Les dessous du système d’aide humanitaire chinois

Le rôle de la Chine en qualité de bailleur de fonds est accueilli avec une certaine méfiance, à la fois par les spécialistes de l’aide humanitaire et les bénéficiaires. La nature de l’aide chinoise est déconcertante pour plusieurs raisons ; le pays distribue ses dons à travers plusieurs ministères et organismes ; les priorités stratégiques sont différentes de celles des donateurs occidentaux traditionnels ; et la Chine ne publie pas de rapports détaillés sur la quantité d’aide fournie.

Dans son ouvrage "The Dragon’s Gift" (Le cadeau du Dragon. La véritable histoire de la Chine en Afrique), Deborah Bräutigam écrit que « la Chine propose au moins neuf types d’aide ». Cette éminente spécialiste de l’aide humanitaire chinoise en Afrique et professeur de hautes études internationales à l’université Johns Hopkins, aux États-Unis, détaille les différents types d’aide : « Les équipes médicales, la formation et les bourses d’études, l’aide humanitaire, les jeunes volontaires, l’allégement de la dette, l’aide budgétaire, le concept « clés en main » ou « réalisation complète » de projets [infrastructures, usines], l’aide en nature et l’assistance technique ».

La plupart de ces types d’aide existent depuis que la Chine est donateur international. Le pays envoie de l’argent sous trois formes : prêts à taux zéro ; subventions ; et prêts à taux préférentiel ou prêts conditionnels, a expliqué Xue Lei, chercheur à l’université des études internationales de Shanghai. « La majorité de l’aide extérieure est fournie sous la forme d’aide-projets », a-t-il déclaré à IRIN.

En ce sens, l’approche chinoise est très différente de la façon dont les États-Unis, le Royaume-Uni et d’autres pays occidentaux conçoivent l’aide humanitaire. L’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) et le Département britannique pour le développement international (DFID) fournissent de grandes quantités de financement pour soutenir les budgets publics dans des domaines tels que l’éducation. De son côté, la Chine préfère travailler sur un seul projet, comme la construction d’une école ou l’attribution de bourses aux étudiants pour venir étudier en Chine.

« Les deux approches sont très intéressantes, mais il ne fait aucun doute que celle de la Chine est beaucoup plus... visible que d’injecter des fonds dans le budget », a déclaré à IRIN Kenneth King, professeur émérite à l’université d’Édimbourg.

Enseignements tirés du développement de la Chine

La façon dont la Chine conçoit les liens entre l’aide humanitaire, le développement et le commerce est également très différente.

« Dans de nombreuses descriptions occidentales contemporaines de l’aide humanitaire et du renforcement des capacités en Afrique, il n’y a pas de lien étroit entre l’aide et le commerce », a écrit M. King dans son livre. La Chine, en revanche, considère qu’il est très important de lier l’entreprise privée à l’action humanitaire. Il s’agit d’un élément clé de la position officielle de la Chine en matière de développement.

« La mission de la Chine, notre responsabilité, est d’essayer d’aider l’Afrique à devenir un pays compétitif », a déclaré l’ambassadeur Zhong Jianhua, représentant spécial du gouvernement chinois pour les affaires africaines, dans un entretien publié en août, accordé à l’Africa Research Institute [un think tank londonien indépendant].

Cela s’explique peut-être par le fait que la Chine bénéficie aussi d’une aide humanitaire. « Influencés principalement par leur propre expérience de développement et par les demandes des pays bénéficiaires, les programmes chinois d’aide humanitaire et de coopération économique se concentrent sur les infrastructures, la production et les bourses d’études universitaires, là où les donateurs traditionnels sont moins actifs », a écrit Mme Bräutigam.

« La Chine estime que les infrastructures sont essentielles au développement. Il y a une énorme demande dans ce sens à laquelle l’Occident n’a pas répondu. Ces mêmes entreprises qui construisent des routes en Afrique construisent également des routes en Chine », a déclaré Ward Warmerdam, chercheur à l’Institut international d’études sociales de La Haye et chercheur en économie du think tank Profundo. « Petit à petit, le continent africain devient de plus en plus stable. Beaucoup de bailleurs de fonds occidentaux n’en sont pas vraiment conscients. »

Chevauchement des organismes

En Chine, il existe trois principaux organes de contrôle de l’aide humanitaire : le ministère du Commerce, le ministère des Affaires étrangères et la banque chinoise Exim Bank. Le Conseil d’État - le gouvernement chinois - supervise et approuve le budget annuel, les subventions et les projets humanitaires qui dépassent un certain montant, ainsi que l’aide aux pays politiquement sensibles. Le ministère des Finances est également chargé de faire des dons aux organisations multilatérales, telles que les organismes des Nations Unies.

Le ministère du Commerce (MOFCOM), la principale institution de l’aide humanitaire chinoise, abrite le département de l’aide humanitaire. Il est en charge de la distribution de tous les prêts à taux zéro et des subventions. Le MOFCOM décide de l’attribution des aides en concertation avec le ministère des Affaires étrangères qui joue un rôle diplomatique de négociation sur le terrain pour défendre les entreprises et les intérêts de la Chine en Afrique. Mais la relation entre les deux ministères est souvent tendue. Comme le soulignent les spécialistes, les conflits d’intérêts entre les multiples organismes portent parfois préjudice à la politique d’aide humanitaire chinoise.

En outre, plus de 23 autres ministères et commissions jouent un rôle dans l’approvisionnement de l’aide humanitaire à l’étranger. Par exemple, le ministère de l’Éducation est responsable des bourses d’études accordées aux étudiants africains qui viennent étudier en Chine, tandis que le ministère de la Santé dirige et finance des programmes médicaux à l’étranger.

« Je pense qu’à moyen terme, un organisme distinct devrait être mis en place », a déclaré à IRIN Mme Bräutigam. « Il y a beaucoup de discussions à ce sujet en Chine. »

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