Des traitements VIH pour les réfugiés, mais jusqu’à quand ?

Jusqu’à l'année dernière, les populations vivant à Dukwi, un camp de réfugiés isolé situé à quelque 200 kilomètres de Francistown, la deuxième ville du Botswana, enterraient les autres résidents décédés de maladies liées au sida au rythme d’environ cinq par mois.



Le Botswana est le deuxième pays d’Afrique australe à avoir développé un programme d’accès aux antirétroviraux (ARV), un programme qui a désormais presque atteint une couverture universelle mais est le dernier à inclure ses populations de réfugiés, relativement peu nombreuses.



Après des années de lobbying de la part du Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et de groupes locaux de droits humains et de lutte contre le sida, le gouvernement a accepté en avril 2009 d’assouplir sa politique qui interdisait explicitement aux citoyens d’autres pays d’accéder aux traitements.



La nouvelle politique n’est pas allée jusqu’à inclure les réfugiés séropositifs dans le programme national de traitement, mais le Botswana a demandé au gouvernement américain de financer un programme parallèle pour environ 3 400 réfugiés à Dukwi, qui sont essentiellement originaires d’Angola, Namibie, Somalie et Zimbabwe.



Jusqu’à présent, quelque 170 réfugiés ont démarré un traitement ARV et 65 autres sont suivis dans le cadre d’un programme mis en œuvre par la Croix-Rouge botswanaise, sous la supervision du HCR et avec un financement du Plan d’urgence du président américain contre le sida (PEPFAR).



Des services de prévention de la transmission du virus de la mère à l’enfant sont également disponibles pour les femmes enceintes du camp. Entre 2004 et 2009, un centre de santé géré par le gouvernement à Dukwi était autorisé à fournir ces services uniquement aux femmes botswanaises.



Boitumelo Segwabanyane, coordinatrice pour la santé et le soutien psychologique des réfugiés auprès de la Croix-Rouge, a dit qu’elle était soulagée que l’aide soit enfin disponible pour les personnes vivant avec le VIH dans le camp. « Je me souviens de tant de personnes qui sont mortes… [Avoir des services VIH/SIDA] rend les choses plus faciles », a-t-elle dit à IRIN/PlusNews.



Auparavant, il y avait peu d’arguments pour convaincre les réfugiés de venir se faire dépister au VIH et recevoir des conseils, et la stigmatisation envers les personnes vivant avec le virus était répandue. Bien que certains résidents du camp arrivent toujours très tardivement pour recevoir une aide, Mme Segwabanyane a dit que le nombre de personnes se faisant dépister avait augmenté de manière significative depuis que les traitements étaient disponibles.



Une situation précaire



La logistique nécessaire au transport régulier des réfugiés sur plus de 200 kilomètres pour se rendre dans une clinique privée de Francistown, où ils reçoivent des soins médicaux et des ARV, s’est révélée être un défi et il n’y a aucun financement pour les patients nécessitant une hospitalisation. Mme Segwabanyane s’inquiète également de la pérennité de ce programme qui a initié un traitement que les patients devront prendre tout au long de leur vie.



Personne ne sait combien de temps les Etats-Unis continueront à financer les traitements pour les réfugiés. « Le fait qu’il s’agisse d’un programme financé par des [fonds] privés en fait [une opération] risquée », a dit Uyapo Ndadi, directeur en exercice du Botswana network on Ethics, Law and HIV/AIDS (BONELA). « Ils seront dans une situation précaire si les financements viennent à s'interrompre ».



La décision du gouvernement d’autoriser les réfugiés à recevoir des ARV était une « victoire partielle », à dit M. Ndadi à IRIN/PlusNews. « Nous avons le sentiment que le gouvernement aurait dû les inclure dans son programme principal ».



BONELA fait pression sur le gouvernement pour modifier sa politique d'exclusion des étrangers de l’accès au traitement du sida, et le HCR poursuit ses efforts de plaidoyer. Gloria Puertas, coordinatrice régionale VIH/SIDA de l’agence, a estimé que les arguments avancés par le gouvernement pour ne pas inclure les réfugiés – arguments selon lesquels cela attirerait davantage de réfugiés dans le pays, alors que le gouvernement lutte déjà pour fournir des traitements à ses propres citoyens – ne tenaient pas la route.



Elle a souligné que le Botswana abritait le plus petit nombre de réfugiés de la région, et avait l’un des plus importants programmes VIH/SIDA. Des pays voisins comme l’Afrique du Sud, la Namibie et la Zambie ont tous élargi l’accès aux ARV à leurs populations de réfugiés, tandis que d’autres pays de la région leur en fournissent sur une base informelle.



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