Des « graines d’arbre magiques » pour purifier l’eau sale

Les graines, grosses comme un pois, du Moringa oleifera, un arbre très répandu, pourraient apporter une solution aux problèmes d’eau dont souffrent les pauvres du monde, disent les experts.



« [La technique des graines de] Moringa oleifera peut être une méthode intéressante, durable et abordable pour réduire les maladies hydriques et peut améliorer la qualité de vie d’une grande partie des pauvres, » a dit à IRIN Michael Lea, auteur et chercheur à Clearinghouse, une organisation canadienne qui travaille sur les technologies à faible coût de purification de l’eau.



Selon l’étude publiée en 2010 par Michael Lea, les graines de Moringa, un arbre (décrit aussi comme un arbuste) qui pousse en Afrique, en Amérique centrale et en Amérique du Sud, sur le sous-continent indien et en Asie du Sud-Est, peuvent être écrasées pour en faire une poudre et mélangées avec de l’eau de surface pour obtenir une réduction de 90 à 99 pour cent des bactéries, ce qui permet de rendre potable une eau non traitée.

La technique n’est pas nouvelle. Des communautés soudanaises utilisent le Moringa, cet arbre polyvalent, comme source de nourriture et comme purificateur d’eau depuis des siècles.



Cette plante pousse rapidement, elle est nutritive, comestible et résistante à la sécheresse et peut être cultivée dans n’importe quel jardin. Les graines sont molles et peuvent être facilement écrasées avec des ustensiles courants, comme une cuillère et un bol. (voir vidéo en anglais)



La possibilité de purifier l’eau en utilisant des techniques aussi accessibles – et il en existe d’autres – représente un potentiel considérable pour sauver des vies.



Dans le monde, près de 1,1 million de personnes n’ont pas accès à l’eau potable et la diarrhée reste la principale cause de maladie et de décès, selon le dernier rapport du Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies (OCHA).

 



































Fiche d’information

Etapes de la filtration par les graines
Cueillir et faire sécher les graines
Ecraser les graines pour en faire une poudre
Mélanger la poudre avec un peu d’eau pour obtenir une pâte
Ajouter cette pâte à l’eau sale
Mélanger
Mettre le récipient de côté pour laisser reposer
Au bout d’une heure ou deux, verser l’eau dans un récipient propre

Comme il est prévu que le nombre de personnes sans accès à une eau salubre atteigne deux millions d’ici 2025, plusieurs projets indépendants de culture du Moringa ont été mis en route ces dernières années.



Plantations de Moringa au Ghana



Dans le village de Breman Baako au Ghana, la Moringa Community cultive des plantations de Moringa qui permettent à plusieurs milliers de personnes de se nourrir.



« Le Moringa est riches en protéines et en vitamines ; les gens mangent les feuilles et utilisent les graines comme épices sur leur nourriture, » a dit Abu Bakkar Abdulai, directeur pour le Ghana de la Moringa Community. « Mais nous avons besoin d’eau potable, c’est pourquoi nous nous efforçons de faire connaître aussi cette autre technique aux communautés. »



Des limites



S’il est vrai que la technique a du potentiel, Kebreab Ghebremichael, expert en purification de l’eau à l’Institut pour l’éducation relative à l’eau de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), indique que c’est au niveau des particuliers qu’elle est le plus appropriée.



« La technique est simple et bon marché et bien des gens ont déjà cet arbre dans leur jardin, » a dit M. Ghebremichael, qui a étudié la technique de purification de l’eau par les graines de Moringa pour sa thèse de doctorat. « Toutefois, le Moringa brut ne peut pas être utilisé dans de larges systèmes d’eau centralisés… parce que le contenu organique des graines peut provoquer des problèmes de goût et d’odeur, si on les laisse un certain temps avant de les consommer. »



La technique de purification par les graines de Moringa marche particulièrement bien pour purifier l’eau de surface, telle que les rivières, les ruisseaux, les lacs et les eaux stagnantes, mais elle ne convient pas pour les sources d’eau souterraine. Elle ne serait donc pas capable de résoudre le problème de l’empoisonnement naturel par l’arsenic qui afflige tant de populations en Asie.



« Cette méthode n’est pas un remède miracle, mais elle pourrait servir en cas d’urgence et là où les gens n’ont aucune ressource pour traiter l’eau qu’ils boivent, » a dit M. Lea.



cm/ds/cb – og/amz