Une tâche gigantesque attend le nouveau président

L’élection de Hassan Cheikh Mohamoud à la présidence de la Somalie a été présentée comme le début d’une nouvelle ère pour ce pays tourmenté de la Corne de l’Afrique, ravagé par les conflits depuis plus de vingt ans. Les habitants de la capitale Mogadiscio affirment que le nouveau président a fort à faire.

Le président a eu un avant-goût du difficile chemin qui l’attendait en échappant à une tentative d’assassinat le 12 septembre. M. Mohamoud et d’autres hauts responsables – dont le ministre des Affaires étrangères du Kenya, Samuel Ongeri – qui se trouvaient à l’hôtel Jazeera de la ville n’ont pas été blessés dans l’attentat-suicide présumé. Des témoins ont déclaré que l’auteur de l’attentat et au moins un agent de sécurité avaient péri. Le groupe islamiste militant Al-Shabab a revendiqué l’explosion.

« Désormais, nous avons un orateur instruit de même qu’un président instruit, et j’espère qu’il y aura également un premier ministre compétent » a déclaré à IRIN Abdulahi Hassan Mohamed, un médecin de 42 ans. « Le président [a rendu] beaucoup de services au peuple lorsqu’il était un citoyen normal – il devrait continuer dans cette voie ».

Les députés somaliens ont préféré M. Mohamoud – représentant du parti pour la paix et le développement – au candidat sortant, Sharif Sheikh Ahmed, lors du tour décisif du 10 septembre. Universitaire et militant de la société civile de longue date, M. Mohamoud est décrit comme un modéré qui pourrait rassembler les groupes politiques profondément divisés et en majorité claniques de Somalie.

Malgré un processus électoral marqué par des allégations d’achat de voix et accusé de ne pas avoir été suffisamment démocratique, les résultats ont été largement acceptés. Les pays voisins, le Kenya et la Tanzanie, tout comme l’Union européenne et les États-Unis, ont félicité le nouveau président.

L’Union africaine a appelé les parties prenantes somaliennes à « encourager le processus de paix et de réconciliation » tandis que le Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki Moon a exhorté « les acteurs somaliens comme internationaux à réaffirmer leur soutien constant ».

Un porte-parole de Al-Shabab, qui contrôle toujours certaines zones du sud et du centre de la Somalie, a déclaré que le groupe rejetait l’élection et jurait de poursuivre la lutte contre le gouvernement.

Une nouvelle voie à tracer

L’élection de M. Mohamoud marque la fin du gouvernement fédéral de transition du pays, en place depuis huit ans. La période de transition a vu Al-Shabab se retirer de Mogadiscio et d’autres parties du sud et du centre de la Somalie sous la pression de la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) qui vise à les chasser de leur bastion principal,la ville portuaire de Kismayo. Les Somaliens espèrent ensuite que M. Mohamoud pourra tabler sur une paix relative pour amorcer le processus de reconstruction du pays.

Les analystes affirment que la communauté internationale – qui a guidé la plus grande partie du processus de transition – doit désormais s’éloigner de la gouvernance somalienne pour permettre à M. Mohamoud de faire son travail. « Depuis des années, des membres de la communauté internationale supervisent la politique somalienne à distance. […] Les politiciens en poste à Nairobi devraient lui [M. Mohamoud] donner de l’espace pour tracer sa propre voie – et faire des erreurs en route », a déclaré Abdi Aynte, un journaliste américano-somalien dans un article sur le forum en ligne African Arguments de la Royal African Society.

Le chef traditionnel Suldan Warsame Aliyow pense que la Somalie n’a jamais été aussi près de la stabilité depuis 1991 mais a averti que le nouveau gouvernement devait éviter l’écueil du sectarisme qui a corrompu les gouvernements précédents et aggravé le conflit national. « Le président doit se dissocier de tout groupe, tribal comme religieux », a-t-il dit.

De grands espoirs

Mohamed Abdi Mohamed, un professeur d’université à Mogadiscio a déclaré que rétablir l’ordre en Somalie serait un défi majeur. « Il doit restaurer l’état de droit et construire un gouvernement d’institutions plutôt qu’un gouvernement d’individus, ce qui était la spécialité des présidents de la transition », a-t-il dit.

Les citoyens du pays espèrent que le nouveau gouvernement mettra un terme à des années d’insécurité et de pauvreté. « Nous avons besoin d’une véritable rupture par rapport au passé », a déclaré Fatima Ali, une femme d’affaires de Bakara, un quartier de Mogadiscio.

« Laissons-les former une armée plus professionnelle qui ne volera pas les citoyens », a dit Mohamed Bilqe, un chauffeur de taxi. L’armée somalienne, mal encadrée, a été accusée d’abus, y compris de viol, de torture et de vol.

Les soldats espèrent aussi une armée plus structurée. « Maintenant que la transition est terminée, le gouvernement a la possibilité de signer des accords internationaux officiels et de demander des prêts », a affirmé Farah Dhiblawe Hirabe, un militaire spécialiste du déminage qui a désamorcé environ 60 mines antipersonnel à Mogadiscio depuis 2007. « Nous espérons être mieux payés et plus régulièrement ».

Plus de deux millions de réfugiés et de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays espèrent avoir la chance de rentrer chez eux pour reconstruire leurs vies.

« Je suis content que nous ayons un gouvernement mais il devra faire quelque chose pour améliorer nos vies », a déclaré Ali Mohamed qui a quitté sa maison dans la région du Moyen Shabelle après avoir perdu son troupeau à cause de la sécheresse. Il vit actuellement dans un camp de Mogadiscio avec sa femme et ses trois enfants.

Abdishakur Sheikh Hassan, professeur à l’université, a affirmé que la tâche la plus difficile de M. Mohamoud sera de mettre en œuvre la constitution provisoire du pays. « Dans quatre ans, les gens devront être en mesure d’élire leurs représentants par les urnes et ce n’est pas une tâche facile », a-t-il déclaré.

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