Les conditions de vie en prison, une double peine pour les détenus

En Zambie, passer du temps en prison peut parfois être synonyme de peine de mort, quels que soient le crime commis ou le jugement prononcé, car les conditions de vie derrière les barreaux ont pour conséquence des taux élevés de VIH et de tuberculose (TB), d’après un récent rapport.



La première évaluation indépendante des établissements pénitentiaires réalisée par des organisations de défenses des droits humains – Unjust and Unhealthy: HIV, TB and Abuse in Zambian Prisons (Injuste et dangereux pour la santé : VIH, TB et abus dans les prisons zambiennes) – s’est appuyée sur des interviews de membres du personnel et de détenus dans six des 86 prisons zambiennes. Les chercheurs ont observé que les mauvaises conditions de vie, la surpopulation et l’inadéquation des services de santé conduisaient à des taux élevés de VIH et de TB chez les détenus, qui ont un accès très limité aux soins.



Le rapport, co-signé par ARASA (Alliance des droits et du sida en Afrique australe) et PRISCCA (Association pour les soins et le conseil en prison), une organisation de défense des droits des détenus zambiens, a noté qu’environ un tiers des détenus était en attente de jugement, et que la population de certaines prisons était plus de cinq fois supérieure aux capacités prévues.



Par ailleurs, les chercheurs ont observé que, contrairement à ce que préconisent les normes internationales, aucune séparation n’était faite entre les détenus en attente de jugement et les détenus condamnés, ou entre les enfants et les adultes, ce qui multipliait les facteurs de risque de violence et d’exploitation sexuelles, qui sont souvent associées à la transmission du VIH dans les prisons. Ils ont également noté que l’inadéquation de la quantité et de la qualité de la nourriture donnait lieu à des relations sexuelles transactionnelles en échange de nourriture, et représentait un risque pour la santé des mères incarcérées et de leurs bébés.



D’après le rapport, les services de prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant sont inexistants, de même que les services gynécologiques tels que le dépistage du cancer du col de l’utérus ; on pense que les femmes séropositives présentent plus de risques de développer ce cancer.



D’après le Programme commun des Nations Unies sur le sida (ONUSIDA), la Zambie présente une prévalence du VIH d’environ 15 pour cent au niveau national ; cependant, une étude publiée dans le magazine AIDS en 2001 a estimé que chez les détenus, la prévalence était près de deux fois supérieure à ce chiffre. La TB, l’infection qui fait le plus de morts chez les personnes vivant avec le VIH dans le monde, reste la première cause de mortalité dans les prisons zambiennes, où les cellules sont souvent surpeuplées, humides et peu aérées.



Malgré des taux élevés de VIH et de TB chez les détenus, les Services pénitentiaires zambiens n’employaient en octobre 2009 que 14 travailleurs de santé pour une population carcérale nationale de 15 300 détenus. Des personnes interrogées ont dit aux chercheurs qu’étant donné le manque de travailleurs de santé dans les prisons, il appartenait au personnel pénitentiaire non formé de décider si un détenu avait besoin de soins médicaux, et que ces agents attendaient souvent jusqu’à ce qu’il soit trop tard.



Godfrey Malembeka, qui a passé quatre ans dans une prison zambienne avant de devenir directeur exécutif de PRISCCA, a dit espérer que le rapport attirerait l’attention sur les besoins des détenus et des hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (MSM) en matière de VIH.



M. Malembeka a dit à IRIN/PlusNews que la nécessité de mettre en place des programmes VIH ciblés pour les MSM et les détenus était de plus en plus reconnue, et qu’une telle étude ne ferait que renforcer les arguments en faveur de l’inclusion des groupes vulnérables dans le nouveau plan stratégique national de lutte contre le VIH/SIDA, qui est en cours d’élaboration.



Comme au Malawi, pays voisin, la criminalisation des pratiques sexuelles entre personnes du même sexe a conduit à un manque de services VIH – tels que les distributions de préservatifs – destinés aux MSM, qu’ils fassent partie de la population carcérale ou non.



D’après M. Malembeka, le ministère de l’Intérieur, qui est responsable des services pénitentiaires en Zambie, a bien accueilli le rapport et a dit vouloir travailler avec des organisations de défense des droits humains comme PRISCCA, afin d’examiner la faisabilité de certaines des recommandations du rapport.



Le rapport a notamment proposé d’étendre les conditions d’éligibilité à la libération conditionnelle, afin de réduire la surpopulation, de distribuer des préservatifs dans les prisons et d’effectuer un dépistage de la TB chez les détenus.



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