Les dangers des mariages et grossesses précoces

Rabia, 14 ans, attend son premier enfant, à peine un an après s’être mariée à Haji Obaidullah, 49 ans, en tant que seconde épouse. « Elle est supposée accoucher dans quelques jours, mais c’est sa première visite à un centre de santé », a dit Nazia Hemat, obstétricienne à l’hôpital Mia Abdul Hakim dans la province de Kandahar, dans le sud du pays.



Rabia a de la chance de pouvoir se rendre dans un hôpital : « Souvent les hommes ne permettent pas à leurs femmes enceintes de se rendre dans un hôpital et de voir un médecin », a dit à IRIN Ranna Tarin, directrice du service des Affaires féminines de Kandahar.



« Nous savons que de jeunes femmes meurent durant la grossesse ou pendant l’accouchement mais nous ne savons pas combien », a dit Shamsuddin Tanwer, un officiel de la commission afghane indépendante pour les droits de l’homme (AIHRC) à Kandahar, la deuxième plus grande ville du pays.



Les lois afghanes ont fixé à 16 ans l’âge minimum du mariage pour les filles et 18 ans pour les garçons, mais beaucoup sont mariés à un âge plus jeune et sans véritable consentement des personnes concernées.



Selon l’AIHRC, 60 à 80 pour cent de l’ensemble des mariages sont des mariages forcés et/ou des mariages précoces.



Amina, la mère de Rabia, a dit qu’ils avaient marié leur fille tôt parce que « tout le monde et tous les parents font pareil », et que « ce n’est pas bon de garder une fille longtemps à la maison ; c’est mieux qu’elle aille dans la maison de son mari dès que possible ».



La pauvreté, l’illettrisme et le manque de sensibilisation sur les dangers des mariages précoces constituent les autres raisons majeures pour lesquelles les parents marient leurs filles très jeunes, selon l’AIHRC.



« Beaucoup de gens ne savent pas que les mariages précoces posent de sérieux problèmes de santé et de sérieux problèmes psychologiques aux jeunes filles », a dit Razeqa Nezami, une activiste des droits humains.



« Il y a également une mauvaise interprétation du fait que marier une fille aussi jeune que possible est en accord avec l’Islam », a-t-elle dit.



Dans le pays, il y a peu de sensibilisation ou de respect de la loi civile et de l’âge minimum légal du mariage. Certains suggèrent que le gouvernement devrait former les imams et les autres responsables religieux pour s’assurer que les lois sur le mariage soient respectées quand ils formalisent les mariages.



Risques pour la santé



« Quand une fille se marie, elle se charge en fait du fardeau et des responsabilités d’un adulte », a dit Malalai Nazery, chargée de la santé maternelle au Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) à Kaboul, à IRIN. « Le mariage peut être un parcours anormal et risqué pour un enfant ».



L’Afghanistan a le deuxième taux de fertilité le plus élevé au monde, à 6,51 pour cent. Pour 1 000 femmes âgées de 15 à 19 ans, 121 ont donné naissance à un ou plusieurs enfants, selon les évaluations du Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) pour 2005-2010. L’espérance de vie des femmes en Afghanistan est de 44 ans – une des plus faibles au monde.



L’Afghanistan a aussi les taux de mortalité maternelle et infantile parmi les pires au monde. Chaque année, 25 000 femmes meurent durant la grossesse, l’accouchement ou après la naissance, selon le FNUAP (ce qui équivaut à 800 décès pour 100 000 femmes).



« Les chiffres de mortalité et de morbidité parmi les mères âgées de 15 à 19 ans sont plus élevés que chez les femmes de plus de 19 ans », a dit Mme Nazery de l’UNICEF, ajoutant que les jeunes mères n’étaient souvent pas sensibilisées aux risques de la grossesse et de la naissance. « Les très jeunes mamans et leurs enfants sont généralement faibles et vulnérables aux maladies ».



En Afghanistan, seulement 14 pour cent des naissances se font avec du personnel médical formé, selon le FNUAP.



Une étude de l’organisation non gouvernementale allemande Medica Mondiale en 2004 avait souligné les effets négatifs des mariages précoces en Afghanistan : « Cela empêche [les filles] de recevoir une éducation et toute possibilité de travail indépendant. Cela les rend sujettes aux grossesses et aux accouchements avant qu’elles n’aient atteint leur maturité physique », selon l’étude.



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