Accélération du programme de logement pour les PDIP

Le gouvernement des Philippines souhaite compléter d’ici la fin de l’année la construction de plus de    2 300 logements sur l’île de Mindanao, au sud de l’archipel, pour les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDIP), diminuant ainsi de moitié le nombre d’abris actuellement nécessaires.



La nouvelle vient au moment où les rebelles séparatistes musulmans qui combattent le gouvernement depuis plusieurs dizaines d’années ont annoncé qu’ils abandonnaient l’option sécessionniste au profit de revendications autonomistes.



Le projet, d’une durée de trois ans, s’inscrit dans le cadre du programme de relèvement rapide du gouvernement. Il a été mis sur pied l’an dernier pour aider les familles déplacées de la province méridionale de Maguindanao, qui, au cours des dernières années, a été le théâtre d’affrontement sanglants entre l’armée et le Front de libération islamique moro (Moro Islamic Liberation Front, MILF), qui compte quelque 12 000 combattants, selon des responsables.



D’après certaines données de la Région autonome musulmane de Mindanao, qui a juridiction sur Maguindanao, plus de 5 000 familles – soit environ 30 000 personnes – sont toujours hébergées dans quelque 50 centres d’évacuation dispersés dans l’ensemble de la province.



« Les maisons sont fabriquées dans un matériau très léger, et nous devrions en avoir construit 2 300 d’ici la fin de l’année », a dit Sheryl Datinguinoo, responsable de développement de projet auprès du Bureau du conseiller présidentiel pour le processus de paix, qui dirige le projet.



Dans le cadre du programme, chaque unité accueillera une famille – environ six personnes – qui obtiendra par ailleurs son propre titre et certificat de propriété.



Conflit de longue date



L’objectif de l’insurrection du MILF, qui a débuté en 1978, était de créer un État islamique indépendant sur Mindanao, une île située au sud de l’archipel où vit une minorité de musulmans. Au fil des années, le conflit a fait des milliers de victimes en dépit de tentatives répétées de mettre fin au problème.



Le conflit a pris une nouvelle ampleur lorsque, en août 2008, deux commandants rebelles du MILF ont mené des attaques contre des villages de Mindanao après que la Cour suprême a déclaré inconstitutionnel un accord qui accordait aux rebelles le contrôle économique et politique sur de vastes pans de territoire qu’ils considèrent comme leur « domaine ancestral ».



Les affrontements ont fait près de 400 victimes dans les deux camps, et plus de 700 000 personnes ont dû quitter leur foyer au plus fort des combats. Nombre d’entre eux sont déjà rentrés chez eux, même si les données du gouvernement montrent que jusqu’à 60 000 personnes sont toujours déplacées, dont une grande partie dans la province de Maguindanao.



En février, le président Benigno Aquino a renoué le dialogue avec le MILF. Son équipe de négociateurs doit par ailleurs soumettre l’ébauche d’un accord de paix en juin prochain. La semaine dernière, pour la première fois, le MILF a envoyé des négociateurs dans la capitale, Manille, pour rencontrer des représentants de la société civile et des chefs d’entreprises afin de leur expliquer en détails leurs revendications.



Selon une ébauche de l’accord détaillé proposé par le MILF qu’a obtenue IRIN, les rebelles souhaitent maintenant créer un État fédéral de facto pour gouverner environ 700 villes et villages qu’ils considèrent comme faisant partie de zones traditionnellement musulmanes.



Si l’on prévoit appliquer la charia dans la région, celle-ci partagerait les taxes et les ressources avec le gouvernement central, participerait à l’élaboration de la législation au niveau national et contribuerait à la réintégration au sein de la communauté de ceux qui ont été déplacés par le conflit.



« Désormais, nous ne militons plus pour l’indépendance, mais pour le droit à l’autodétermination ; nous souhaitons créer un État au sein de l’État », a dit à IRIN le négociateur en chef du MILF, Mohagher Iqbal.



Mme Datinguinoo a dit que 10 familles avaient jusqu'à présent obtenu leur maison et que des projets visant à assurer des moyens de subsistance étaient mis en œuvre afin de les aider à nourrir leur famille. La priorité a été accordée aux besoins essentiels des familles bénéficiaires tels que l’accès à l’eau et aux installations sanitaires et d’hygiène.



« Le programme de construction de logements sera étendu au-delà de Maguindanao à l’avenir », a-t-elle ajouté.



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