Les pêcheurs philippins ont besoin d’aide pour se remettre du typhon Haiyan

Les autorités des Philippines souhaitent accélérer les efforts de réhabilitation pour les pêcheurs affectés par le typhon Haiyan. L’objectif est de remettre l’industrie sur pied le plus rapidement possible. Selon le Bureau des pêches et des ressources aquatiques (Bureau of Fisheries and Aquatic Resources, BFAR), 146 748 pêcheurs et 21 des 72 provinces du pays où l’on pratique la pêche ont été touchés par le typhon. 

« Nous devons tenir compte de la résilience du secteur des pêcheries. Contrairement aux autres secteurs, il n’est pas nécessaire d’attendre pour obtenir un résultat. Pour le riz, il faut attendre les prochaines semailles et pour la noix de coco, il faut compter quatre à six ans pour la première récolte. Même si vous plantez des légumes, vous devrez attendre au moins 22 jours avant de les récolter », a dit à IRIN Asis Perez, directeur du BFAR. « La pêche est le seul secteur auquel on peut retourner à tout moment. Tant que les pêcheurs ont des bateaux, ils peuvent pêcher et nourrir leur famille. » 

Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), plus de 14 millions de personnes ont été affectées lorsque le typhon Haiyan a frappé le centre des Philippines le 8 novembre dernier, déplaçant plus de 4 millions de personnes et faisant plus de 6 000 victimes. 

Selon un mémo du Centre national de gestion et de réduction des risques de catastrophes (NDRRMC) publié le 2 janvier, plus de 100 000 personnes déplacées vivent encore dans 381 centres d’évacuation. Les autres déplacés sont hébergés chez des parents et amis.

Dans neuf régions du centre des Philippines, des millions de personnes ont vu leurs moyens de subsistance détruits, perdus ou perturbés, a indiqué l’Organisation internationale du Travail (OIT), nombre d’entre eux dans les secteurs de l’agriculture et de la pêche. 

Pertes économiques

Selon les évaluations préliminaires menées par le ministère de l’Agriculture des Philippines, les petits pêcheurs ont été les plus durement touchés par le typhon de catégorie cinq, qui a détruit ou endommagé des dizaines de milliers de petites embarcations, du matériel de pêche et des installations connexes. Les navires commerciaux, plus gros, ont subi moins de dommages. 

Selon l’évaluation initiale rapide multi-cluster/secteur (Multi-Cluster/Sector Rapid Assessment, MIRA), une initiative qui rassemble plus de 40 agences œuvrant dans les neuf régions affectées, les deux principaux moyens de subsistance des habitants des régions couvertes par MIRA étaient l’agriculture et la pêche. 

Environ 30 pour cent des répondants, en particulier les habitants des communautés du littoral, ont dit que la pêche était leur principale source de revenus. MIRA a également découvert que 30 à 50 pour cent des biens de pêche, des petites embarcations surtout, avaient été perdus dans la tempête.

La carte des dommages provoqués par le typhon Haiyan montre que les régions des Visayas orientales, centrales et occidentales, d’où est issue la plus grande partie des produits de la pêche et de l’aquaculture du pays, ont été parmi les plus durement touchées.

Le typhon a balayé les infrastructures de base, notamment les jetés et les rampes de mise à l’eau, les installations de congélation et les chambres froides situées sur le rivage, les locaux de réparation et d’entretien des bateaux, les usines de transformation et les marchés. D’importantes infrastructures aquicoles ont également été détruites, incluant les pontons utilisés pour l’ostréiculture, les élevages de crabes, de crevettes et de moules ainsi que les cages à poissons, les écloseries et les étangs à poissons, a rapporté l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). 

Selon les plus récentes statistiques du DRRMC, les dommages infligés au secteur des pêches atteindraient près de 135 millions de dollars.

La FAO, qui appelle à la reconstruction rapide et durable des moyens de subsistance dans les régions affectées par le typhon, indique par ailleurs que ces régions ont compté, en 2011, pour 21 pour cent (514 492 tonnes) de la production totale des pêches municipales et commerciales des Philippines.

Reprendre la pêche

Le BFAR a lancé un programme ayant pour objectif de fournir, en l’espace de trois mois, 10 000 bateaux à 20 000 familles [soit un bateau pour deux familles] dans les régions affectées par le typhon.

Le Programme national pour l’enregistrement des pêcheurs (National Programme for Municipal Fisherfolk Registration, FishR) a créé une base de données des pêcheurs qui sera utilisée pour identifier les bénéficiaires et superviser la mise en œuvre du programme. L’enregistrement des pêcheurs est prévu par le Code des pêches de 1998

Après plusieurs années de retard, le BFAR a lancé l’initiative nationale en mai 2013. L’organisation avait l’intention de compléter l’enregistrement des quelque 1,2 million de pêcheurs municipaux d’ici décembre 2014. Jusqu’à présent, environ 300 000 d’entre eux ont été enregistrés.

« La coordination et la supervision sont très importantes pour s’assurer que les bateaux sont réellement donnés aux pêcheurs. Nous ne devons pas non plus remplacer plus de bateaux qu’il y en avait auparavant », a dit Robert Lee, spécialiste des industries de la pêche auprès du bureau régional de la FAO pour l’Asie et le Pacifique.

« Nous avons déjà vu cela lors de catastrophes à grande échelle. Nous devons nous assurer que nous n’augmentons pas la capacité de pêche [en déployant ces efforts de réhabilitation], car cela pourrait entraîner de la surpêche et une diminution des stocks halieutiques. »

Parti pêcher

José Allan Narciso, un pêcheur de 47 ans de l’île d’Olotayan, a dit qu’il n’avait pas encore entendu parler de l’enregistrement des pêcheurs ou d’un quelconque plan gouvernemental ayant pour but de l’aider à réparer son bateau. Il faut compter une à deux heures de bateau pour atteindre cette île isolée de la province de Capiz, la capitale des fruits de mer des Philippines.

Lorsque la pêche est bonne, il peut gagner jusqu’à 20 dollars par jour. « J’ai réparé mon bateau et je suis en train de reconstruire mes casiers et mon matériel pour attraper poissons et calmars. Si nous réussissons à en capturer, tant mieux. Et sinon, c’est OK aussi », a-t-il dit. « Je continuerai à pêcher. Je n’attraperai rien si je reste là à attendre. »

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