition infantile et des accouchements au Centre de santé Dzaipi III et à l’hôpital d’Adjumani demeure également un défi. Entre le 11 et le 21 janvier, 714 enfants de moins de cinq ans ont été examinés au centre de santé Dzaipi. Parmi eux, 10 enfants réfugiés souffraient de malnutrition sévère et 15 autres, de malnutrition modérée.

Il nous faut des fournitures de base pour les accouchements, a dit à IRIN Beatrice Masudio, une sage-femme du centre. « Nous espérons que la situation s’améliorera grâce à l’aide de l’UNFPA et d’autres organisations, mais elle n’est pas bonne pour le moment », a-t-elle ajouté. L’UNFPA fournit des tentes médicales pour les soins prénataux et les services ambulatoires à Dzaipi et au Centre de santé Nyumanzi III, à Adjumani.

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