Une crise sanitaire dans un contexte de conflit - nouveau rapport

Une nouvelle étude menée par des organisations non gouvernementales (ONG) indique que les conditions sanitaires au Myanmar oriental, où se déroule actuellement un conflit armé, sont terribles ; ce sont les femmes et les enfants qui souffrent le plus.



Selon Diagnosis: Critical, une étude menée sur 5 754 familles par des organisations sanitaires qui travaillent à la frontière thaïlandaise dans la ville de Mae Sot et d’autres organismes du Myanmar voisin, les conditions sanitaires au Myanmar oriental se sont détériorées, en raison de la persistance du conflit et de la négligence constante du gouvernement.



Les ménages concernés par cette étude étaient principalement des personnes déplacées « qui sont l’objet de violations des droits humains de la part de l’armée birmane et du gouvernement, en particulier le déplacement forcé, le travail forcé et l’insécurité alimentaire », a dit Mahn Mahn, secrétaire de l’ONG Back Pack Health Worker Team (BPHWT), une organisation de Mae Sot qui fournit des soins médicaux de base. « Les violations des droits humains au Myanmar oriental sont constantes, et cela a des conséquences sur la santé ».



« Les villageois ont difficilement accès à l’assistance médicale et pour les travailleurs sanitaires, il est très dangereux de se rendre dans ces zones, ce qui aggrave les problèmes de santé », a indiqué Albert qui travaille avec des personnes déplacées au Myanmar oriental pour le Karen Human Rights Group, un organisme birman de défense des droits humains. Il n’a donné que son prénom par mesure de sécurité.

































Quelques résultats de l'étude dans l'est du Myanmar 
41% des moins de cinq ans souffrent de malnutrition aiguë
60% des morts chez les moins de cinq ans sont causées par des maladies évitables et traitables
28% des morts chez les moins de cinq ans sont causées par la malaria
7% des femmes sont diagnostiquées comme atteintes de malaria
25% de tous les décès sont causés par la malaria
1.8% du budget national est consacré aux soins de santé

Sous régime militaire depuis 1962, le gouvernement du Myanmar mène depuis des dizaines d’années des offensives contre les groupes armés et des opérations militaires qui affectent les civils qui vivent le long de la frontière orientale avec la Thaïlande. L’armée utilise souvent les civils pour du travail forcé et leur prend leur nourriture et leur terres, disent les activistes.



A cause ces troubles, au moins 145 000 réfugiés vivent dans neuf camps en Thaïlande occidentale. L’Organisation internationale des migrations (IOM) estime qu’1,6 million de migrants supplémentaires travaillent en Thaïlande.



Citant des chiffres de l’ONG Thailand Burma Border Consortium, l’étude a indiqué qu’au moins 446 000 personnes déplacées vivent au Myanmar oriental (qui couvre les Etats de Kayah, Kachin, Môn et Shan, ainsi que deux divisions, Bago et Tanintharyi).



De terribles indicateurs de santé



Le Myanmar oriental affiche des indicateurs de santé bien pires que le reste du pays, selon l’étude. Dans les familles directement touchées par le travail forcé ou le déplacement, les enfants avaient entre deux et trois fois plus de risques de souffrir de malnutrition ou de mourir.



Selon le rapport, environ 138 enfants sur 1 000 meurent avant leur cinquième anniversaire, alors que la moyenne nationale est de 71, et de 14 dans la Thaïlande voisine. Près de 28 pour cent des décès chez les moins de cinq ans étaient causés par la malaria, puis la diarrhée (17 pour cent) et les infections respiratoires aiguës (15 pour cent).



Le taux de mortalité maternelle est de 721 pour 100 000 naissances vivantes, soit trois fois le taux national qui est de 240.



Quoique ces zones soient quasiment fermées aux grandes ONG internationales, les groupes de santé communautaires ont eut droit à un « accès quasi-exclusif » pour mener leur enquête, a dit Linda Smith de Planet Care/Global Health Access Program, une ONG américaine de services de santé basée à Mae Sot.



« Nous avons obtenu des résultats forts avec cette étude, et nous avons la capacité d’évaluer ces communautés, ce qui signifie être capable de mettre en place des projets pour les aider », a dit Mme Smith qui a aidé à préparer l’étude, écrire le rapport et former les enquêteurs avant qu’ils ne traversent la frontière avec leur questionnaire.



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