Débarrasser les bidonvilles de Nairobi du VIH

Sur un terrain de football poussiéreux de Mathare, l’un des plus grands bidonvilles de la capitale kenyane, Nairobi, de jeunes garçons courent après un ballon sommaire qu’ils ont fait eux-mêmes. Leur entraîneur, Elias Mwangi, 21 ans, un ancien toxicomane, espère que le football les maintiendra à l’écart de la délinquance et leur offrira une motivation afin pour éviter les comportements à risque du VIH.



« La vie dans les bidonvilles semble n’offrir aucun espoir. Pour les jeunes, commettre des crimes, consommer de la drogue et coucher avec n’importe qui n’importe quand constituent une meilleure alternative [pour gagner sa vie] », a-t-il dit à IRIN/PlusNews. « J’étais déjà séropositif quand j’ai tourné le dos à cette vie... Je ne veux pas qu’ils aient une vie aussi difficile que la mienne.



« Je veux en faire des stars du football, pas des trafiquants d’armes ou des gens qui se livrent au commerce du sexe », a-t-il ajouté.



M. Mwangi et les garçons qu’il entraîne font partie de l’Association sportive de la jeunesse de Mathare (MYSA), un groupe communautaire qui travaille avec plus de 20 000 jeunes en associant la prévention du VIH avec le sport et les services communautaires.



MYSA a récemment été sélectionnée pour gérer un nouveau centre Football for Hope établi par la FIFA à Nairobi. Le centre propose un terrain de football moderne, des services de conseil et de dépistage volontaire ainsi qu’un centre de ressources pour la jeunesse.



Grand intérêt



« Les jeunes adorent le football, ce qui en fait le meilleur vecteur pour faire passer des messages d’espoir et provoquer des changements de comportement – le centre va nous permettre de faire tout cela », a indiqué Bob Munro, fondateur de MYSA.



Selon un récent rapport de l’initiative internationale Football for an HIV-free Generation, ces interventions axées sur le sport peuvent permettre de développer des qualités de dirigeant, des compétences de communication et des habiletés fondamentales comme l’estime de soi, les comportements sociaux positifs et la conscience des risques.



Le rapport mentionne également que le football est un outil de prévention du VIH particulièrement intéressant en raison du grand intérêt qui lui est porté, de sa capacité à toucher les communautés et les jeunes à risque directement et de provoquer de véritables changements de comportement.



« Les bidonvilles comptent des jeunes talentueux qui n’ont pas la possibilité de montrer leur talent. Nombre d’entre eux dépensent leur énergie autrement », a dit M. Munro. « Nous exploitons le talent de ces jeunes et nous leur donnons l’opportunité de briller dans le sport et de gagner leur vie ».



Certains membres du MYSA jouent au niveau professionnel pour le Mathare United Football Club, une équipe qui brille dans la ligue nationale de football



Au-delà du football, le nouveau centre permettra aux jeunes d’acquérir des compétences en informatique qui pourraient les aider à trouver un travail régulier.



Limiter les risques de transmission du VIH



Selon Nicholas Muraguri, directeur du Programme national de lutte contre le sida et les infections sexuellement transmissibles (NASCOP), les jeunes qi vivent dans les bidonvilles ont davantage de chances d’adopter des comportements à risque, comme la prostitution et la toxicomanie, en raison de la pauvreté et de leur faible niveau d’éducation.



« Le sport offre non seulement une source de revenus alternative, mais il permet également de rassembler les jeunes pour qu’ils se fassent dépister et qu’ils entendent des messages qui les poussent à modifier leurs comportements », a-t-il dit, citant une récente campagne de dépistage du VIH organisée lors de la Coupe du Monde et qui a réussi à inciter les jeunes supporteurs à se faire dépister.



Selon UN-HABITAT, le Programmes des Nations Unies pour les établissements humains, près de la moitié de la population de Nairobi vit dans quelque 100 bidonvilles et squats. Une étude réalisée en 2008 a révélé que le VIH et la TB étaient responsables de près de la moitié des décès dans les bidonvilles de Nairobi.



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