la CEDEAO en quête d’une solution régionale – Compte rendu

IRIN a publié une série de comptes rendus sur la crise qu’ont provoquée en Côte d’Ivoire les élections contestées de novembre 2010. Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara revendiquent tous deux la présidence et M. Gbagbo refuse de céder à la pression internationale et de se retirer. Cette série examine la position des Nations Unies, la question des droits humains, ainsi que les prises de position de l’Union africaine, de la CEDEAO, des gouvernements occidentaux, de l’Union Européenne et de la Banque mondiale.



Quelle est la position de la CEDEAO sur la crise ivoirienne ?



Fondée en 1975 par le traité de Lagos, la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) favorise l’intégration sous-régionale de ses 15 membres. Elle a notamment pour objectif l’établissement d’une approche commune en matière de paix et de sécurité.



Le président du Ghana, John Atta Mills, et la présidente du Liberia, Ellen Johnson Sirleaf, ont tout deux assisté en personne à une partie des préparatifs électoraux ou au scrutin lui-même, tout comme l’ancien président ghanéen John Kufuor, qui travaille pour le Centre Carter. Le président de la Haute Cour de justice du Bénin, Theodore Holo, a dirigé la mission d’observation électorale de la CEDEAO.



La CEDEAO a rapidement réagi à la crise postélectorale ivoirienne et s’est publiquement prononcée en faveur de l’élection de M. Ouattara. Les sept chefs d’État qui ont assisté au sommet extraordinaire organisé à Abuja le 7 décembre dernier ont formellement reconnu la victoire de M. Ouattara. Les participants au sommet ont décidé de suspendre la Côte d’Ivoire de toutes les instances décisionnelles de la CEDEAO et appelé M. Gbagbo à « rendre le pouvoir sans délai ». Ils ont également condamné ce qu’ils considèrent comme « une tentative d’usurpation de la volonté du peuple ivoirien ».



Les dix chefs d’État qui ont assisté au sommet de suivi à Abuja le 24 décembre ont décrit la position de M. Ouattara comme « non-négociable » et apporté leur soutien à l’imposition de sanctions contre M. Gbagbo. Dans le communiqué final, la CEDEAO menaçait de recourir à la « force légitime » si le président sortant refusait de céder le pouvoir et annonçait l’envoi à Abidjan d’une délégation spéciale de haut niveau.



À l’heure actuelle, la CEDEAO est surtout préoccupée par la sécurité des très nombreux ressortissants des pays voisins qui vivent en Côte d’Ivoire. Bien que les estimations varient, on estime que plusieurs centaines de milliers de personnes sont considérées comme maliennes, burkinabés, guinéennes, ghanéennes, sénégalaises ou nigérianes indépendamment de ce qui est inscrit sur leurs papiers d’identité et du temps qu’elles ont passé en Côte d’Ivoire. Le Nigeria, considéré comme pro-Ouattara, a vu son ambassade en Côte d’Ivoire attaquée par des groupes armés. Les membres des communautés originaires d’autres pays, déjà victimes de violences et de préjugés, ne souhaitent pas courir le risque d’être traités comme des envahisseurs étrangers.



Qui sont les médiateurs de la CEDEAO ?



Selon certaines rumeurs, la CEDEAO souhaitait éviter de nommer des médiateurs originaires des pays voisins de la Côte d’Ivoire. Les chefs d’État du Ghana, du Liberia, du Mali, du Burkina Faso et de la Guinée ont ainsi été écartés. Le président burkinabé Blaise Compaoré, considéré comme le principal artisan de l’accord de paix de Ouagadougou, signé en mars 2007, a d’abord joué un rôle important dans le processus de médiation, mais il a fini par faire part de son épuisement et de sa frustration avant la tenue des élections. M. Compaoré a longtemps été considéré comme un allié de M. Ouattara et il a été accusé d’être l’un des principaux instigateurs de la tentative de coup d’État de septembre 2002 en Côte d’Ivoire. Le président sénégalais Abdoulaye Wade est également largement considéré comme un partisan de M. Ouattara. Il a d’ailleurs été violemment critiqué par M. Gbagbo pour avoir reçu son rival entre les deux tours de l’élection présidentielle.



