Le gouvernement abandonne la gratuité des soins de santé pour tous

La Côte d'Ivoire est en train de mettre fin à la politique de gratuité des soins de santé récemment instaurée, en raison de la montée en flèche des coûts.

« En neuf mois, le gouvernement a dû débourser 30 milliards de francs CFA [environ 60 millions de dollars] dans des conditions difficiles », a dit Mme N'dri Yoman, la ministre ivoirienne de la Santé, à Abidjan le 24 janvier.

À partir de février, seules les mères et leurs enfants devraient bénéficier de la gratuité des soins. Cela veut dire que les accouchements et le traitement des pathologies affectant les enfants jusqu'à l'âge de six ans seront pris en charge gratuitement. Le tarif des consultations devrait passer de 1 000 francs CFA à 650 francs CFA (de 2 dollars à 1,5 dollars).

Les organisations humanitaires considèrent que la décision du gouvernement est compréhensible après les récents troubles politiques qui ont secoué le pays. « Tant que les femmes et les enfants continueront d'être soignés, nous serons satisfaits, car ils sont parmi les plus vulnérables », a indiqué Louis Vigneault-Dubois, responsable de la communication du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) en Côte d'Ivoire.

« Les femmes et les enfants sont le plus souvent exposés aux maladies et avec la pauvreté qui frappe de nombreuses familles, c'est déjà un important problème de résolu pour elles », a dit Zana Sanogo, directeur exécutif du Programme de santé communautaire et de développement (PSCD), une organisation non gouvernementale (ONG) locale qui travaille en collaboration avec le Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies (OCHA).

La mesure de gratuité - introduite par le président Alassane Ouattara à la fin du conflit civil afin d'améliorer la désastreuse situation de la santé publique - ne peut plus être financée en raison des vols, d'une gestion médiocre et de l'augmentation des coûts.

Selon Mme N'dri, la ministre de la Santé, la mise en ouvre de la mesure n'a pas été effectuée de manière satisfaisante, et la Pharmacie de la Santé Publique (PSP), l'établissement public central chargé de la distribution des fournitures médicales dans le pays, ne disposait que de 30 pour cent des stocks nécessaires suite à de nombreux vols.

« Depuis le début, sous le couvert de la gratuité des soins, des infirmières et des médecins emportaient chez eux des médicaments qu'ils allaient ensuite vendre », a indiqué Florantin Yao, un infirmier de l'hôpital général de Port-Bouët, dans le sud d'Abidjan.

Selon la ministre de la Santé, 20 docteurs et infirmières ont été « sévèrement punis ». L'un d'entre eux a été condamné à une peine de deux ans d'emprisonnement.

Issouf Ouattara, expert et consultant en matière de santé communautaire, a dit que la politique de gratuité des soins de santé aurait été plus efficace si les autorités de santé l'avaient expliqué en détail. « Nous craignons que les médecins et les patients ne comprennent pas la politique de gratuité des soins de santé.la gratuité doit aller de la consultation à la fourniture des médicaments au malade », a-t-il ajouté.

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