La « tâche inachevée » de la réduction de la mortalité infantile

Le nombre de décès d’enfants âgés de moins de cinq ans est passé d’environ 12 millions en 1990 à 6,9 millions en 2011. Le message, qui a été communiqué dans un rapport récent du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), est que grâce à un plus grand engagement des gouvernements et de leurs partenaires pour la survie des enfants, la mortalité infantile continuera de baisser.

« Nous nous réjouissons des derniers chiffres publiés », a dit Geeta Rao Gupta, Directrice générale adjointe de l’UNICEF, lors de la conférence de presse organisée pour présenter le rapport de 2012 intitulé « S’engager pour la survie de l’enfant : une promesse renouvelée ». « Il nous reste cependant encore beaucoup à faire, et pas seulement au niveau des chiffres. Derrière chaque statistique se cachent des enfants, des mères et des pères désespérés ».

La plupart des décès infantiles pourraient être évités. En 2011, près de deux tiers des décès d’enfants âgés de moins de cinq ans étaient dus à des maladies infectieuses, comme la pneumonie, la diarrhée, le paludisme, la méningite, le tétanos, le VIH et la rougeole ; a contrario, dans les pays où le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans était faible, peu de décès étaient causés par des maladies infectieuses. Plus d’un tiers des décès d’enfants âgés de moins de cinq ans étaient imputables à la sous-nutrition ; environ 40 pour cent des décès intervenaient au cours du premier mois de vie et étaient attribuables à un accouchement prématuré ou difficile.

Selon le rapport, neuf pays à revenu faible – le Bangladesh, le Cambodge, l’Éthiopie, le Liberia, Madagascar, le Malawi, le Népal, le Niger et le Rwanda – ont réussi à faire baisser le taux de mortalité des enfants âgés de moins de cinq ans de 60 pour cent ou plus en 20 ans. Ces pays ont eu recours à des méthodes simples et éprouvées pour améliorer la survie des enfants : campagnes d’immunisation systématique contre les maladies comme la rougeole et la polio ; utilisation de moustiquaires traitées à l’insecticide pour prévenir le paludisme ; interventions allant de la distribution de suppléments d’acide folique à la mise en œuvre de méthodes d’accouchement hygiéniques pour améliorer la survie des nourrissons ; allaitement exclusif au sein pour lutter contre la sous-nutrition.

Le déclin mondial de la mortalité des enfants âgés de moins de cinq ans est d’environ 3 pour cent par an, mais pour réaliser les Objectifs du Millénaire pour le développement relatifs à la mortalité infantile et à la santé maternelle, le taux de mortalité infantile doit baisser de 14 pour cent chaque année, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Pas de moyens pour les plus pauvres

Les décès d’enfants âgés de moins de cinq ans surviennent principalement en Afrique subsaharienne, région dans laquelle la moitié des décès se sont produits en 2011, et en Asie du Sud, où 33 pour cent des décès d’enfants âgés de moins de cinq ans se sont produits. Dans plusieurs cas – au Burkina Faso, au Tchad, au Cameroun, en République démocratique du Congo, au Mali et en Somalie – le taux de mortalité des enfants âgés de moins de cinq ans a enregistré une augmentation entre 1990 et 2011.

Le rapport a également mis en lumière les fortes disparités dans les pays. Les statistiques enregistrées dans 39 pays montrent que les bébés des 20 pour cent des ménages les plus pauvres ont environ deux fois plus de risques de mourir avant d’avoir atteint l’âge de cinq ans que les bébés des 20 pour cent des ménages les plus riches. D’autres facteurs de risque de mortalité des enfants âgés de moins de cinq ans incluent : une naissance dans une zone rurale ; le manque d’éducation de base de la mère ; et le fait de vivre dans une région marquée par la violence et la fragilité politique.

Les régions pauvres de l’Afrique et de l’Asie n’ont pas accès à certaines des interventions les plus simples. Ainsi, moins d’un tiers des enfants souffrant de diarrhées dans le monde reçoivent des sels de réhydratation orale.

En Ouganda, pays qui a enregistré une baisse du taux de mortalité des enfants âgés de moins de cinq ans de 49 pour cent depuis 1990, les travailleurs de la santé indiquent que le coût des vaccins reste un obstacle important, et que le système de santé surchargé a des difficultés à répondre aux besoins d’une population qui enregistre un des taux de croissance les plus rapides dans le monde.

« Les vaccins qui permettent de protéger les enfants contre certaines maladies, comme les vaccins contre le pneumocoque et le rotavirus, ne sont pas disponibles dans tous les centres de soins de santé en raison de leur coût élevé », a dit à IRIN Jolly Natukunda, pédiatre à l’hôpital national de référence de Mulago, le premier hôpital de référence du pays.

Mais selon Mickey Chopra, directeur de santé à l’UNICEF, le prix de plusieurs vaccins a sensiblement baissé au cours de ces dernières années suite aux négociations engagées entre GAVI Alliance et les fabricants et distributeurs de vaccins. En 2011, le géant pharmaceutique Pfizer a diminué le prix de son vaccin contre le pneumocoque – qui protège de la pneumonie, de la méningite et de la septicémie – de plus de 50 pour cent dans les pays en développement, où le vaccin est désormais vendu au prix de 3,50 dollars la dose.

Un engagement renforcé

En juin, l’UNICEF et ses partenaires ont lancé la campagne Une promesse renouvelée, un mouvement mondial visant à accélérer l’action menée en faveur de la survie de la mère, du nouveau-né et de l’enfant. Depuis son lancement, plus de 110 gouvernements se sont engagés à redoubler d’efforts pour réduire la mortalité infantile. Le mouvement a pour objectif de réduire rapidement la mortalité des enfants de moins de cinq ans en améliorant les programmes basés sur les preuves ; en renforçant la responsabilité en matière de soins de santé maternelle et infantile ; et en mobilisant un soutien en faveur du principe selon lequel « aucun enfant ne devrait mourir d’une cause évitable ». Cette campagne donne la priorité aux populations les plus pauvres du monde.

« Le décès d’un enfant est tragique quand il est dû à une maladie que l’on pouvait éviter. C’est pour cette raison que ce mouvement mondial a été lancé, pour s’engager pour la survie de l’enfant et renouveler la promesse d’éradiquer la mortalité infantile. La baisse enregistrée montre que nous pouvons y arriver », a dit Mme Rao de l’UNICEF.

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