L’urgence révèle les besoins des personnes handicapées avant le séisme

Un homme dont la jambe avait été amputée suite à une blessure par balle lors des conflits politiques de 2004 s’est récemment présenté à une clinique d’urgence pour les victimes du séisme à Port-au-Prince, la capitale d’Haïti, en espérant recevoir de l’aide.



Selon Kate Gerry, physiothérapeute chez Handicap International (HI), de nombreuses personnes présentant un handicap physique datant d’avant le tremblement de terre du 12 janvier 2010 se présentent comme des victimes directes du séisme afin d’avoir accès aux services.



« Il est sur la liste d’attente », a dit Mme Gerry à propos de l’homme amputé à cause d’une blessure par balle. « Une prothèse serait très bénéfique pour lui. On ne peut pas le refuser purement et simplement ». Actuellement, les attributions officielles de HI consistent cependant à aider seulement des victimes du séisme.



L’aide apportée aux Haïtiens blessés et handicapés à cause du tremblement de terre a souligné la difficulté d’apporter une aide humanitaire dans un pays où des problèmes socio-économiques urgents existaient bien avant le séisme.



Selon le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), environ 60 pour cent des Haïtiens n’ont pas accès à des services de santé essentiels. Mais la plus grande partie des fonds destinés à l’aide humanitaire est strictement réservée aux interventions liées au séisme.



« Il faut respecter les priorités [fixées par les bailleurs de fonds] », a dit à IRIN Faiz Rahman, responsable du projet de prothétique et orthétique de HI. Il a reconnu qu’il régnait une certaine « frustration » parmi les personnes handicapées mais qui n’ont pas été touchées directement par le séisme.



C’est un équilibre fragile, a dit Mme Gerry. « Il y a des [contraintes de financement] et aussi des règles de déontologie. Certaines personnes ont vraiment besoin [d’aide]. Qu’importe la façon dont ils ont perdu leurs membres » ?



Une organisation non gouvernementale locale, J’aime Haïti, estime que seuls cinq pour cent des personnes handicapées en Haïti avaient accès à des services de santé et sociaux avant le séisme. Haïti est le 149e pays sur 182 dans le dernier Indice du développement humain des Nations Unies.



Le réseau d'apprentissage actif pour la redevabilité et la performance dans l'action humanitaire (Active Learning Network for Accountability and Performance in Humanitarian Action - ALNAP) a décrit dans un document le contexte de la réponse au séisme et remarqué que la plupart des Haïtiens survivaient grâce au secteur informel, sans aucune garantie de revenu ni d’accès au capital.














Photo: Allyn Gaestel/IRIN
Jocelynne Lauterre, dont la jambe avait été écrasée lors du séisme et avait dû être amputée, se repose au cours d’une séance de thérapie

« Dans un lieu comme Haïti, où la pauvreté était extrême, même avant le séisme, les organisations humanitaires sont incapables de répondre à tous les besoins de la population », a dit à IRIN Sarah Wilson, de l’équipe d’évaluation des situations d’urgence de Christian Aid en Haïti. « Mais notre travail de développement ne s’arrête pas à cause du séisme. L’aide d’urgence continue en parallèle avec le travail de développement ».



De nouveaux amputés



Selon la secrétairerie d’État à l’intégration des personnes handicapées, le séisme a ajouté 3 000 à 4 000 amputés aux 800 000 personnes handicapées en Haïti (sur une population de 10 millions d’habitants). Il a aussi détruit la plupart des établissements qui venaient en aide aux personnes handicapées.



Dans le principal centre médical de HI, à Port-au-Prince, les victimes du séisme peuvent être appareillées, suivre une physiothérapie et obtenir un soutien psychosocial. HI dispose également d’effectifs dans des camps de déplacés, à Port-au-Prince, Petit-Goave et Gonaive, afin de faciliter l’accès à ses services. Étant donné l’état de destruction du pays, les cliniques mobiles et l’accessibilité des services sont essentielles, a dit HI.



« Ce que nous ne pouvons pas simuler ici [au centre médical], c’est que quand vous vous rendez dans les communautés… certaines personnes vivent dans des tentes, sur des pentes escarpées, au milieu des décombres », a dit Mme Gerry, de HI. Elle a ajouté que les personnes handicapées devaient non seulement s’habituer à leur nouvelle prothèse, mais qu’elles devaient aussi apprendre à se déplacer au milieu de la circulation chaotique et dans les rues pleines de débris de Port-au-Prince.



Un avenir plein d’espoir



La catastrophe a aggravé la situation des personnes handicapées, mais elle a en même temps attiré l’attention de la communauté internationale sur leur condition, a dit Gérard Oriol, fondateur de J’aime Haïti.



L’intérêt porté à Haïti permet de souligner la façon dont la honte associée au handicap physique a pendant longtemps entravé le développement des personnes handicapées, a-t-il dit.



« On considère souvent le handicap comme un problème médical, mais il s’agit en réalité davantage d’un problème social. Si nous pouvions éliminer les barrières sociales et culturelles, il n’y aurait aucune raison que les personnes handicapées ne puissent pas être intégrées à la société ».



Pour M. Oriol, le séisme ouvre la voie à de meilleurs services qui, selon lui, s’étaient déjà améliorés ces dernières années grâce à la création, en 2006, d’un Secrétariat d’État à l’intégration des personnes handicapées et aux lois reconnaissant les droits des personnes handicapées.



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