Une technologie de l’ère spatiale pour réduire les décès maternels

Une technologie de l’ère spatiale, le néoprène (matériau utilisé dans la fabrication des combinaisons de plongée) et le Velcro ont permis de créer un vêtement expérimental qui pourrait permettre de traiter l’hémorragie du post-partum, la première cause de mortalité maternelle dans le monde.

Le vêtement antichoc non pneumatique (non-pneumatic anti-shock garment, NASG) – aussi appelé « lifewrap » en anglais – est une combinaison qui couvre la moitié du corps et dans laquelle les jambes et l’abdomen de la patiente sont sanglés pour ralentir le saignement et prévenir le choc associé à la perte d’un volume sanguin important.

« [Le NASG] agit de deux façons : il comprime les vaisseaux sanguins de la partie inférieure du corps, inversant le choc en ramenant l’oxygène vers le cœur, les poumons et le cerveau, des tissus qui ont besoin de beaucoup d’oxygène », a dit Suellen Miller, directrice du programme de maternité sans risque/Centre Bixby pour la population, la santé et le développement durable de l’université de Californie à San Francisco (UCSF), aux États-Unis.

S’il fonctionne comme prévu, le NASG exerce une pression sur l’abdomen qui entraîne une diminution du rayon des vaisseaux sanguins et permet de limiter l’hémorragie.

Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), l’hémorragie du post-partum, soit la perte d’un volume de sang supérieur à 500 ml dans les 24 heures suivant la naissance, est à l’origine de près d’un quart des décès maternels dans le monde et la première cause de mortalité maternelle dans la plupart des pays à faible revenu.

« Les statistiques des décès maternels montrent les inégalités qui existent entre les pays. Il n’y a pratiquement pas de décès dus à des hémorragies du post-partum dans le monde développé », a dit Kate Gilmore, directrice exécutive adjointe du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA).

Le NASG, d’abord imaginé et développé par l’Administration nationale de l’aéronautique et de l’espace (National Aeronautics and Space Administration, NASA) dans le cadre de ses programmes spatiaux, a été présenté à des experts de la santé lors d’une conférence sur la santé maternelle organisée récemment à Kuala Lumpur, en Malaisie.

Gagner du temps

Le NASG n’est pas conçu comme une solution définitive qui permet de sauver la vie des femmes, mais comme une mesure de stabilisation pour gagner du temps et procéder à son transfert vers un établissement de santé où elle pourra recevoir une chirurgie ou une transfusion sanguine.

Selon l’Institut Guttmacher, un institut de recherche sur la santé reproductive basé aux États-Unis, la plupart des femmes qui vivent dans les communautés isolées des pays en développement accouchent à la maison. Selon l’Institut, la proportion de naissances survenant dans des établissements de santé varie considérablement d’une région du monde à l’autre, allant de 50 pour cent des accouchements en Afrique de l’Est et de l’Ouest à 99 pour cent en Asie de l’Est.

Selon l’Institut, 284 000 femmes sont décédées des suites de complications de la grossesse et de l’accouchement dans des pays en développement en 2010.

« On a environ deux heures [à partir du début de l’hémorragie] pour réagir avant que la patiente se mette à souffrir d’un manque d’oxygène dans ses tissus vitaux et qu’elle meure au bout de son sang. Tout retard dans l’administration de soins peut être fatal », a dit Mme Miller.

« C’est en travaillant dans des endroits du monde où la distance [à parcourir pour se rendre dans un établissement de santé] peut faire une différence entre la vie et la mort qu’on se rend compte qu’il faut des solutions qui commencent dans la communauté ou à la maison », a dit Purnima Mane, présidente et directrice générale de Pathfinder International, une organisation à but non lucratif américaine qui s’intéresse à la planification familiale et à la santé reproductive.

Réduire les coûts

Des essais cliniques et des études sur l’utilisation du NASG ont été menés par l’université de Californie à San Francisco (UCSF) en Égypte, en Inde, au Nigeria, en Zambie et au Zimbabwe entre 2004 et 2012. Il a été noté que l’utilisation des NASG avait permis de réduire le nombre de décès maternels de jusqu’à 50 pour cent pendant cette période.

Les experts reconnaissent que de multiples interventions pourraient être à l’origine de ce déclin et qu’il est impossible de l’attribuer uniquement à l’utilisation des NASG. Ils se montrent malgré tout été encouragés par la corrélation.

« Les résultats préliminaires des tests sont prometteurs. Nous bénéficions déjà du soutien des politiques de l’OMS. Nous voulons maintenant encourager les pays à réviser leurs protocoles de santé maternelle en matière d’hémorragie du post-partum et à intégrer l’utilisation du NASG dans leurs interventions », a dit Amie Batson, directrice de la stratégie de PATH.

Les lignes directrices de l’OMS sur la gestion de l’hémorragie du post-partum appellent à une intervention médicale rapide, et notamment à l’administration de médicaments comme l’ocytocine et le misoprostol pendant la troisième et dernière période du travail.

Ces médicaments stimulent les contractions utérines, accélèrent l’expulsion du placenta et réduisent les pertes sanguines.

Advenant le cas que ces médicaments ne fonctionnent pas, les lignes directrices publiées par l’OMS en 2012 recommandent d’exercer une compression utérine et, plus spécifiquement, d’utiliser le NASG comme mesure temporaire jusqu’à ce que la patiente puisse obtenir des soins appropriés.

Le NASG peut être utilisé jusqu’à 40 fois et lavé à la main après chaque usage avec un détergent à lessive régulier. Le coût initial à l’unité était de 300 dollars, mais des négociations avec les fabricants ont permis de le ramener le prix à environ 65 dollars.

Jusqu’à présent, les travaux de recherche et de développement du NASG ont été menés conjointement par l’UNFPA, Pathfinder International, l’UCSF, la Fondation John D. et Catherine T. MacArthur, basée aux États-Unis, et PATH.

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