Le nord sous la pression des difficultés alimentaires du sud

Tous les ans, la région d’Agadez, dans le nord du Niger, accueille des populations des zones agricoles et pastorales du sud du pays venues chercher du travail pendant la période de soudure. Mais cette année en raison de la mauvaise saison des pluies, ces mouvements ont eu lieu plus tôt et en plus grand nombre, un phénomène qui inquiète les responsables locaux dans une région qui souffre elle-même de déficits alimentaires.



Lors d’une rencontre le 19 février avec le Sultan d’Agadez, la plus haute autorité traditionnelle de la région, plusieurs chefs coutumiers ont signalé l’arrivée dans leurs quartiers au cours des dernières semaines d’un important flux de populations du sud en quête de travail.



« Ces mouvements saisonniers ont lieu tous les ans pendant la période de soudure et Agadez accueille toujours les populations à bras ouverts », a dit à IRIN Almoumoune Ibrahim, fils du Sultan.



« Mais cette année, à cause des pénuries [alimentaires] dans le sud, les gens sont venus plus tôt et en plus grand nombre », a ajouté Alhadji Guichem Kari, membre d’un comité ad-hoc créé suite aux inondations de septembre dernier.



Outre le nombre, c’est aussi le profil de ces migrants saisonniers qui a changé cette année, ont noté plusieurs responsables locaux. « Normalement, après les récoltes [dans le sud], les hommes laissent les femmes et les enfants avec des réserves et ils viennent travailler ici, par exemple comme main-d’œuvre dans les jardins maraîchers », a dit M. Kari. « Parfois, les femmes viennent aussi pour occuper des emplois de bonnes. Mais cette année, ce sont des familles entières qui sont venues. Certains ont trouvé du travail, d’autres mendient ».



Dans un quartier proche de l’aéroport, des centaines de personnes se sont installées sous des tentes traditionnelles. Mariama Adao, originaire de Matameye, près de la frontière avec le Nigeria, est arrivée là il y a trois mois environ.



« Cette année quand on a vu que les pluies ne tombaient plus, je suis venue très vite… avec six de mes [huit] enfants », a-t-elle dit à IRIN. « D’habitude on fait 20 à 25 sacs [de mil, sorgho, niébé et arachide], mais cette année, on n’en n’a même pas récolté cinq… Il fallait gagner du terrain et venir vite pour trouver de quoi survivre ».














Photo: Anne I Leclercq/IRIN
Mariama Adao et son plus jeune enfant

Elle a trouvé un petit emploi de bonne tandis que son fils de 17 ans est employé dans une autre maison. « Je viens tous les ans mais cette année, on est beaucoup plus nombreux que d’habitude. Tout le monde [dans la région de Matameye] a des difficultés », a-t-elle dit. « Pour l’instant, on se débrouille, on s’entraide… mais c’est dur ».



« Les gens qui viennent ne pourront pas mourir de faim parce qu’il y a une vraie solidarité [entre les populations du sud et celles de la région d’Agadez] », a dit à IRIN Hama Dilla Abdoulaye, le maire d’Agadez.



Mais l’inquiétude des responsables locaux est de savoir jusqu’où cette solidarité pourra jouer, les populations d’Agadez étant elles-mêmes confrontées à des difficultés alimentaires cette année, en raison d’un déficit en production agricole et fourragère, qui a déjà fait monter les prix des denrées alimentaires.



La mesure de mil (environ 2,5 kg), l’aliment de base, qui avait jusqu’à maintenant atteint un maximum de 500 francs CFA (un dollar américain) en période de soudure au cours des années précédentes, se vend actuellement à 600 francs CFA à Agadez, selon des habitants d’Agadez.



« Agadez est une petite ville, on sent tout de suite la pression sur les prix alimentaires et les loyers », a dit M. Issouf.



L’Enquête nationale rapide sur la situation alimentaire des ménages, rendue publique en janvier, a classé la région d’Agadez comme l’une des moins vulnérables du pays – 7,1 pour cent des ménages contre 20 pour cent au niveau national -, mais les autorités ont reconnu qu’elles n’avaient pu enquêter que dans trois centres urbains de cette immense région désertique de plus de 660 000 kilomètres carrés, en raison de l’insécurité qui y règne. Les zones rurales, peuplées en majorité de populations pastorales touchées par la sécheresse et les inondations qui ont frappé la région en 2009, n’ont pu être visitées.



Ces inondations exceptionnelles que la ville a subies en septembre dernier ont aggravé la vulnérabilité des populations d’Agadez : au-delà des habitations détruites ainsi que des récoltes et têtes de bétail perdus, de nombreux jardins maraîchers ont été ensablés et sont aujourd’hui dans l’incapacité de produire – et donc aussi de fournir du travail à la main d’œuvre du sud.



Mais paradoxalement, ce sont pourtant aussi ces inondations qui ont attiré du monde, a noté M. Abdoulaye, le maire. « Les gens ont entendu qu’il y avait des distributions alimentaires à Agadez alors ils sont venus, [ils ne savaient pas que] c’était seulement pour les sinistrés [des inondations] ».



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