Des mécanismes novateurs pour combler le déficit de financement

Le financement mondial de la lutte contre le VIH est resté stable au cours des dernières années, mais les pays les plus pauvres ont progressivement investi plus d’argent dans les programmes de réponse au VIH. « Il se passe quelque chose de très intéressant » en Afrique actuellement, a dit Bernhard Schwartländer, directeur du département Réalité, stratégie et résultats du Programme des Nations Unies sur le sida (ONUSIDA) lors d’une séance plénière de la 19e conférence internationale sur le sida, qui s’est tenue à Washington D.C.

Malgré un financement stagnant, le nombre de traitements administrés continue d’augmenter. « Des gens très brillants et dévoués travaillent d’arrache-pied pour améliorer l’efficacité des services et… administrer des traitements à un plus grand nombre de personnes avec la même somme d’argent. »

Dans plusieurs pays africains, comme le Kenya, la Namibie, la Sierra Leone et l’Ouganda, le budget consacré à la lutte contre le VIH/SIDA a augmenté de plus de 100 pour cent entre 2006 et 2011. Les gouvernements nationaux ont ainsi décidé de relever le défi de la redistribution des ressources et, pour la première fois, les ressources nationales allouées aux programmes de réponse au VIH/SIDA ont dépassé le financement international, a noté l’ONUSIDA.

Dans la réalité toutefois, les programmes nationaux de lutte contre le sida sont aujourd’hui beaucoup trop vastes pour être financés entièrement par les gouvernements. Si le Malawi, par exemple, devait assumer le financement de son programme antirétroviral (ARV) – actuellement subventionné par le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme –, il devrait y consacrer les deux-tiers de son budget de santé, a dit Sharonann Lynch, conseillère en matière de politiques auprès de l’organisation internationale Médecins Sans Frontières (MSF).

Ainsi, les pays les plus pauvres dépendent toujours largement des ressources mondiales. « La vie de 80 pour cent des Africains qui reçoivent des traitements contre le sida dépend des chèques des bailleurs de fonds. C’est inacceptable – il faut mettre fin à une telle dépendance », a dit M. Schwartländer.

Des nouvelles sources de revenus

Les gouvernements tentent de plus en plus de trouver des solutions de rechange au soutien des bailleurs de fonds en développant des mécanismes innovateurs pour combler le déficit de financement. Au Zimbabwe, la taxe sida – qui représente 3 pour cent de l’impôt sur le revenu des particuliers et des sociétés – a généré plus de 26 millions de dollars en 2011, a récemment rapporté l’ONUSIDA. Toutefois, Albert Manenji, directeur des finances du Conseil national sur le sida du Zimbabwe, a dit à IRIN/PlusNews que seulement 30 pour cent des Zimbabwéens travaillaient dans le secteur formel et contribuaient à la taxe sida. Le pays cherche donc à élargir l’assiette de la taxe en incluant les petites entreprises et le secteur informel.

« La vie de 80 pour cent des Africains qui reçoivent des traitements contre le sida dépend des chèques des bailleurs de fonds. C’est inacceptable – il faut mettre fin à une telle dépendance »

Le Rwanda et l’Ouganda ont commencé à imposer une taxe sur l’utilisation des téléphones portables pour financer les programmes de santé, et le Botswana, le Gabon et le Malawi, entre autres, examinent actuellement la possibilité d’instaurer une telle taxe pour financer la lutte contre le sida.

La taxe sur l’alcool et le tabac [ou sin tax, taxe sur le vice] pourrait être l’une des mesures les plus ambitieuses instaurées pour permettre un accès universel aux antirétroviraux.

Des chercheurs de l’université de Liverpool ont réalisé une modélisation en se basant sur les 20 pays les plus affectés par la pandémie de VIH/SIDA. Les résultats suggèrent que 10 de ces pays, incluant l’Afrique du Sud, le Botswana et le Malawi, pourraient réussir à financer l’accès universel [aux antirétroviraux] dans les années à venir si leurs gouvernements décidaient de prélever une faible « taxe de santé » sur l’alcool et les cigarettes.

Selon Andrew Hill, titulaire d’une bourse de recherche à l’université de Liverpool, la taxe proposée pourrait aussi générer « des fonds supplémentaires substantiels pour traiter le paludisme, la tuberculose et d’autres maladies ». Elle pourrait par ailleurs avoir un effet dissuasif sur la consommation d’alcool et de tabac et alléger le fardeau des maladies non transmissibles qui y sont associées.

L’idée d’une « taxe sur le vice » existe depuis un certain temps déjà dans les pays industrialisés. La « taxe sur le gras » [fat tax], qui concerne les boissons sucrées et les autres aliments associés à l’obésité, gagne également en popularité. D’après M. Hill toutefois, il pourrait être difficile d’appliquer ce genre de taxes dans les pays plus pauvres.

M. Schwartländer a également suggéré que les amendes qui ont été imposées récemment aux grandes compagnies pharmaceutiques pourraient servir au financement des services de santé « au lieu de disparaître dans les coffres de ces pays ».

En juillet 2012, le groupe pharmaceutique britannique GlaxoSmithKline a plaidé coupable à des accusations criminelles et accepté de payer une amende de 3 milliards de dollars. Il avait été accusé de faire la promotion de ses antidépresseurs les plus populaires pour des utilisations non approuvées et d’avoir omis de communiquer certaines données de sécurité concernant un important médicament antidiabétique.

Selon M. Schwartländer, « on pourrait facilement, avec ces trois milliards de dollars, payer les médicaments de tous ceux qui sont actuellement en traitement pendant un an ».

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