Les trois chefs d’État désignés par la CEDEAO – le capverdien Pedro Pires, le sierra léonais Ernest Koroma et le béninois Yayi Boni – ont tout trois remporté des élections considérées comme relativement libres et justes. À l’instar de plusieurs autres chefs d’État africains, M. Gbagbo a été élevé à la dignité de Grand Croix de l’Ordre national du Bénin, et il semble que M. Boni ait toujours eu de bonnes relations avec lui par le passé. Mais le camp de M. Ouattara s’inquiète surtout de la nomination du président du Cap-Vert, qui entretient des liens avec l’Angola, le principal allié de M. Gbagbo en Afrique subsaharienne. Certains médias ivoiriens ont accusé M. Pires de brouiller le message du président Goodluck Jonathan du Nigeria, qui dirige actuellement la CEDEAO, et de se monter plus modéré que ses pairs.



Qui sont les voix discordantes ?



Le président gambien Yahya Jammeh s’est dissocié de la position de la CEDEAO et n’a assisté à aucun des deux sommets sur la crise ivoirienne. Un représentant de la Gambie était cependant présent. Dans un communiqué présenté par son porte-parole, M. Jammeh soutenait que la CEDEAO n’avait pas reconnu la légalité constitutionnelle de la victoire du président sortant « à cause des pressions de certaines puissances occidentales dont l’intérêt pour les ressources naturelles du pays n’est pas un secret ».



L’ex-président ghanéen Jerry Rawlings, envoyé spécial de l’Union africaine (UA) en Somalie, a mis en garde contre une intervention militaire de la CEDEAO. Selon lui, les « tentatives pour mobiliser l’opinion publique en faveur d’une intervention militaire ne sont pas justifiées et risquent plutôt de faire paraître hypocrites les Nations Unies, la CEDEAO et l’UA ».



Quelle est la capacité militaire de la CEDEAO ?



Le Ghana, le Sénégal, le Togo, le Bénin et le Niger ont tous fourni des contingents pour la création d’ECOFORCE, la force de paix déployée par la CEDEAO en Côte d'Ivoire en 2003 après la signature des accords de paix de Linas-Marcoussis par le gouvernement et les Forces Nouvelles. Les troupes d’ECOFORCE ont par la suite été intégrées à la force de maintien de la paix établie dans le cadre de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI). Tandis qu’ECOFORCE était handicapée par sa création tardive, son financement limité et ses problèmes logistiques, l’ONUCI pouvait quant à elle faire état d’expériences passées très formatrices au Liberia, en Sierra Leone et en Guinée-Bissau. Jusqu’à récemment, les cinq pays à l’origine de l’ECOFORCE comptaient plus de 400 personnes dans l’ONUCI dans différentes régions de la Côte d’Ivoire.





















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Le Nigeria, qui possède l’armée la plus puissante de la région, a fourni des contingents pour plusieurs opérations de maintien de la paix importantes. Avant l’éclatement de la crise ivoirienne, le président Goodluck Jonathan a cependant exigé des règles et des garanties claires avant d’accepter toute nouvelle mission. Les élections à venir au Nigeria rendent la situation encore plus complexe.



Les autorités du Ghana, qui dispose d’une armée reconnue, ont déjà déclaré qu’elles n’avaient pas l’intention d’intervenir en Côte d’Ivoire puisqu’elles sont déjà engagées militairement ailleurs.



En principe, la CEDEAO dispose d’une force en attente de 6 500 hommes, mais sa composition et sa structure ne sont pas bien définies. L’organisation d’une intervention risque de rencontrer des obstacles logistiques et financiers, et l’apport d’une aide extérieure pourrait donner du poids à l’argument selon lequel les leaders de la CEDEAO se plient à la volonté d’autres puissances.



Par ailleurs, même si M. Gbagbo n’est pas « légalement » le chef de l’État, il contrôle toujours une importante machine militaire et bénéficie d’un soutien populaire considérable.



Lors d’une rencontre organisée à Abuja les 28 et 29 décembre derniers, les chefs militaires de la CEDEAO ont élaboré des plans d’urgence pour la mise en place d’une intervention. Ils ont prévu de se réunir à nouveau au Mali les 17 et 18 janvier.



cs/oa/cb – gd/amz