Le nouveau président confronté à une multitude de défis

Le nouveau président du Yemen, Abdu Rabu Masour Hadi, va avoir toutes les peines du monde à assurer l’unité et la stabilité du pays, alors que des dizaines de milliers de manifestants sont encore installés dans les rues des grandes villes, et compte tenu de l’ampleur de l’opposition des rebelles Houthi dans les gouvernorats de Sa’dah et de Hajjah et du Mouvement sudiste, qui revendique l’autonomie pour le sud.

Les manifestants pensent que leur tâche est loin d’être terminée : « En élisant M. Hadi à la place de M. Saleh, nous avons atteint le premier objectif de notre révolution pacifique. Mais nous avons encore des objectifs à remplir, notamment l’exclusion des membres de la famille de M. Saleh de l’armée et des instances sécuritaires, la restructuration de ces instances et la construction d’un Etat civil, » a déclaré Adel Omar, un des leaders des manifestants de la ville de Ibb.

« Nous ne rentrerons pas chez nous tant que tous les objectifs de notre révolution ne seront pas atteints. Nous sommes prêts à rester ici pendant un an ou plus, » a t-il dit à IRIN.

Selon Abdu al-Janadi, ministre adjoint de l’Information et porte-parole du Congrès général du peuple (l’ancien parti de M. Saleh), les « révolutionnaires » devraient rentrer chez eux. « Nous avons besoin d’une atmosphère de calme pour travailler ensemble à résoudre les problèmes qui affligent le pays depuis longtemps et construire un Etat civil. Rester dans la rue ne nous avance à rien, » a t-il ajouté.

« Je ne vois pas grand chose qui puisse me rendre optimiste quant à l’avenir. Les tentes des manifestants sont toujours devant mon magasin [fermé depuis février 2011], » a indiqué Mohammed al-Ansi, propriétaire d’une papeterie sur University Street à Sanaa. « Nous n’avons remarqué aucun effort de la part des autorités pour faire disparaître ces tentes. Pourquoi donc avons-nous voté ? »

Dans le même temps, Suhail TV, une chaîne satellite fidèle au Joint Meeting Parties (JMP) [parti d’opposition] qui partage actuellement les sièges au gouvernement avec le parti de M. Saleh, a rapporté la déclaration faite le 25 février par le Premier ministre Mohammed Salim Basindwa : « Demander aux révolutionnaires de rentrer chez eux est l’une des choses que je ne peux pas faire. S’ils réclament mon départ, je partirai. »

Violence, insécurité

Comme pour accentuer les problèmes auxquels est confronté le nouveau président, 26 soldats de la Garde républicaine ont été tués et des dizaines blessés le jour où celui-ci a prêté serment (25 février) : un attentat à la voiture piégée a eu lieu devant un palais présidentiel dans la ville de Mukalla, au sud du pays. Et à Aden, ville du sud, deux personnes sont mortes et 10 autres ont été blessées dans des affrontements entre des hommes du Mouvement sudiste et l’armée, a indiqué Ghazi Ahmad, responsable du Service de la sécurité d’Aden.

« En élisant M. Hadi à la place de M. Saleh, nous avons atteint le premier objectif de notre révolution pacifique. Mais nous avons encore des objectifs à remplir, notamment l’exclusion des membres de la famille de M. Saleh de l’armée et des instances sécuritaires, la restructuration de ces instances et la construction d’un Etat civil »

« Ces forces envoient un message fort au nouveau président, en lui disant qu’il doit se préparer à affronter de sérieux défis, » a fait remarquer Ali Abu Holiqah, président du Comité des affaires constitutionnelles et juridiques du parlement.

« Je comprends que nous sommes face à des crises difficiles en termes de sécurité et en termes économiques et sociaux, » a déclaré M. Hadi après avoir prêté serment. Il a appelé à « un dialogue national inclusif » impliquant toutes les forces politiques, et a promis d’améliorer la sécurité, d’aider des centaines de milliers de déplacés internes à rentrer chez eux et de restaurer les services publics comme l’électricité et l’eau.

Selon la Société d’électricité publique, les problèmes d’alimentation en électricité se sont trouvés exacerbés récemment, quand les lignes en provenance de la centrale électrique au gaz de Marib ont été attaquées dans le district de Nihm dans le gouvernorat de Sanaa, où des membres de tribus armés se sont battus avec des Gardes républicains (dirigés par le fils de M. Saleh).

Les membres des tribus auraient saboté les lignes électriques pour se venger des Gardes républicains, qu’ils accusent d’avoir tué des personnes de leur famille et détruit leurs maisons. « Le problème ne sera pas résolu tant que M. Hadi n’aura pas démis les proches de M. Saleh de leur poste, ce qui semble impossible pour lui, » a indiqué Mohammed al-Haddad, analyste politique du gouvernorat de Marib.

La position du Mouvement sudiste

Contrairement aux Houthi, qui ont boycotté pacifiquement les élections dans le gouvernorat de Sa’dah et dans certaines parties du gouvernorat de Hajjah au nord du pays, les membres du Mouvement sudiste ont eu recours à la violence dans les gouvernorats du sud pour empêcher les gens de voter. Dans la circonscription 25, dans le gouvernorat d’Aden, un groupe de partisans du Mouvement sudiste est entré de force dans un centre de vote, a emmené l’urne à l’extérieur et y a mis le feu.

Le général Ali Mohammed Salah, responsable des opérations au Comité suprême pour les élections et le référendum (CSER), a dit à IRIN que huit policiers et personnels s’occupant des bureaux de vote ont été tués et 28 personnes blessées dans les gouvernorats du sud, Aden, Lahj et Hadhramaut. Le vote a dû être interrompu dans plusieurs dizaines de centres, principalement dans les gouvernorats de Dhalea et de Lahj.

Quand IRIN lui a demandé pourquoi ils avaient eu recours à la violence le jour du scrutin, Lutf al-Yafie, un des leaders du Mouvement sudiste à Aden, a répondu : « Le régime n’a pas reconnu notre cause [indépendance et retour à l’Etat du sud d’avant 1990]. »

Il a ajouté : « Si nous étions restés silencieux, le régime aurait fait venir des soldats et des citoyens du nord pour voter ici et aurait ensuite prétendu qu’ils étaient du sud. »

A la question de savoir si le Mouvement sudiste acceptera de participer à ce « dialogue national inclusif », Nasser al-Khubaji, un des leaders du Mouvement sudiste du gouvernorat de Lahj, a répliqué : « Ce dialogue est destiné aux gens du nord, pour qu’ils puissent régler leurs propres problèmes. Cela ne nous concerne pas… Nous poursuivrons la lutte, jusqu’à ce que nous ayons récupéré notre Etat. »

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