Lorsqu’un enfant mort-né ne l’est pas

Pour sauver la vie d’un nouveau-né, il pourrait suffire de lui tapoter la plante des pieds, de lui frictionner le dos ou d’aider les femmes enceintes des communautés rurales à se rendre dans une clinique. Dans cette première partie d’une série de trois articles sur les initiatives pour réduire la mortalité maternelle et infantile, IRIN présente une étude financée par les États-Unis qui a suivi, sur une période de deux ans, 120 000 naissances dans des communautés rurales afin de connaître les conséquences de la formation des accoucheurs sur la survie des nouveau-nés.



Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), environ 3,2 millions de fœtus meurent chaque année. Environ 3,7 millions de bébés décèdent avant l’âge d’un mois, notamment dans les communautés rurales où les services de santé sont rares, voire absents.



Mais les enfants que l’on compte dans la catégorie des mort-nés pourraient en réalité ne pas l’être, a dit à IRIN Cyril Engmann, néonatologiste de l’université de Caroline du Nord, aux États-Unis, qui est l’un des chercheurs travaillant en République démocratique du Congo (RDC).



« Lorsque les accoucheurs voient un nouveau-né qui ne respire pas, ils pensent que le bébé est mort. Ce bébé peut en réalité être vivant mais ne pas avoir pris son premier souffle », a dit M. Engmann.



Des accoucheurs traditionnels sans formation officielle, des infirmières, des sages-femmes et des médecins ont appris comment provoquer la respiration par ventilation manuelle en touchant la peau du bébé ou lui en tapotant la plante des pieds. La formation comprenait un cours de soins essentiels pour les nouveau-nés de l’OMS, qui a été donné à des professionnels de la santé travaillant dans des zones rurales d’Argentine, de RDC, du Guatemala, d’Inde, du Pakistan et de Zambie, ainsi qu’un programme américain de réanimation néonatale suivi par un groupe plus réduit.



Parmi les bébés qui ont été mis au monde avec l’aide d’un accoucheur ayant participé à la formation de trois jours, qui a été donnée entre 2005 et 2007, le nombre d’enfants mort-nés a diminué de 30 pour cent.



Selon l’étude, les membres des familles et les accoucheurs traditionnels ayant participé à l’étude ont mis au monde près de 10 000 bébés de plus durant l’année qui a suivi la formation sur les soins pour les nouveau-nés que pendant les années précédentes. À l’inverse, les médecins, les sages-femmes et les infirmières ont aidé à en mettre au monde 2 500 de moins.









« Devons-nous rester des observateurs impuissants, nous lamenter et ne rien faire?  »

Le pourcentage de bébés nés chez des accoucheurs à doublé, tandis que celui des bébés nés à l’hôpital a diminué de 2,5 pour cent. Les naissances à la clinique ont augmenté de 3 pour cent.



Le formateur, M. Engmann, a estimé que jusqu’à un million de vies pourraient être sauvées chaque année grâce à une formation appropriée sur les soins pour les nouveau-nés comprenant la régularisation de la température corporelle du bébé à la naissance et l’allaitement exclusif lors des premiers mois de vie.



Mesures provisoires ?



Toutefois, selon le responsable du programme « Pour une grossesse à moindre risque » de l’OMS, Monir Islam, les investissements en faveur des accoucheurs non formés retardent les améliorations à long terme des soins maternels et infantiles.



« Les personnes qui font ces programmes de formation ont bon coeur, mais nous poussons les pays en développement à rester en développement en acceptant une qualité de soins inférieure », a-t-il dit à IRIN. « Il n’y a pas d’incitations au progrès et à l’amélioration des services de santé ».



M. Engmann a dit à IRIN qu’il était possible de demander un personnel de santé qualifié et de meilleures infrastructures ainsi que des accoucheurs traditionnels mieux formés. « Ce n’est pas une situation idéale, mais devons-nous rester des observateurs impuissants, nous lamenter et ne rien faire ? Il serait immoral de ne rien faire ».



Cinquante-sept pays, la plupart en Afrique et en Asie, sont confrontés à de graves pénuries de personnel de santé. Selon l’OMS, il faudrait plus de quatre millions de personnes pour combler les manques.



M. Islam, de l’OMS, a dit que les mesures temporaires pouvaient réduire les chances de changement à long terme. « Nous avons eu recours à des mesures provisoires pendant les 20 dernières années et nous sommes tombés dans le piège de la transition. Vous et moi allons continuer à avoir cette conversation pendant les 20 prochaines années ».



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