La société civile veut un plus grand rôle dans la reconstruction

Alors que le gouvernement haïtien demande un montant estimé à 11,5 milliards de dollars pour financer le relèvement et le développement lors d’une conférence des donateurs organisée par les Nations Unies le 31 mars, les organisations non gouvernementales (ONG) – par lesquelles passent 65 pour cent des contributions actuelles des bailleurs de fonds – cherchent un rôle plus cohérent dans la reconstruction du pays.



Avant la conférence, un grand nombre d’importants groupes de la société civile se sont rassemblés à l’université de New York, le 25 mars, lors d’une réunion consultative organisée par l’ancien président des États-Unis, Bill Clinton, qui est l’envoyé spécial des Nations Unies en Haïti, avec l’Union européenne et InterAction, une coalition d’ONG internationales basées aux États-Unis.



Selon Sam Worthington, président d’InterAction, la société civile a joué un rôle important dans le relèvement du pays après le séisme du 12 janvier, qui a tué environ 200 000 personnes et laissé plus d’un million d’habitants sans domicile.



« Les ONG sont les troisièmes plus grands bailleurs de fonds en Haïti », a-t-il dit. « Nous avons de grandes responsabilités auprès du gouvernement haïtien et de la population haïtienne. La seule façon d’assumer cette responsabilité, c’est de mettre en place une coordination efficace entre nous et au sein du système des Nations Unies. La société civile haïtienne se sent toujours exclue de ce processus ».



Si la conférence des donateurs est chargée de combler l’écart entre la société civile haïtienne, les ONG étrangères et les organisations internationales, davantage de ressources devraient être acheminées par l'intermédiaire des ONG locales, a dit Jean Luc Dessables, coordonnateur de Haiti Response Coalition – l’une des trois seules ONG haïtiennes présentes à la réunion de New York.



« Nous nous sentons isolés »









« Nous, les Haïtiens, sommes fiers. Nous savons ce que nous voulons, nous savons ce dont nous avons besoin, mais nous n’en avons pas les moyens. Nous nous sentons isolés, déconnectés, et nous voulons nous reconnecter »

« Nous, les Haïtiens, sommes fiers. Nous savons ce que nous voulons, nous savons ce dont nous avons besoin, mais nous n’en avons pas les moyens », a dit M. Dessables. « Nous nous sentons isolés, déconnectés, et nous voulons nous reconnecter. Nous sommes tellement habitués aux gens qui viennent en disant ce qu’ils veulent faire pour nous, mais ça n’a encore jamais marché. Nous craignons que ça ne marche encore pas ».



Mario Joseph, directeur du Bureau des avocats internationaux, un cabinet de droit public siégeant dans la capitale haïtienne, Port-au-Prince, s’est fait l’écho du sentiment « d’exclusion » de la société civile, répété sans cesse lors de la conférence, et de la nécessité d’une meilleure cohésion.



« Nous ne disposons pas de mécanisme favorisant la participation des ONG et, sans cela, sans ce genre d’engagement ouvert, comment trouver une responsabilité ? » a demandé M. Joseph.



M. Clinton a reconnu la nécessité d’améliorer la transparence gouvernementale, mais a ajouté que cela devait s’étendre aux ONG locales travaillant en Haïti.



« S’il est vrai qu’Haïti a pris la décision de construire un pays véritablement indépendant, autosuffisant et moderne, digne de ses habitants, pour la première fois… S’il est vrai que les éléments de la société haïtienne qui ont été trop longtemps négligés et exclus du processus de décision s’y dirigent plus que jamais, alors nous devons nous demander comment cela devrait changer ce que font les ONG en Haïti », a dit l’envoyé spécial des Nations Unies.



Kristalina Georgieva, commissaire de l’Union européenne chargée de la coopération internationale, de l’aide humanitaire et de la réponse aux crises, a dit que la collaboration multilatérale en Haïti avait un impact positif, mais prendrait du temps à se développer complètement.



« Vous pouvez voir dans les camps lorsqu’il y a une collaboration : l’organisation des camps est meilleure, la sécurité est renforcée », a-t-elle dit. « Petit à petit, avec le temps, nous devons assister à un plus grand rôle pour la société civile et les ONG locales et une fonction moindre pour les ONG internationales, mais nous n’y sommes pas encore ».



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